La cession de la Sosucam par le groupe Castel est bloquée par des tensions internes et les réserves des autorités camerounaises. L’on évoque notamment l’opposition de Romy Castel à la vente souhaitée par le directeur général Gregory Clerc, ainsi que les reports successifs du conseil d’administration chargé de faire avancer le dossier. En parallèle, le consortium conduit par Joseph Pagop Noupoué et William Nkontchou propose un plan d’investissement de 137,7 milliards de FCFA pour développer la production sucrière.
La cession de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) tourne au feuilleton. Alors que le groupe Castel cherche à céder cet actif stratégique à un consortium d’investisseurs, l’opération se heurte à la fois aux réticences des autorités camerounaises et à la guerre de gouvernance qui oppose Gregory Clerc, directeur général du groupe, à Romy Castel, fille du fondateur Pierre Castel.
Le dernier épisode est intervenu le 15 septembre 2026. Le conseil d’administration de la Sosucam, initialement prévu le 27 août puis reporté à cette date, n’a finalement pas eu lieu. Cette réunion devait notamment permettre d’avancer dans le processus nécessaire à la cession. Selon Africa Intelligence, Gregory Clerc se trouvait pourtant au Cameroun à la même période, à l’occasion du lancement de la boisson Ferox Energy, sans parvenir à faire progresser le dossier auprès des autorités.
En coulisses, Romy Castel s’oppose à la vente et l’a fait savoir au premier ministre, Dion NGUTE. Elle considère l’opération comme contraire aux orientations de son père et aux intérêts du groupe. Son objectif serait de retarder toute décision au Cameroun dans l’attente d’une étape judiciaire déterminante à Singapour, où sont établies des structures contrôlant l’empire familial. Elle espère obtenir les moyens de remettre en cause la direction de Gregory Clerc et, à terme, conserver la Sosucam dans le périmètre du groupe.
UN PLAN D’INVESTISSEMENT DE 137,7 MILLIARDS FCFA
Face à cette bataille interne, le consortium candidat au rachat poursuit son offensive. Il est conduit par Joseph Pagop Noupoué, avec l’entrepreneur William Nkontchou. Son projet prévoit, 137,7 milliards FCFA d’investissements pluriannuels, soit environ 210 millions d’euros.
Le modèle présenté s’inspire notamment de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), dont Igor Djoukwe Nguedjio, membre du consortium, a été directeur. Une délégation du comité stratégique camerounais chargé d’examiner la cession s’est récemment rendue au Sénégal pour visiter ses installations. La CSS dispose aujourd’hui d’un potentiel de production d’environ 145 000 tonnes de sucre par an et ambitionne 220 000 tonnes à l’horizon 2030.
L’enjeu camerounais dépasse largement une simple transaction privée. La Sosucam, créée en 1965, exploite notamment les complexes de Mbandjock et Nkoteng et revendique près de 25 000 hectares de plantations. Elle constitue l’un des piliers de l’approvisionnement national en sucre.
C’est précisément cette dimension stratégique qui explique la prudence de Yaoundé.
Le temps presse pourtant. La campagne sucrière doit normalement démarrer à partir de novembre et s’étendre sur plusieurs mois. Le groupe promet d’en assurer la continuité malgré les incertitudes entourant la vente.
La Sosucam se retrouve ainsi au croisement de trois batailles : la succession au sein de l’empire Castel, les ambitions des repreneurs et la volonté du gouvernement camerounais de préserver un actif jugé essentiel à sa sécurité alimentaire. Après deux reports du conseil d’administration, l’identité du futur propriétaire de l’entreprise reste plus incertaine que jamais.
Boris Bertolt









