L'analyse du professeur Sosthène Ngah Efouda sur le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) est fortement critiquée par certains Camerounais, qui l’accusent de prédire le déclin du parti sans s'appuyer sur des données factuelles ni tenir compte du contexte politique dans lequel évolue l'opposition. De nombreux intellectuels privilégient la critique de l'opposition plutôt que celle du pouvoir, par crainte des conséquences, et plaide pour une analyse fondée sur des faits vérifiables et une prise en compte des contraintes politiques auxquelles les partis d'opposition sont confrontés.
Le 28 juin dernier, sur le plateau de La Grande Instance sur NTV, le Professeur Sosthène Ngah Efouda a diagnostiqué l'émiettement du MRC, appelé à un nouveau leader et annoncé la disparition prochaine du parti. Aucune donnée interne, aucune référence aux textes du parti, aucun chiffre de militantisme. Mais surtout, aucune mention des conditions dans lesquelles ce parti opère.
Le cas Efouda n'est pas un accident. C'est un symptôme. Et ce symptôme mérite qu'on l'examine au-delà de la personne.
Une mécanique récurrente
Il existe, dans le débat public camerounais, un phénomène que l'on observe avec une régularité suffisante pour qu'il mérite d'être nommé. Des intellectuels — universitaires, politologues, analystes — interviennent régulièrement sur les plateaux de télévision pour diagnostiquer les faiblesses de l'opposition, pointer les divisions du MRC, appeler à sa réforme ou annoncer sa disparition prochaine. Ces interventions ont en commun une caractéristique frappante : elles sont rarement accompagnées de faits vérifiables, et elles évitent soigneusement les questions les plus lourdes du moment politique camerounais.
Pas un mot sur les conditions dans lesquelles l'opposition est contrainte d'opérer. Pas un mot sur les réunions interdites, les convocations administratives, les procès devant des juridictions militaires pour des faits politiques. Pas un mot sur les conditions électorales qui structurent le rapport de forces. Pas un mot sur la succession clanique qui occupe le sommet de l'État. Le MRC est analysé comme s'il évoluait dans une démocratie ordinaire, avec les mêmes libertés et les mêmes ressources que ses adversaires.
Ce n'est pas de la distraction involontaire. C'est une posture choisie.
La peur comme structure du débat
Il faut nommer ce qui organise ce choix : la peur. Dans un environnement politique où la critique du pouvoir peut avoir des conséquences institutionnelles, professionnelles ou personnelles, les intellectuels qui veulent continuer à exister sur les plateaux apprennent rapidement la géographie des sujets autorisés. Critiquer le MRC ne coûte rien. Critiquer le régime peut coûter beaucoup.
Ce n'est pas un jugement moral. C'est une observation sur la structure des incitations dans un système politique où l'espace de la parole libre est étroitement délimité. Les universitaires ont des carrières, des institutions de tutelle, des hiérarchies administratives. Les analystes ont des contrats, des invitations, des audiences. Dans ce contexte, le MRC devient le substitut commode du débat interdit — une cible accessible, sans défense immédiate sur le plateau, incapable de répliquer en direct avec ses propres données.
Le Professeur Efouda n'a pas inventé cette mécanique. Il en est l'illustration du dimanche.
Ce que révèle l'absence de faits
Ce qui est analytiquement significatif dans l'intervention d'Efouda, ce n'est pas tant ce qu'il dit que ce qu'il ne dit pas. Il diagnostique l'émiettement d'un parti sans citer un seul chiffre de militantisme. Il prédit la disparition d'une organisation sans mentionner les 230 unités créées depuis janvier, ni les 2 300 nouveaux militants recrutés en six mois. Il appelle à un nouveau leader sans mentionner que le leader actuel vient d'être réélu à 95,44% lors d'une Convention dont le procès-verbal est déposé aux autorités compétentes. Il analyse la crise interne sans mentionner les conditions externes qui la produisent ou l'amplifient.
Cette absence n'est pas un oubli. Elle est constitutive de la posture. Un intellectuel qui intègre les données disponibles, qui cite les textes du parti, qui mentionne les interdictions de réunion, qui replace la crise interne dans le contexte d'une déstabilisation externe documentée — cet intellectuel-là s'approche du régime. Et s'approcher du régime, dans ce contexte, c'est prendre un risque que le commentaire dominical ne rémunère pas.
La distinction qui compte
Nous ne demandons pas aux intellectuels camerounais d'être des militants. Nous ne leur demandons pas de soutenir le MRC ni aucun autre parti. Nous leur demandons ce que leur titre exige : la rigueur factuelle, la cohérence analytique, et l'honnêteté intellectuelle de replacer un objet politique dans les conditions réelles dans lesquelles il opère.
Analyser le MRC sans parler des conditions dans lesquelles il fonctionne, c'est analyser un nageur sans mentionner que le bassin est à moitié vide et que quelqu'un lui retient les chevilles. Le diagnostic peut sembler juste à la surface. Il est faux dans sa structure.
Un pays ne manque pas d'intellectuels. Il manque d'intellectuels qui acceptent de dire ce que les faits disent — même quand les faits désignent ceux qui contrôlent les plateaux où l'on est invité.
Le cas Efouda pose cette question à tous ceux qui, chaque dimanche, viennent analyser l'opposition dans un pays où analyser le pouvoir est autrement plus exigeant.
John Lawson









