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Opinions of Tuesday, 27 February 2018

Journaliste: ENOH MEYOMESSE

Marafa Hamidou Yaya: l’étoile du Nord brisée

Marafa Hamidou Yaya, la plupart des Sudistes n’en n’ont pas conscience, était devenu, par sa longévité au pouvoir à travers les postes clés de Conseiller spécial du président de la République, de Secrétaire général de la présidence de la République et de Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, une quasi-icône dans le Nord du pays. Il y était perçu comme le 3ème président de la République, l’homme qui était appelé à succéder à Biya Paul.

En effet, avant son arrestation, il se situait en tête des hommes politiques nordistes auprès des masses populaires en termes d’audience, de soutien et de crédibilité. Bien mieux, son aura ne se limitait guère au nord du pays. Elle s’étendait jusqu’au sud. De nombreux Sudistes l’avaient en effet déjà mentalement « agréé » comme futur président de la République. Enfin, de tous les hommes politiques camerounais, il était le seul à jouir d’une telle stature : président avant d’être élu.

En se rendant en campagne électorale pour un scrutin présidentiel au Nord, Madame Yao Aïssatou, à l’époque membre du gouvernement, incorpore dans son équipe, un jeune ingénieur formé aux USA et cadre à la Snh : Marafa Hamidou Yaya. La campagne électorale se déroule convenablement, et s’achève sans anicroche. Le candidat qu’elle soutient est réélu. Peu de temps après, c’est l’heure des récompenses. Marafa est gratifié du poste de Secrétaire d’Etat. A n’en pas douter, dans son rapport sur le déroulement de la campagne électorale, elle l’a présenté de manière positive, voire élogieuse, et le président de la République a décidé d’en faire un ministre. C’est l’envol. La suite, on la connaît. Conseiller spécial du président de la République. Ministre d’Etat. Secrétaire général de la présidence de la République. Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. Une ascension fulgurante au point de devenir, dans l’esprit des Camerounais, un président de la République en devenir.

Ce comportement ô combien honorable de Yao Aïssatou, combien d’autres « élites » du nord ayant accès au président de la République sont-elles en mesure aujourd’hui de le reproduire ? Hélas, bien trop peu. Chacune d’elles, comme du reste toutes celles de notre pays, ne désire point qu’un autre nom ne se fasse entendre, un autre visage n’émerge dans l’arrondissement, le département, la région dont elles sont issues, en dehors du sien. Résultat, dans le nord du Cameroun, ce sont les mêmes noms à quelques exceptions près que l’on entend depuis une éternité. Pas de renouvellement du personnel politique. Bien pire, lorsque le malheur s’abat sur une « élite » nordiste, les premières personnes à festoyer sont les autres « élites » nordistes. On a vu avec quelle indescriptible joie le ministre de la communication, vêtu d’un de ses grands boubous dont il le secret, et de son inséparable chéchia sur la tête, ses 32 dents au vent, a craché de venin sur Marafa au lendemain de l’arrestation de ce dernier. Même chose, quelque temps après pour le président de l’Assemblée nationale. Celui-ci, du haut de la tribune de la chambre, n’a eu aucune retenue à enfoncer son congénère de Garoua, DG de la Sodecoton, en difficultés.

Mais, à vrai dire, rien d’étrange à cela. Les « élites » camerounaises rdpcistes, quel que soit l’endroit où elles se trouvent, sont comme des crabes dans un panier : elles se mangent sans pitié entre elles.

Quoi qu’il en soit, à travers l’élimination politique de Marafa Hamidou Yaya, le Nord du Cameroun vient de perdre une seconde chance de voir dans les meilleurs délais, et pourquoi pas en 2018, un de ses enfants accéder au palais d’Etoudi. Toutefois, ce n’est pas une simple perte pour le Nord uniquement, mais bel et bien pour tout le Cameroun. Un présidentiable est difficile à fabriquer. Pour cette stature, en effet, il y a beaucoup de désireux, mais infiniment peu de capables. Et c’est sans doute ce qui a causé la perte de Marafa. Se sentant l’un de ceux-ci, il n’a pas su remplir l’ultime condition qui lui restait : la patience. Et c’est bien dommage…

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