De Londres à Washington, en passant par les tribunaux arbitraux internationaux, la facture s'alourdit pour le Cameroun. En moins de deux ans, l'État et ses entreprises publiques ont accumulé au moins 451 milliards de FCFA de condamnations défavorables. Trois dossiers concentrent l'essentiel de cette exposition : le projet de fer de Mbalam-Nabeba (355 milliards FCFA), le complexe sportif d'Olembé (plus de 53 milliards FCFA) et le contentieux SONARA-Sahara Energy (42,8 milliards FCFA). Un montant plancher, car les intérêts continuent de courir et d'autres procédures restent pendantes.
Info en continu… CONTENTIEUX INTERNATIONAUX : AU MOINS 451 MILLIARDS FCFA DE CONDAMNATIONS POUR LE CAMEROUN ET SES ENTREPRISES PUBLIQUES EN MOINS DE DEUX ANS
De Londres à Washington en passant par l’arbitrage international, la facture commence à devenir considérable. En moins de deux ans, plusieurs décisions judiciaires et arbitrales défavorables à l’État du Cameroun ou à ses entreprises publiques font apparaître au moins 451 milliards de FCFA d’obligations financières quantifiables. Et ce montant constitue encore un plancher : certains intérêts continuent de courir, tandis que d’autres contentieux restent pendants.
Trois dossiers concentrent l’essentiel de cette exposition : Mbalam-Nabeba, le complexe sportif d’Olembé et le contentieux SONARA-Sahara Energy.
MBALAM-NABEBA : À LUI SEUL, LE DOSSIER PÈSE ENVIRON 355 MILLIARDS FCFA
C’est la condamnation la plus spectaculaire.
En juillet 2026, un tribunal arbitral constitué sous l’égide de la Chambre de commerce internationale a donné raison à l’australien Sundance Resources et à sa filiale camerounaise Cam Iron dans leur différend avec l’État autour du projet de fer de Mbalam-Nabeba.
Le tribunal a accordé aux deux sociétés environ 616 millions de dollars, soit quelque 355 milliards FCFA, en dommages, intérêts et frais. Il a notamment conclu que le Cameroun avait manqué à ses obligations concernant l’investissement et n’avait pas respecté une ordonnance d’urgence de mars 2022 qui lui interdisait d’attribuer le permis de Mbalam à un tiers.
Une nuance demeure essentielle : une sentence arbitrale ne signifie pas que les 355 milliards ont déjà été effectivement décaissés. Sundance a indiqué qu’elle pourrait engager des procédures d’exécution si le Cameroun ne s’acquittait pas volontairement de la sentence.
OLEMBÉ : PICCINI REVIENT PRÉSENTER UNE FACTURE DE PLUS DE 50 MILLIARDS
Deuxième dossier : le complexe sportif d’Olembé.
Sept ans après son éviction du chantier, l’entreprise italienne Gruppo Officine Piccini a obtenu, le 4 septembre 2026, une sentence favorable devant un tribunal arbitral constitué sous l’égide du CIRDI.
Le Cameroun doit lui verser 78,5 millions d’euros, soit environ 51,49 milliards FCFA. L’indemnisation couvre notamment l’investissement net de Piccini, son manque à gagner, la perte d’utilisation et de valeur de certains équipements ainsi que différentes dépenses engagées après son éviction.
Et la facture ne s’arrête pas là.
Des intérêts courent depuis novembre 2019 et une partie des frais juridiques et d’arbitrage est également mise à la charge du Cameroun. Selon les éléments disponibles, ces frais supplémentaires portent déjà l’exposition quantifiable à environ 53,46 milliards FCFA avant prise en compte complète des intérêts.
Autrement dit, la facture définitive d’Olembé sera supérieure à ce montant.
SONARA : 42,8 MILLIARDS FCFA FACE À SAHARA ENERGY
Troisième dossier majeur : la Société nationale de raffinage.
Le contentieux opposant la SONARA à Sahara Energy trouve son origine dans des cargaisons de pétrole brut livrées entre 2013 et 2016 et dans des factures payées avec retard.
Le principal et les intérêts contractuels avaient finalement été réglés, mais Sahara réclamait également des sommes correspondant notamment à des intérêts financiers supplémentaires et à des pertes de change.
En février 2026, la Court of Appeal britannique a donné raison à Sahara sur une partie essentielle de ses prétentions. La SONARA a tenté de porter l’affaire devant la Cour suprême britannique.
Le 29 juin 2026, celle-ci a refusé l’autorisation d’appel. La décision défavorable à la SONARA subsiste donc.
L’exposition correspondante est évaluée à environ 76,97 millions de dollars, soit près de 42,8 milliards FCFA.
PLUS DE 451 MILLIARDS FCFA AU TOTAL
L’addition des principaux montants documentés donne désormais une idée de l’ampleur du problème :
Mbalam-Nabeba : environ 355,08 milliards FCFA.
Olembé-Piccini : environ 53,46 milliards FCFA avant le décompte complet des intérêts.
SONARA-Sahara Energy : environ 42,8 milliards FCFA.
À ces sommes s’ajoutent quelques condamnations procédurales beaucoup plus modestes concernant notamment des entreprises publiques.
Le total documenté dépasse ainsi 451 milliards FCFA.
Ce chiffre doit cependant être manié correctement. Il ne signifie pas que l’État a déjà sorti 451 milliards de ses caisses. Il additionne des condamnations et obligations financières résultant de décisions distinctes, dont certaines peuvent encore faire l’objet de procédures d’annulation, d’exécution ou de recouvrement.
Mais il permet de mesurer l’exposition financière créée par l’accumulation des contentieux internationaux.
451 MILLIARDS FCFA : LE PRIX DES MAUVAISES DÉCISIONS ?
Au-delà des montants, ces affaires présentent un point commun : chacune trouve son origine plusieurs années auparavant.
Mbalam renvoie à la gestion des droits miniers et à l’attribution du permis. Olembé est la conséquence judiciaire de l’éviction de Piccini en 2019. Le dossier SONARA trouve son origine dans des factures pétrolières remontant à la période 2013-2016.
Les décisions administratives, contractuelles ou financières prises hier produisent donc aujourd’hui des conséquences budgétaires qui se comptent en dizaines, voire en centaines de milliards.
Et l’affaire Mbalam illustre à elle seule l’ampleur du risque : avec 616 millions de dollars, elle représente près de quatre cinquièmes du montant recensé.
La question dépasse désormais les entreprises qui remportent ces procédures. Elle concerne directement la gestion des engagements internationaux de l’État : qui décide de rompre les contrats ? Sur quelle expertise juridique ? Quels risques financiers sont évalués avant ces décisions ? Et qui répond des conséquences lorsqu’une décision publique se transforme, quelques années plus tard, en condamnation de plusieurs dizaines ou centaines de milliards de FCFA ?
Car au bout de la chaîne, qu’il s’agisse directement de l’État ou d’entreprises publiques comme la SONARA, la facture finit toujours par peser sur le patrimoine public camerounais.









