Politique of Thursday, 2 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Déshumaniser pour gouverner : Le calvaire des prisonniers politiques au Cameroun

La stratégie décrite par les critiques est redoutable : isoler, affaiblir, faire durer La stratégie décrite par les critiques est redoutable : isoler, affaiblir, faire durer

Les conditions de détention dans les prisons camerounaises, en particulier celles des personnes présentées comme des prisonniers politiques deviennent inquiétantes. Selon des témoignages et des organisations de défense des droits humains, la surpopulation, l'insalubrité, le manque de soins et les mauvais traitements visent à briser les détenus et à dissuader toute contestation. Les autorités, de leur côté, rejettent l'existence de prisonniers politiques et attribuent ces difficultés aux problèmes structurels du système pénitentiaire.


Dans les prisons camerounaises, la privation de liberté ne semble plus suffire. Pour de nombreux observateurs, l’objectif dépasse désormais la sanction judiciaire : il s’agit de briser les individus, d’éteindre les voix dissidentes et de transformer les prisonniers politiques en exemples dissuasifs. La prison devient alors un instrument de pouvoir autant qu’un lieu de détention.

Surpopulation chronique, insalubrité, accès limité aux soins, alimentation insuffisante, lenteur des procédures judiciaires : ces réalités, régulièrement dénoncées par des organisations de défense des droits humains, prennent une dimension particulière lorsqu’elles concernent des opposants politiques ou des personnes considérées comme tels. Des témoignages d’anciens détenus et de leurs proches font également état de traitements particulièrement dégradants. Selon ces récits, certains seraient contraints de passer la nuit à l’extérieur des cellules faute de place, de nettoyer à l’aide de simples seaux des fossés remplis d’excréments ou de survivre dans des conditions que leurs défenseurs qualifient d’inhumaines et dégradantes. Si ces allégations sont exactes, elles dépasseraient largement le cadre d’une simple privation de liberté pour relever d’une atteinte grave à la dignité humaine.

La stratégie décrite par les critiques est redoutable : isoler, affaiblir, faire durer. Les longues détentions préventives, les restrictions de visites, les obstacles rencontrés par les avocats et l’incertitude permanente alimentent une souffrance qui dépasse largement les murs de la prison. Les familles deviennent elles aussi des victimes collatérales d’un système où l’usure psychologique peut se révéler aussi efficace que les barreaux.

Les autorités camerounaises contestent toutefois l’existence de « prisonniers politiques », affirmant que les personnes détenues répondent d’infractions prévues par la loi et non de leurs opinions. Elles mettent également en avant les difficultés structurelles du système pénitentiaire, notamment la surpopulation et le manque de moyens, qui affectent l’ensemble des détenus.
Une démocratie ne se mesure pas à la manière dont elle traite ceux qui l’approuvent, mais à la façon dont elle traite ceux qui la contestent. Lorsqu’une prison cesse d’être un lieu d’exécution de la peine pour devenir, selon ses détracteurs, un espace d’humiliation et d’écrasement de la personne humaine, c’est la crédibilité de l’État de droit qui est mise à l’épreuve. Déshumaniser un détenu, c’est envoyer un message à toute la société : la dissidence a un prix.

Armel MBATCHOU