Actualités of Thursday, 22 January 2026
Source: www.camerounweb.com
Poste de Premier ministre, gouvernement d'union nationale, larges prérogatives... Depuis la présidentielle d'octobre 2025, Paul Biya multiplie les offres pour neutraliser son ancien ministre devenu opposant. Mais Issa Tchiroma Bakary résiste. Plongée dans une guerre d'usure politique aux enjeux explosifs.
C'est une offensive de charme qui tourne au fiasco. Depuis la fin de la présidentielle du 12 octobre 2025, le pouvoir camerounais déploie des trésors d'ingéniosité pour ramener Issa Tchiroma Bakary dans le rang. Selon des informations exclusives révélées par Jeune Afrique ce mercredi, au moins trois tentatives de négociation ont été lancées, toutes soldées par des échecs retentissants.
Jeune Afrique dévoile que la première approche a été orchestrée par l'entourage de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence. L'offre était alléchante : le poste de Premier ministre, avec pour mission de former un gouvernement. Une proposition qui, dans le contexte camerounais, équivaut à une reconnaissance politique majeure.
Mais Tchiroma a décliné. Pour l'ancien porte-parole du gouvernement, accepter ce poste reviendrait à cautionner un système qu'il dénonce désormais publiquement. « Le peuple a voté pour le changement. Le régime rejeté doit partir », martelera-t-il plus tard dans un communiqué.
Face à ce premier refus, le régime ne s'est pas découragé. Jeune Afrique révèle qu'une deuxième tentative a été menée par Henri Eyebe Ayissi, ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières. Cette fois, la stratégie était différente : mobiliser des personnalités influentes du septentrion, région d'origine de Tchiroma, pour le convaincre de l'intérêt d'un retour au bercail.
Selon les sources de Jeune Afrique, ces émissaires ont tenté de faire valoir l'argument de la « responsabilité régionale », suggérant qu'un refus de Tchiroma pourrait priver le Nord de leviers d'influence au sein de l'appareil d'État. Là encore, l'opposant est resté inflexible.
Après ces deux échecs, Jeune Afrique révèle que la présidence a activé son ultime recours : Baba Danpullo. L'homme d'affaires entretient une relation ancienne avec Tchiroma, qu'il avait déjà aidé à intégrer le gouvernement en 1992. Son influence dans le septentrion et sa proximité personnelle avec le leader du FSNC en font, aux yeux du pouvoir, le seul capable de le faire changer d'avis.
Le scénario proposé, selon Jeune Afrique, reste le même : Premier ministre dans un gouvernement d'union nationale, avec cette fois des « larges marges de manœuvre ». Mais Tchiroma campe sur sa position. Dans un communiqué du 15 janvier diffusé par sa porte-parole Me Alice Nkom, il oppose un démenti « formel, total et sans équivoque » à toute idée de négociation.
Pour Jeune Afrique, cette multiplication des tentatives trahit l'inquiétude du régime face à la popularité persistante de Tchiroma. En refusant toute compromission, l'opposant maintient une pression politique que le pouvoir peine à désamorcer.
« Je n'ai jamais eu l'intention de négocier ma victoire électorale, ni avant, ni pendant, ni après le scrutin », a-t-il déclaré, selon Jeune Afrique. Une position qui pourrait lui coûter cher, mais qui renforce son image d'opposant intransigeant aux yeux d'une partie de l'opinion publique camerounaise.
Le régime Biya se retrouve ainsi dans une impasse : incapable de neutraliser Tchiroma, mais également réticent à employer la manière forte contre un ancien ministre qui connaît tous les secrets du système.