Loin de faire consensus, l'existence même d'une discrimination structurelle visant la communauté bamiléké fait l'objet d'un vif désaccord au sein de l'intelligentsia camerounaise elle-même. Une enquête de Jeune Afrique donne la parole à plusieurs universitaires aux positions radicalement opposées, illustrant la complexité d'un débat qui dépasse le simple clivage politique.
Une mise en garde contre la réduction tribale du débat
Selon Jeune Afrique, le politologue Vincent Sosthène Fouda prend le contre-pied des propos d'Achille Mbembe, estimant qu'il ne s'agit pas de nier l'existence de tensions, mais de refuser leur réduction à des oppositions tribales figées. Pour lui, parler de « fixation » contre les Bamilékés suppose l'existence d'un ressentiment partagé à l'échelle nationale — une hypothèse qu'il juge incompatible avec la réalité d'un pays fort de 256 tribus, de langues multiples et de traditions diverses, tout sauf homogène.
Une critique acerbe venue d'un historien
L'enquête rapporte également la position, plus corrosive encore, d'Edouard Bokagné, chef du département d'histoire de l'université d'Ebolowa, qui ironise ouvertement sur la thèse défendue par Achille Mbembe, qu'il présente comme construisant l'image d'une communauté qui, seule, posséderait des griefs légitimes et échapperait à toute accusation de tribalisme.
Un soutien ferme venu du barreau
À l'inverse, Jeune Afrique cite l'avocat Claude Assira, ancien membre du Collectif Égalité fondé par l'écrivaine Calixthe Beyala, qui défend fermement la thèse de Mbembe, estimant que celui-ci « n'a rien inventé » et n'a fait que « dire ce que nous tous percevons ». L'avocat va jusqu'à mettre le gouvernement au défi de commanditer un sondage officiel sur la question, convaincu qu'un tel exercice viendrait objectiver un phénomène qu'il juge aujourd'hui trop souvent nié ou minimisé.
Un débat scientifique qui reflète les fractures du pays
Ce que cette confrontation d'expertises, documentée par Jeune Afrique, révèle en définitive, c'est l'absence de consensus scientifique clair sur une question pourtant devenue centrale dans le débat public camerounais — chaque camp mobilisant des arguments méthodologiques et historiques concurrents, dans un climat où la neutralité académique elle-même semble de plus en plus difficile à préserver face à l'intensité des passions politiques et identitaires en jeu.









