Loin de l'image du banquier discret et philanthrope construite au Cameroun, une enquête de Jeune Afrique consacrée à Paul Kammogne Fokam révèle l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire récente de son groupe : l'implication présumée de la filiale congolaise d'Afriland dans un système ayant permis à des proches de l'homme d'affaires israélien sous sanctions Dan Gertler de poursuivre leurs opérations financières en République démocratique du Congo.
Des lanceurs d'alerte condamnés à mort par contumace
Selon Jeune Afrique, ces accusations, portées en 2020 par les organisations Global Witness et la PPLAAF, reposaient notamment sur des documents transmis par deux anciens auditeurs de la banque, Gradi Koko et Navy Malela. Mais l'affaire a pris une tournure dramatique pour ces derniers : poursuivis en RDC après une plainte de la banque elle-même, ils ont été condamnés à mort par contumace en 2021, une procédure que des organisations de défense des droits humains ont vivement dénoncée. Afriland conteste l'ensemble de ces faits et a engagé une procédure judiciaire en France contre les deux ONG à l'origine des révélations.
Une filiale aujourd'hui sous administration provisoire, aux comptes exsangues
Jeune Afrique documente l'ampleur des conséquences financières de ce contentieux : placée sous administration provisoire de la Banque centrale du Congo depuis 2022, Afriland First Bank CD affichait des capitaux propres négatifs de 116,9 millions de dollars à fin 2025. Le groupe de Paul Kammogne Fokam affirme aujourd'hui ne plus contrôler cette filiale et accuse Kinshasa de l'en avoir dépossédé, une procédure d'arbitrage ayant été engagée devant le Cirdi pour tenter de faire valoir ses droits.
Ce que cette affaire, documentée par Jeune Afrique, met en lumière, c'est le décalage frappant entre la réputation de pionnier de la finance populaire soigneusement entretenue par Paul Kammogne Fokam sur son terrain camerounais, et la réalité d'un contentieux international impliquant des accusations de complicité avec un réseau sous sanctions américaines, des lanceurs d'alerte persécutés jusqu'à une condamnation à mort, et une filiale aujourd'hui en pleine déroute financière — un épisode qui interroge sur les limites réelles du modèle de gouvernance discrète revendiqué par le fondateur d'Afriland.









