Infos Business of Monday, 5 October 2026

Source: www.camerounweb.com

SOSUCAM : Autopsie d’un désastre financier et le triple conflit de trop

Dans ce contexte, le véritable enjeu dépasse le choix du repreneur Dans ce contexte, le véritable enjeu dépasse le choix du repreneur

La SOSUCAM traverse une grave crise financière, avec 99,1 milliards FCFA de pertes cumulées entre 2020 et 2025 et un chiffre d’affaires en baisse de 31,5 % en trois ans, selon l’analyse d’Olivier Mbitom.

« Les chiffres désormais rendus publics arrêtent les spéculations : la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) n'est plus seulement une entreprise en crise, c'est un actif en état d'hémorragie financière. Avec 99,1 milliards FCFA (151,1 millions d'euros) de pertes cumulées entre 2020 et 2025 et un chiffre d'affaires en chute libre (-31,5 % en trois ans), la transaction ne relève plus d'une simple cession d'entreprise, mais d'une opération de sauvetage industriel sous haute tension. Ce nouvel éclairage recadre le débat : les blocages observés ne sont pas seulement le produit de luttes d'influence à Yaoundé, mais le résultat d'un triple conflit de gouvernance, de souveraineté et de paix sociale.

1. La guerre de succession au sein de l'empire CASTEL : Grégory Clerc vs Romy CASTEL

La révélation la plus explosive de ces derniers comptes réside dans la fracture au sommet du groupe français :
• L'option Clerc (Désengagement) : Vendre un actif toxique qui a englouti 52,6 milliards FCFA de pertes sur les seuls exercices 2024 et 2025, et où les recapitalisations par conversion de créances (34,2 milliards FCFA) n'ont été que des artifices comptables sans injection d'argent frais.
• L'option Romy CASTEL (Sanctuaire) : S'opposer à la vente et s'appuyer sur la filiale ultra-rentable Boissons du Cameroun pour renflouer le sucrier, au nom de l'héritage de Pierre CASTEL.

Cette querelle dynastique et managériale paralyse la gouvernance de la maison-mère. Quand le cédant lui-même est divisé sur l'opportunité de vendre, l'acheteur se retrouve piégé dans un tir croisé juridico-financier.

2. L'imbroglio des chiffres et le passage en force face à Yaoundé

Le bras de fer avec le gouvernement camerounais prend une dimension juridique nouvelle :
• La défiance du calendrier : L'annonce de l'accord avec le consortium camerounais le 13 août 2026 — trois jours seulement après la lettre du Premier ministre exigeant le gel des démarches — constitue un passage en force qui explique le raidissement de la Primature.
• Le flou des pourcentages : L'écart non expliqué entre les 82 % de parts annoncés à la vente et les 88,36 % figurant au bilan de SOMDIA démontre l'opacité qui entoure la structure exacte du capital.
• Le loyer foncier comme levier d'État : En rappelant que l'État est propriétaire des terres de Mbandjock et Nkoteng, Yaoundé dispose d'un droit de veto de fait. Sans bail emphytéotique sécurisé par l'État, les 27 600 hectares ne valent rien, rendant caduque toute signature privée.

3. Le front social : Le coût humain d'une austérité ratée

Pendant que les consortiums avancent des montants (138 milliards FCFA par les Camerounais, 200 milliards par les Kényans), les 9 000 salariés payent le prix fort de la restructuration :
• Le traumatisme de 2025 : La grève et les incendies de cane (5 milliards FCFA de pertes, 970 hectares brûlés) ont laissé des traces profondes.
• Le cahier de revendications : Dans leur livre blanc de juillet 2026, les syndicats posent un préalable clair : aucun repreneur ne s'imposera sans un fonds de garantie des droits sociaux et la levée du plan d'austérité. L'opposition des syndicats au consortium local n'est donc pas seulement identitaire ; elle reflète la crainte que des financiers privés n'accentuent la rigueur salariale pour éponger les 99 milliards de passif.

Conclusion : Qui paiera l'ardoise des 99 milliards ?

La crise de la SOSUCAM sort définitivement des caricatures simplistes. Il ne s'agit plus seulement de savoir qui rachètera l'entreprise, mais qui sera en mesure de :
1. Éponger le trou d'air comptable des cinq dernières années ;
2. Injecter les liquidités réelles (et non de simples conversions de dette) pour moderniser l'irrigation ;
3. Reconstituer le pacte social avec les ouvriers de la Haute-Sanaga.

Tant que ces trois batailles (CASTEL vs CASTEL, SOMDIA vs Yaoundé, Direction vs Syndicats) ne seront pas vidées, toute annonce de rachat restera une promesse de papier sur une usine au bord de la faillite technique.»

Par Olivier MBITOM