Actualités of Saturday, 21 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Libération d'Emmanuel Gérard Ondo Ndong et Gilles Roger Belinga après 20 ans de prison: les premières images

Ils étaient entrés dans les geôles camerounaises au sommet de leur carrière. Ils en ressortent, deux décennies plus tard, comme des témoins silencieux d'une époque révolue. Emmanuel Gérard Ondo Ndong, ancien directeur général du Fonds Spécial d'Équipement et d'Intervention Intercommunale (FEICOM), et Gilles Roger Belinga, ex-directeur général de la Société Immobilière du Cameroun (SIC), ont officiellement recouvré leur liberté ce vendredi 21 février 2026, après respectivement vingt-cinq et vingt ans de détention.


Tous deux avaient été arrêtés en 2006, dans le sillage du lancement de l'Opération Épervier, vaste campagne de poursuites judiciaires engagée sous l'impulsion du président Paul Biya contre des hauts responsables soupçonnés de gestion irrégulière des deniers publics. Ondo Ndong avait été reconnu coupable de détournements et de faux dans la gestion du FEICOM, impliquant des sommes estimées à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. Belinga, lui, avait été condamné — après appel — à vingt ans de réclusion pour des faits similaires à la tête de la SIC, peine finalement ramenée de trente-cinq ans après révision judiciaire.


Deux destins qui résument les ambiguïtés d'une opération inachevée
Leur libération intervient dans un silence institutionnel caractéristique : aucune déclaration officielle, aucun communiqué du parquet général, aucune conférence de presse. C'est la discrétion qui a marqué la fin de leur peine, comme elle avait marqué, pour Belinga notamment, l'ensemble de sa détention. L'ancien DG de la SIC, auteur en 2004 d'un ouvrage laudatif sur le président Biya, avait en effet choisi de purger sa peine sans jamais prendre publiquement la parole contre le régime — une attitude que ses soutiens avaient régulièrement mise en avant dans leurs démarches en faveur de sa remise en liberté.
Vingt ans après les premières arrestations de l'Épervier, leur sortie de prison relance inévitablement les questions sur le bilan réel de cette opération. Des centaines de milliards de francs CFA ont été détournés, des dizaines de responsables condamnés. Pourtant, la corruption n'a pas reculé dans les classements internationaux, et les structures qui avaient rendu possible ces détournements — opacité des marchés publics, faiblesse des corps de contrôle, culture de l'impunité — demeurent largement intactes.


Au-delà du symbole, la libération d'Ondo Ndong et de Belinga pose la question concrète de leur réinsertion dans une société camerounaise profondément transformée depuis 2006. Quels droits civiques leur sont restitués ? Quels biens, éventuellement saisis, leur sont rendus ? Quelle place la société et les institutions leur réservent-elles ? Autant d'interrogations auxquelles ni la justice ni le gouvernement n'ont, pour l'heure, apporté de réponse publique.
Ce qui est certain, c'est que leur liberté retrouvée marque, symboliquement, la fin d'un cycle. Celui d'une opération anticorruption qui, en vingt ans d'existence, aura produit autant de verdicts spectaculaires que de questions sur sa sélectivité, son équité et son efficacité structurelle à assainir durablement la gouvernance publique camerounaise