À 78 ans et toujours persona non grata dans son propre pays, Paul Kammogne Fokam a déjà commencé à organiser la transmission de son empire bancaire et industriel. Une enquête de Jeune Afrique dresse la cartographie précise d'une succession familiale où chaque enfant et proche occupe déjà un poste stratégique au sein du groupe.
Selon Jeune Afrique, c'est son neveu, Célestin Guela Simo, qui pilote aujourd'hui Afriland First Bank Cameroun, première banque du pays avec plus de 2 000 milliards de francs CFA de bilan et un quart des parts de marché des crédits octroyés en 2025. L'enquête souligne que ce dernier réalise des performances notables et conduit activement le développement de la banque à l'échelle de la zone Cemac, profitant notamment de la mise en place, fin 2024, d'une licence bancaire unique régionale.
Jeune Afrique détaille la répartition des responsabilités au sein de la fratrie : le fils aîné, Valéry, a redressé la société d'hygiène Sitracel et détient l'exclusivité des produits Nestlé sur la quasi-totalité du territoire camerounais via Cegedis. La benjamine, Ghislaine, basée à Yaoundé, gère aux côtés de sa mère Julienne l'agence de voyages du groupe, Jully Voyages. Le fils cadet, Christian Fogaing Kammogne, préside quant à lui Afriland First Holding, le véhicule d'investissement ouest-africain du groupe basé à Lomé depuis 2024.
L'enquête de Jeune Afrique donne la parole à Danny Dior Ngongang, fondateur du cabinet de conseil Heights Advisory, qui reconnaît un risque réel de népotisme tout en nuançant : les descendants du fondateur auraient, selon lui, fait leurs classes et gravi les échelons avant d'accéder à ces positions stratégiques, plutôt que d'y être propulsés sans expérience préalable.
Ce que cette organisation successorale, documentée par Jeune Afrique, révèle en définitive, c'est la volonté de Paul Kammogne Fokam de préserver, au-delà de sa propre disparition, le contrôle familial de l'ensemble de son empire — banque, assurance, formation, hygiène, immobilier et tourisme confondus — plutôt que d'ouvrir la gouvernance de ses différentes structures à des dirigeants extérieurs au premier cercle familial, fidèle en cela à sa méthode historique de construction loin des projecteurs et des influences extérieures.









