Pendant que l'opinion camerounaise était absorbée par les turbulences post-électorales — arrestations d'opposants, contentieux sur les résultats, fuite d'Issa Tchiroma Bakary —, un chantier d'une tout autre nature avançait discrètement dans les couloirs feutrés de la présidence de la République. Selon des révélations exclusives de Jeune Afrique, publiées ce 5 mars 2026, la réforme constitutionnelle camerounaise n'est plus un projet flottant : elle est techniquement prête, et c'est Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, qui en tient les rênes.
C'est l'une des informations les plus significatives livrées par Jeune Afrique dans son enquête : les travaux préparatoires à la révision constitutionnelle ont été conduits sous la coordination directe de Ferdinand Ngoh Ngoh, entouré d'un cercle restreint de juristes et de politistes triés sur le volet — le conseiller juridique Jean-Claude Awala Wodougué, le politiste Luc Sindjoun, et un groupe de constitutionnalistes dont l'identité n'est pas rendue publique.
Ce n'est pas un détail anodin. Confier à Ngoh Ngoh la coordination de ce chantier revient à placer au cœur du processus constitutionnel l'homme le plus puissant de la présidence après Paul Biya lui-même — celui-là même que le journaliste d'investigation Michel Biem Tong accuse, dans un tout autre registre, d'avoir envoyé un officier négocier secrètement avec les séparatistes de l'ADF lors de la libération de la sénatrice Mundi. Un homme aux mains dans tous les dossiers.
Une session parlementaire extraordinaire pour accoucher la réforme
Selon Jeune Afrique, la question n'est plus si la réforme sera lancée, mais quand. L'hypothèse d'une session parlementaire extraordinaire circule avec insistance dans les cercles du pouvoir. La procédure serait conforme à l'article 63 de la Constitution, qui requiert une adoption à la majorité des trois cinquièmes des parlementaires. Une majorité que le RDPC, parti au pouvoir, est en mesure de réunir sans difficulté au sein d'une Assemblée nationale qu'il domine largement.
Le timing politique serait idéal : libéré de la contrainte électorale après la présidentielle d'octobre 2025, le régime peut désormais imprimer son rythme sans craindre l'effet d'une réforme sur les urnes. La succession, sans être nommée, est dans toutes les têtes.
Parmi les réformes envisagées — redécoupage territorial, renforcement des chefferies traditionnelles, abaissement de l'âge requis pour la candidature à la présidentielle —, c'est la création d'un poste de vice-président nommé qui constitue, selon les informations de Jeune Afrique, le pivot central du projet. Une révolution institutionnelle silencieuse qui modifierait en profondeur l'équilibre du pouvoir, en retirant au président du Sénat son rôle d'intérimaire constitutionnel.
Qui sera ce vice-président nommé ? La Constitution camerounaise de demain pourrait bien répondre à cette question que tout le monde pose depuis des décennies sans jamais oser la formuler officiellement : celle de l'après-Biya.









