Actualités of Friday, 23 January 2026
Source: www.camerounweb.com
La décision du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) du professeur Maurice Kamto de participer aux prochaines élections législatives et locales suscite des débats au sein de l'opinion publique camerounaise. C'est un choix politique à plusieurs variables.
Ce texte n’est pas une querelle de chapelles. Il remet de l’ordre dans les faits et la logique, parce que le débat actuel mélange trois choses différentes : un vote de protestation, une alliance politique et une stratégie électorale.
En 2018, Issa Tchiroma attaquait Maurice Kamto pour avoir contesté la présidentielle. En 2025, il adopte la même posture, se dit vainqueur et parle comme s’il représentait un électorat qui ne l’a jamais mandaté.
Remettons les faits en place.
Son « score » de 2025 ne vient ni d’un appareil solide, ni d’un projet construit, ni d’un patient travail de terrain. Il tient d’abord à l’éviction de Kamto et au réflexe d’un peuple qui refusait un scénario verrouillé. C’était un vote de protestation, pas une alliance et encore moins un droit de tutelle.
Chronologie utile : l’éviction de Maurice Kamto en 2025 a créé un vide, d’où un prêt de voix vers Tchiroma. Un prêt n’est ni un ralliement ni un mandat durable ; il se reconfirme à chaque scrutin.
Repère simple : un vote de protestation exprime un refus, une alliance engage des appareils sur un programme commun, une stratégie électorale choisit l’outil du moment pour construire du pouvoir. Confondre les trois, c’est fabriquer des malentendus utiles.
De son côté, le MRC n’a signé aucun accord avec le FSNC, il n’a donné aucune consigne de vote et n’a demandé à personne de boycotter par solidarité. Il a assumé la situation en laissant chaque citoyen décider. Transformer cet épisode exceptionnel en «créance » sur l’opposition, c’est réécrire l’histoire pour tenter de la confisquer.
Et puis, fait têtu : aucune alliance formelle MRC–FSNC n’a été annoncée, aucune investiture conjointe, aucun programme partagé. Sans accord, pas de tutelle!
What next ?
Sur 2020. Le boycott du MRC n’était pas un effet de manche. Il visait à refuser un code électoral biaisé et à stopper une tentative de division interne.
Comme je l’ai développé dans «Le mensonge stratégique de Kamto », qui offre la grille pour distinguer l’émotion du calcul et éclaire la séquence 2020–2026, le boycott de 2020 relevait d’une stratégie froide : un silence travaillé et l’usage du droit comme contre-piège, le refus d’un code électoral biaisé, la neutralisation d’une tentative de division interne, la préservation de la cohérence plutôt que la validation d’un jeu pipé. C’était un choix coûteux et assumé.
Un coût clair avec la perte d’ancrage et d’élus à court terme.
Le gain certain fut l’intégrité de la ligne, la division interne déjouée et une crédibilité préservée.
Justement pour cela, le MRC a le droit - et le devoir - de revenir au combat institutionnel, là où se fabrique vraiment le pouvoir : leurs communes, leurs circonscriptions, des réseaux d’élus et encadrement du vote. Le rôle d’un parti n’est-il pas de concourir à l’expression du suffrage ?
Sur 2026. Participer ne «valide » pas un régime qui se déclare légitime sans demander l’avis de personne. Participer, c’est reprendre du terrain : installer des assesseurs, protéger les suffrages, gagner des mairies et des sièges, former des cadres, documenter les irrégularités et rendre chaque manœuvre plus risquée et plus visible.
Dans la même logique, participer en 2026 n’est pas une validation mais la phase suivante de ce réalisme stratégique : occuper, protéger, documenter, former ; rendre chaque manœuvre plus coûteuse et plus visible ; déplacer progressivement le centre de gravité vers l’implantation locale et les contentieux maîtrisés.
C’est une règle d’hygiène démocratique: participer ne “valide” pas ; s’abstenir ne “délégitime” pas. Ce qui délégitime, c’est l’impuissance organisée.
Le boycott peut avoir du sens à un moment donné ; mais en faire une doctrine, c’est laisser des victoires faciles à ceux qu’on prétend combattre.
Disons les choses simplement.
Le FSNC d’Issa Tchiroma a bien participé aux municipales et législatives de 2020, quand il était allié du pouvoir. À ce moment-là, les urnes ne posaient aucun problème.
On ne découvre pas un “principe” quand il cesse de nous servir. S’il était acceptable de participer en 2020 avec le pouvoir, il n’est pas “immoral” que le MRC participe en 2026 contre lui.
C’est un double standard. La vraie raison est simple : si le MRC se présente, il remet de la concurrence dans l’opposition, casse le petit avantage médiatique acquis en 2025 et oblige chacun à gagner sa place par le travail de terrain, pas par des déclarations.
Un prêt de voix n’est pas un bail politique. Un vote de colère n’accorde pas un droit de commandement et on ne demande pas à ceux qui organisent, forment, protègent les suffrages et tiennent le terrain de s’immobiliser pour préserver des postures.
Petit rappel démocratique : personne ne parle au nom des électeurs sans mandat. Les voix se gagnent, se regagnent, puis se confirment. Elles ne se possèdent pas. Jamais !
La question est simple : construire une force qui dure ou garder le micro ouvert ? La colère mobilise ; l’organisation transforme.
La vraie question n’est plus « qui crie le plus fort ? » mais « qui organise le mieux ? » C’est là que se décide l’alternance.
Qu’on le retienne une bonne fois pour toutes : Issa Tchiroma n’a aucune légitimité - ni politique ni idéologique - pour dicter la conduite du MRC ou lui interdire de participer aux élections locales de 2026.
Quel mandat, quelle alliance, quel projet lui donneraient ce droit ? Aucun.
Un prêt de voix ne fonde ni droit de commandement ni tutelle. Ce n’est pas une légitimité.
Le MRC choisit l’organisation. Qu’on le laisse travailler - en attendant, libre à d’autres de promettre des “miracles” qui guérissent tout… sauf les institutions.
Gaston NTOUBA ESSOMÈ