Infos Santé of Wednesday, 19 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Hôpitaux de référence au Cameroun : Qui détourne les budget de maintenance ?

Quand le défaut de maintenance devient une menace pour les malades Quand le défaut de maintenance devient une menace pour les malades

Les insuffisances de la maintenance des infrastructures hospitalières au Cameroun sont des sujets de préoccupation. Le cas de l’Hôpital Général de Douala, confronté à des infiltrations d’eau, en est un exemple.

Hôpital Général de Douala : où sont les politiques de maintenance préventive des infrastructures sanitaires ?

Une image peut parfois résumer l’échec d’une politique publique mieux qu’un long rapport. La séquence diffusée sur les réseaux sociaux et que nous examinons montre un espace de l’Hôpital Général de Douala envahi par l’eau, pendant qu’une personne tente de repousser cette eau à l’aide d’un balai. La publication est présentée comme illustrant des infiltrations liées aux pluies.

Comment un établissement présenté comme l’un des fleurons hospitaliers du Cameroun peut-il laisser apparaître une telle vulnérabilité de ses infrastructures ?

L’HÔPITAL NE DEVRAIT JAMAIS ATTENDRE LA PLUIE POUR DÉCOUVRIR QUE SON TOIT EST DÉFECTUEUX

L’image de l’Hôpital Général de Douala doit donc être considérée comme un signal d’alarme, pas comme une preuve suffisante d’un détournement de fonds.

Elle rappelle une réalité beaucoup plus profonde : un hôpital de référence ne se mesure pas seulement à ses blocs opératoires, à ses scanners ou à la sophistication de son plateau technique. Il se mesure aussi à l’état de ses toilettes, de ses toitures, de ses réseaux électriques, de ses canalisations, de ses ascenseurs, de ses sols, de ses systèmes d’évacuation et de ses bâtiments.

Le gouvernement peut inaugurer un équipement à plusieurs centaines de millions de francs.

Mais si quelques années plus tard l’eau de pluie envahit les espaces hospitaliers, la question de la gouvernance de l’investissement public revient brutalement sur la table.

Construire sans entretenir, c’est gaspiller deux fois : une première fois lorsqu’on finance l’ouvrage, une seconde lorsqu’on doit le réhabiliter prématurément.

L’Hôpital Général de Douala n’est pourtant pas dépourvu de crédits de maintenance

Les documents de la commande publique montrent que la maintenance n’est pas une notion inconnue de l’Hôpital Général de Douala.

Pour l’exercice 2025, l’établissement avait prévu 87,5 millions de FCFA TTC pour la maintenance préventive et curative des équipements biomédicaux et d’imagerie médicale et interventionnelle. Le marché devait être financé sur le budget de fonctionnement de l’Hôpital Général de Douala.

En 2026, les documents de programmation des marchés publics font apparaître :
- 97 millions FCFA pour la maintenance des équipements biomédicaux et d’imagerie médicale et interventionnelle ;
- 95 millions FCFA pour la maintenance de certains équipements d’appui au diagnostic en radiologie ;
- 110 millions FCFA pour la réhabilitation de l’internat ;
- 95,25 millions FCFA pour l’aménagement de l’entrée de l’hôpital.

Soit 397,25 millions de FCFA pour ces quatre opérations programmées, dont 192 millions de FCFA spécifiquement pour les deux opérations de maintenance d’équipements.

Et le volume global des opérations programmées pour l’Hôpital Général de Douala en 2026 atteint 5,003 milliards de FCFA.

Alors dites-moi: Les sommes programmées sont-elles effectivement exécutées, sur quels équipements et bâtiments, avec quels résultats et selon quel contrôle ?

En janvier 2025, le ministère de la Santé publique expliquait lui-même que son budget de fonctionnement comportait des activités de maintenance des équipements d’imagerie médicale des Centres hospitaliers régionaux, des hôpitaux centraux et des hôpitaux régionaux, ainsi que des équipements de laboratoire, de ventilation, de monitoring et des centres régionaux d’hémodialyse.

En juillet 2025, le ministère a encore lancé des procédures relatives à la maintenance des équipements d’imagerie médicale des CHR, hôpitaux centraux et hôpitaux régionaux.

Une autre procédure concernait la maintenance des équipements de laboratoire, de ventilation et de monitoring de plusieurs CHR, notamment Bafoussam, Bertoua, Ebolowa, Garoua, Maroua et Ngaoundéré.

Autrement dit, la maintenance est budgétée, contractualisée et soumise à la commande publique.

Alors pourquoi retrouve-t-on encore des infrastructures hospitalières dans un état qui donne l’impression que la maintenance arrive seulement lorsque le problème devient visible ?

ET L’ARGENT DE LA RÉHABILITATION ?

En 2020 déjà, l’Hôpital Général de Douala avait lancé un appel d’offres pour la réhabilitation de la toiture du patio de consultation d’hémodialyse et de néphrologie.

En septembre 2024, un autre marché concernait la réhabilitation des espaces de soins, toilettes et vestiaires du personnel dans les hospitalisations de l’établissement.

En 2026, la programmation prévoit encore 110 millions de FCFA pour la réhabilitation de l’internat.

Question : Quelle est la durée de vie des réhabilitations réalisées, quel est leur niveau de réception technique et qui est responsable lorsque les mêmes infrastructures recommencent à se dégrader ?

COMBIEN LE CAMEROUN CONSACRE-T-IL CHAQUE ANNÉE À LA MAINTENANCE DES HÔPITAUX ?

Les dépenses sont éclatées entre :
- le budget du ministère de la Santé publique ;
- les budgets autonomes des établissements hospitaliers ;
- les budgets d’investissement ;
- les budgets de fonctionnement ;
- les marchés de maintenance des équipements ;
- les marchés de réhabilitation des bâtiments ;
- les crédits transférés aux collectivités territoriales ;
- et certains financements spécifiques ou extérieurs.

Le budget 2026 prévoit 132,5 milliards de FCFA pour le programme « Renforcement du système de santé ». Mais ces 132,5 milliards ne constituent pas un budget exclusivement consacré à la maintenance : il s’agit d’un programme beaucoup plus large.

Comment comprendre qu’à ce jour, la traçabilité consolidée de la totalité des dépenses annuelles de maintenance et de réhabilitation de l’ensemble des hôpitaux publics reste difficile à établir à partir des données publiques disponibles.
C’est précisément cette opacité qu’il faut lever.

QUELLES DEVRAIENT ÊTRE LES PRIORITÉS ?

Un hôpital ne devrait pas fonctionner selon la logique du « réparer ce qui fait scandale aujourd’hui ».
La priorité devrait être hiérarchisée.

1. Sécurité des patients
Avant toute décoration, aménagement ou opération de prestige :
* toitures ;
* plafonds ;
* sols ;
* installations électriques ;
* ascenseurs ;
* issues de secours ;
* prévention incendie ;
* systèmes d’oxygène ;
* réseaux d’eau ;
* évacuation des eaux usées.

Une fuite d’eau dans un établissement hospitalier n’est pas une question esthétique.

Elle peut créer des risques électriques, favoriser la dégradation des bâtiments, compromettre l’hygiène et perturber la prise en charge.

2. Hygiène et prévention des infections
L’eau stagnante, les sanitaires dégradés, les réseaux d’évacuation défaillants et les locaux mal entretenus sont incompatibles avec un environnement hospitalier sécurisé.

3. Maintenance préventive
Il faut cesser d’attendre qu’un appareil tombe en panne ou qu’un toit laisse entrer la pluie.
Un équipement médical doit avoir :
* un calendrier de maintenance ;
* un carnet d’entretien ;
* une durée de vie prévisionnelle ;
* un responsable identifié ;
* un budget annuel ;
* un contrôle de l’exécution ;
* un rapport après intervention.

4. Infrastructures critiques
Les services d’urgence, blocs opératoires, réanimations, néonatalogies, hémodialyse, laboratoires, radiologie et services de stérilisation devraient passer avant les opérations d’embellissement.

5. Transparence des marchés
Chaque hôpital de référence devrait publier périodiquement :
montant budgété → marché attribué → entreprise → montant exécuté → travaux réalisés → date de réception → durée de garantie → état de l’ouvrage après 12 mois.

Sans cette chaîne d’information, le citoyen connaît le montant annoncé mais ignore l’efficacité réelle de la dépense.
« OÙ VA L’ARGENT ? » :
Il faut poser des questions plus difficiles :
Combien est budgété ?
Combien est engagé ?
Combien est effectivement payé ?
À quelles entreprises ?
Pour quels travaux ?
Dans quels délais ?
Qui réceptionne les ouvrages ?
Existe-t-il des réserves à la réception ?
Quelle est la durée des garanties ?
Combien d’entreprises sont régulièrement attributaires de ces marchés ?
Combien de travaux ont dû être repris avant même la fin de leur durée normale d’utilisation ?

Et surtout :
Pourquoi une administration hospitalière qui dispose de budgets de maintenance continue-t-elle à subir des défaillances élémentaires qui auraient dû être anticipées par une politique de maintenance préventive ?

Par Charles Armel MBATCHOU