Vous-êtes ici: AccueilWallOpinionsArticles2017 12 25Article 429324

Opinions of Monday, 25 December 2017

Journaliste: ebugnti.wordpress.com

Guerre Ambazonie: ces ‘Bétis’ qui soutiennent les séparatistes

On entend beaucoup les camerounais d’expression française dans la crise séparatiste qui secoue le pays depuis un an. Profil d’une sympathie contre-nature où chacun se reconnaîtra.

La crise sécessionniste en cours au Cameroun est une curiosité dans le genre.

Ainsi pourrait-on d’ailleurs qualifier le Cameroun tout entier.
C’est que le désir d’émancipation étatique et national de certains originaires de la zone dite anglophone est soutenu par des camerounais d’expression française.

Non par haine des premiers, mais par authentique affectation, amour et tout ce qui fait que l’on puisse être d’accord avec quelqu’un. Exceptée la logique à laquelle cette attitude échappe complètement.

Hormis quelques activistes sécessionnistes qui ne s’expriment d’ailleurs, pour la plupart, pas à visage découvert, l’essentiel de polémique sécessionniste est ainsi porté par des camerounais d’expression française.

Au paradoxe d’une cause qui va fatalement divisé leur pays et les séparer de ces frères, ils encouragent le mouvement. Leur activisme et leur sympathie pour la cause séparatiste a beau défier toute logique, ils n’en sont moins logiques avec eux-mêmes.

« Tout sauf Paul Biya »

C’est un slogan bien connu des milieux de la contestation au Cameroun. Il connaît une nouvelle ardeur à chaque veille d’élection présidentielle et l’année 2018 en est. Mais il exprime, voir trahit très bien l’état d’esprit de ceux qui soutiennent le mouvement sécessionniste.

On parlera de défaut de mesure, de carences analytiques ou d’absence de vision politique. Certains évoquent le manque de patriotisme.

Ils s’agit des mêmes qui ont toujours contesté le régime de Yaoundé. Ils sont donc généralement membres d’un parti de l’opposition. Peut-être davantage des activistes et sympathisants qu’autre chose. Puisque la différence vaut sont pesant électoral.

Ils sont hypersensibles et adhésifs à tout ce qui peut contrarier le système gouvernant. Ni le bon sens, ni l’éthique, la morale, encore moins la vérité ne semblent s’imposer à eux.

Des déçus des multiples initiatives éparses et infructueuses de l’opposition camerounaise à faire vaciller Paul Biya. Mais ils n’ont jamais désespéré de le voir tomber. Au contraire, ils ne vivent que pour ça. Certains diraient même qu’il ne vivent que de ça.

Car la contestation nourrit parfois son homme au Cameroun. Et, à ce qu’il paraît, très bien. Ce n’est pas une simple vue de l’esprit. Ils sont donc souvent aussi activistes et membres d’associations de défense des droits de l’homme et des libertés.

Droits de l’homme et liberté se définissant au Cameroun comme ce qui est contre Paul Biya et tout ceux qui lui sont apparentés. Politiquement et tribalement s’entend.

Ils travaillent avec des ONG internationales ou sont financés par elles. Ils sont à l’étranger et bénéficient ou sont en quête d’un statut de réfugié politique.

Ils scrutent aussi les appétissants financements et avantages internationaux destinés aux lanceurs d’alertes et autres activistes des droits de l’homme et des libertés.

Chaque publication, chaque commentaire, chaque intervention revêt ainsi un caractère vital. Et tant pis si c’est le Cameroun qui trinque. Cela n’enlève évidemment rien à la gravité de certains faits qui sont décriés.

Pas de tri, tant que ça nuit

Pour eux, rien ne vaut la fin du régime Biya. Et tout ce qui laisse entrevoir cette perspective heureuse vaut le compromis, toutes compromissions étant possibles.

Ce désir est sans doute légitime, au regard de l’ensemble de l’œuvre du locataire du palais de l’Unité. Auxquels beaucoup de dérives n’échappent malheureusement pas. Y compris la perspective d’une scission du Cameroun.
Ils célèbrent donc tous les échecs du Cameroun comme une victoire, jamais de trop, contre « la dictature » de Yaoundé. Ils dansent quand le Cameroun perd un match de football.

Ils poussent un ouf de soulagement et jubilent avec les nigerianes, quand elles l’emportent sur le Cameroun en finale de la CAN féminine à Yaoundé.

Ils ne cachent pas leur aigreur lorsque les Lions Indomptables remportent la CAN au Gabon. Ils scrutent le moindre élément ridiculisant le Cameroun. Tout ce qui peut porter atteinte à l’honorabilité de leur pays est célébré.

Enfin pas tout ! Exclusivement ce qui concerne Paul Biya et son gouvernement. Mais là encore, pas tout à fait. Est excepté, tout ce qui touche à leur tribu.
Ils relativisent ce qui concerne une autre tribu que celle du vieux président. Mais est relayé, à grand renfort de publication, ce qui touche aux originaires de l’ethnie du chef de l’État.

Une affaire de tribu

Car au Cameroun, la contestation est aussi et surtout une affaire de tribu. Et ce paramètre n’échappe pas au soutien qui est apporté aux sécessionnistes.
Il y en a bien dans la tribu du président, qui espère, avec la division du Cameroun, avoir leur revanche sur ces frères dont ils estiment n’avoir pas assez profité.

Frustrés ou bloqués par un congénère, proche du système gouvernant, cette haine se transmet tout « naturellement » à la Nation. Quitte à ce qu’elle se disloque.

Ces déçus du système qui, après avoir perdu leur place sous le soleil, se souviennent de toutes les incuries du système dont ils ont tant profité. Ce sont les adulés des réseaux sociaux.

Ces betis qui osent dire autre chose que le commun de la fratrie « présidentielle », par instinct, et non moins aussi misérables que le reste de la République.

Eux dont la condition est bien souvent pire. Une idée vendue en son temps sous la dénomination farfelue de « pays organisateur ».

Emblèmes d’une constatation sans tribu, il leur est interdit toute autre analyse que celle qui programme la mort du Cameroun. Puisque le système Biya s’en trouve assimilé. Toute idée rationnelle et contraire décevrait l’ethnie de la contestation.

Parce que, au Cameroun, il y a une ethnie qui a le monopole de la contestation. Celle qui n’a jamais rien eu. Qui mérite tout et de quoi elle est sevrée.

Ce sont les plus nombreux. Chez eux, c’est instinctif. Tant que ce n’est pas un des leurs qui est aux affaires, rien ne marche. Et là où un des leurs est mis en cause, c’est le système, ou mieux, Paul Biya qui est le problème. Quand on n’élude pas tout simplement la question.

Tout ce qu’ils ont est le fruit de leur seul travail. Ce qu’ils ne sont pas, c’est la faute au tribalisme dont ils sont la cible privilégiée.

Et ce que les autres ont, ce qu’ils sont, est usurpation, le fruit des dérives systémiques.

Alors, ils sont solidaires et agrègent toutes les frustrations qui, assez curieusement, ne leur disent pas à quel point le mal est commun et général.

Il y a enfin l’exception à la règle. Qui pourrait être constituée de l’extrême majorité des citoyens. Frustrés tous, ou à tout le moins devraient-ils l’être, par un système à l’agonie qui risquent emporter avec lui le Cameroun.

Mais jusqu’au-boutistes de la récrimination, à moins que ce ne soit devenu un habitus, ils ne savent plus s’arrêter, ni même motiver leur colère.

Ils ont une petite excuse : il peut paraitre difficile à beaucoup d’être pour le Cameroun sans donner l’impression de ne pas être pour ce système.

Et là est tout le mal que fait cette crise identitaire aux relents néocolonialistes. Mais le Cameroun doit demeurer le principe. Le reste étant des axiomes qui viennent s’y déployer.

Le système post-indépandance ne l’a pas compris et nous en sommes arrivés à ce que nous sommes aujourd’hui. Le pire pourrait bien être à venir, si cette génération ne le comprenait pas non plus.