Alors que l'enquête sur le présumé trafic d'or camerounais s'était longtemps concentrée sur un possible blanchiment via les Émirats arabes unis, un rapport consulté par Jeune Afrique ouvre deux nouvelles pistes : l'Ouganda et les entreprises chinoises actives dans l'exploitation aurifère. Selon l'estimation retenue par le dossier, ce trafic aurait privé l'État de près de 2 000 milliards de francs CFA (environ 3,05 milliards d'euros) entre 2021 et 2025.
Des importations ougandaises que le Cameroun ne déclare pas
Selon Jeune Afrique, les autorités ougandaises ont déclaré avoir importé du Cameroun 1 117 kg d'or brut en 2023, pour environ 43,4 milliards de francs CFA (66,2 millions d'euros), puis 3 175 kg en 2024, pour environ 150,5 milliards de francs CFA (229,4 millions d'euros). Le magazine relève que ces chiffres ne se retrouvent pas dans les déclarations de Yaoundé.
Des responsables interrogés sur l'absence de données
Jeune Afrique indique que c'est sur cette absence de données, émanant pourtant d'organismes indépendants, que sont interrogés le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, le directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, et le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry. Le magazine précise toutefois qu'à ce jour, les deux derniers n'ont pas été officiellement convoqués par les enquêteurs.
La piste chinoise : plus de 200 entreprises concernées par des cessions de titres
Le rapport évoque également, selon Jeune Afrique, la présence d'entreprises chinoises dans l'exploitation aurifère des régions de l'Est et de l'Adamaoua. Depuis le début de l'enquête, plusieurs signalements les concernant ont été transmis au Tribunal criminel spécial, notamment au sujet de cessions de titres miniers par des titulaires camerounais à plus de 200 entreprises. Toujours selon les informations de Jeune Afrique, ces sociétés jouiraient de la protection de gouverneurs, préfets ou sous-préfets qui « ferment les yeux » sur leurs pratiques. Ces éléments relèvent, à ce stade, de signalements et de sources non nommées, et non de faits établis par la justice.
Une enquête qui s'élargit, sans conclusions publiques
Ce que montre l'enquête de Jeune Afrique, c'est l'élargissement progressif du périmètre des investigations, de Dubaï à Kampala et jusqu'aux sites d'exploitation de l'Est. Aucune conclusion officielle n'a, à ce jour, été rendue publique.









