Actualités of Friday, 6 March 2026
Source: www.camerounweb.com
Depuis sa cellule de la prison civile de Yaoundé (Kondengui), le président du Mouvement pour la Démocratie et l’Indépendance (MDI) revient, dans un récit très émouvant, sur les conditions de son arrestation et son arrestation de plus de 43 jours dans les locaux de Secrétariat d’État à la Défense (SED).
Dans la nuit du 24 octobre 2025, aux environs de 22 heures, une dizaine d'hommes et de femmes lourdement armés et en tenue civile font interruption dans la concession qui abrite l'école de mon épouse, l'internat des élèves et mes appartements privés. La scène se déroule dans la ville de Douala.
Après avoir contraint le gardien à ouvrir le portail, ces personnes non identifiées se rendent à l'entrée principale du bâtiment et tentent de la forcer.
A l'écoute des bruits, je me rends vers la porte et j'entends hurler : « êtes-vous Djeukam Tchameni» ? Je réagis en ces termes :
« Oui, qui êtes-vous » ? D'un ton menaçant, elles rétorquent ainsi qu'il suit : « si vous n'ouvrez pas, la porte on va finir de la casser ». Joignant immédiatement la parole à l'acte, elles continuent à assener coups de pieds et de crosse de fusil sur la porte. Je peux les voir car la porte est à moitié vitrée.
Pour éviter qu'ils ne cassent la porte complètement, je consens à ouvrir. Sur ces entrefaites, les élèves internes et les enseignants chargés de leur encadrement sont réveillés par les bruits.
S'installe alors un état de panique générale. Dès que le gang armé entre dans la maison, quelques-uns se saisissent de moi, sans ménagement, et me conduisent manu militari dans un des trois véhicules qu'ils conduisaient. Je suis cagoulé et assis à l'arrière du véhicule avec deux hommes armés et en uniforme. Il faisait noir, j'étais ce faisant dans l'incapacité de distinguer l'uniforme dont il s'agissait. Nous avons immédiatement pris la route pour une destination inconnue. Avant de démarrer le véhicule, un des assaillants me tend mes deux téléphones et me demande de les déverrouiller, les arrache et les garde par devers lui. Chemin faisant, un autre des assaillants, assis à mes côtés, me demande si j'ai de l'argent dans mes poches. Je lui réponds que j'ai environ FCFA 200 000 (deux cent mille). Il envoie sa main dans ma poche arrière et retire l'argent. Je ne peux le reconnaître car je suis cagoulé. Le voyage a mis un temps interminable. D'après les échanges qu'ils ont dans le véhicule et avec les occupants d'un autre véhicule, j'arrive à capter que Anicet EKANE est dans l'autre véhicule, que certains des assaillants sont de la DGRE et que l'on nous conduit au SED. J'en déduis que nous prenons la direction de Yaoundé.
Nous arrivons finalement à destination. Mes kidnappeurs me descendent du véhicule, enlèvent la cagoule et sans me laisser le temps de les dévisager, ils me remettent à des gendarmes qui m'amènent dans le bureau de leur chef qui se présente, le lieutenant-colonel Bialo en l'occurrence. Ce dernier fait appel au capitaine Etoundi et au Maréchal de logis chef Som. Ils tentent de m'auditionner. Je puis leur rétorquer que je ne dirai rien sans la présence de mes avocats. Ils demandent le nom de l'avocat, m'envoient dans une de leurs cellules. Mon interrogatoire commence 2 jours plus tard en présence de mon avocat. Et je serai gardé à vue au SED dans des conditions psychologiquement intenables jusqu'au 5 décembre 2025, moment où je suis transféré à la prison principale de Nkondengui.
Au moment de mon kidnapping, j'observe, furtivement, qu'un groupe d'assaillants se dirige dans mes appartements privés et dans l'internat. J'apprendrai plus tard qu'ils se sont mis à fouiller tous les placards, valises, etc... emportant téléphones, ordinateurs, modems, et des appareils électroniques de surveillance ou didactique, nos passeports, nos cartes bancaires, environs 2 000 Euros et 500 Dollars, de nombreux documents personnels et professionnels, un coffre-fort contenant des documents familiaux (acte de mariage, actes de naissance, diplômes, titres fonciers, etc...) et professionnels (autorisation de l'école, attestation de conformité fiscale, examens internationaux etc...), ainsi que la somme de FCFA 3 000 000 (trois millions). Tous les efforts déployés par mes avocats et de mon épouse en vue de rentrer en possession des biens ci-dessus volés sont restés vains jusqu'à ce jour.