Actualités of Monday, 7 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Succession de gré à gré : Franck Biya président de la transition au Cameroun

Biya a discrètement neutralisé le Parlement et confisqué le droit du peuple à choisir son destin Biya a discrètement neutralisé le Parlement et confisqué le droit du peuple à choisir son destin

La réforme constitutionnelle du 14 avril 2026 est comparable à un « coup d’État institutionnel » visant à verrouiller la succession au sommet de l’État. La nouvelle rédaction de l’article 47 donne au futur vice-président, nommé par le président, un rôle central dans la constatation d’une éventuelle vacance présidentielle.

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL, LA VICE-PRÉSIDENCE ET LE PEUPLE CAMEROUNAIS : CHRONIQUE D'UN COUP D'ÉTAT INSTITUTIONNEL

Alors que les rumeurs de transition agitent les couloirs du pouvoir à Yaoundé, le verrouillage juridique de l’État s’accélère. En modifiant en profondeur l’article 47 de la Constitution, le régime d'Etoudi a discrètement neutralisé le Parlement et confisqué le droit du peuple à choisir son destin en cas de vacance présidentielle. Retour sur une forfaiture démocratique planifiée.

La loi de révision constitutionnelle du 14 avril 2026 est venue parachever un processus cynique de confiscation du pouvoir par les cartels politiques qui verrouillent Yaoundé.

En modifiant radicalement les équilibres autour de la saisine du Conseil constitutionnel en cas de vacance présidentielle, le régime s'est offert un costume sur mesure. L'article 47 révisé attribue désormais au Vice-président un rôle pivot exclusif pour déclencher la constatation de l'empêchement ou de la vacance auprès du Conseil constitutionnel. Le message envoyé par le palais d'Etoudi est d'une violence symbolique inouïe : le Parlement camerounais, seule émanation directe du peuple souverain, se retrouve formellement mis sur la touche d’un processus pourtant vital pour la survie de la Nation.

HOLD-UP AU SOMMET : UN HOMME NOMMÉ PREND EN OTAGE LA TRANSITION

Sous le nouveau régime constitutionnel de 2026, l'article 47 (combiné avec l'article 6) prévoit que lorsqu'un empêchement ou une incapacité du chef de l'État survient, c'est le Vice-président de la République — nommé par décret, dépourvu de la moindre légitimité électorale et choisi en secret par le premier cercle du pouvoir — qui détient le monopole absolu de la saisine pour demander au Conseil constitutionnel de déclarer formellement la vacance du pouvoir. Quelle absurdité dans une prétendue démocratie !

Le piège des apparatchiks se referme implacablement à l'étape suivante : une fois la vacance constatée, ce dauphin désigné en dehors des urnes prête serment et achève le mandat présidentiel en cours. Exit l'intérim de 90 jours autrefois confié au Président du Sénat, qui débouchait obligatoirement sur une nouvelle élection présidentielle. Fini le processus électoral présidentiel ! En éliminant le retour aux urnes et en court-circuitant le peuple, le régime de Yaoundé consacre une succession monarchique de fait. Appelons les choses par leur nom : il s'agit d'un véritable coup d’État constitutionnel opéré sous le regard complice et passif d'un Conseil constitutionnel camerounais aux ordres.

L’ART DE L’IMPASSE : LE DOUBLE JEU DANGEREUX DU « FAUTEUIL VIDE »

Bien que la loi de 2026 ait été promulguée, le Président Paul Biya (donc l’incapacité physique et psychique est désormais acceptée publiquement) maintient le pays dans le flou le plus total en s'abstenant de nommer ce fameux Vice-président, prolongeant la guerre de succession que se livrent les clans de l'ombre.

Ce vide délibéré plonge le Cameroun dans une insécurité juridique majeure, où deux thèses s'affrontent au détriment de la stabilité nationale :
La thèse du blocage (l'impasse totale) : Certains juristes estiment que selon la nouvelle formulation de la loi, seul le Vice-président peut actionner le Conseil constitutionnel pour faire acter l'empêchement définitif du Président. En son absence, la saisine est théoriquement bloquée. Si le chef de l'État se retrouve dans l'incapacité d'exercer ses fonctions, l'État camerounais est condamné à la paralysie totale, suspendu au bon vouloir d'un fantôme institutionnel. Une aubaine pour les cartels qui gouvernent par procuration.

La thèse de la saisine alternative (l'illusion juridique) : D'autres constitutionnalistes tentent de sauver les meubles en rappelant que les dispositions générales de l'article 47 alinéa 2 n'ont pas été formellement abrogées et qu'elles listent d'autres autorités (les Présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, ou un tiers des parlementaires). Selon eux, en cas d'absence de Vice-président, ces acteurs conserveraient le droit d'agir pour confier l'intérim d'urgence au Président du Sénat.

SUCCESSION DE GRÉ À GRÉ : LE PEUPLE CAMEROUNAIS SPOLIÉ DE SA SOUVERAINETÉ

Il apparaît évident qu'aucune de ces contorsions juridiques ne règle un problème qui demeure fondamentalement démocratique.

Qu'il y ait blocage ou saisine alternative, la réalité politique imposée par le régime de Yaoundé reste inchangée : cette réforme a été méticuleusement conçue pour court-circuiter le pouvoir du peuple et piétiner la représentativité constitutionnelle du Parlement.

En confiant la clé de la transition à un homme lige nommé par le palais — qu'il s'agisse de Franck Biya ou de quiconque issu des cercles financiers et politiques du régime —, les gouvernants ont dépouillé les citoyens de leur droit le plus sacré : celui de choisir librement leur destin en cas de vacance du pouvoir.

Ce texte n'est pas une modernisation des institutions. C'est un cadenas juridique destiné à confiner le pouvoir présidentiel dans l'entre-soi des oligarchies, en excluant définitivement les Camerounais du jeu démocratique.

CE QUE JE CROIS : UNE POUDRIÈRE SOCIALE AU COEUR DE L’AFRIQUE CENTRALE

En refusant la voie des urnes et en fermant toutes les portes de secours constitutionnelles, les architectes de cette réforme jouent avec le feu. Ce coup de force institutionnel ne fait pas que fragiliser les textes ; il rompt définitivement le contrat social entre l’État et ses citoyens.
À force de vouloir verrouiller la succession à double tour pour protéger les privilèges des cartels de Yaoundé, le pouvoir en place prépare le terrain à l'instabilité qu'il prétend éviter.

Face à l'impasse juridique et à la spoliation électorale, la rue camerounaise pourrait bien finir par devenir le seul espace d'expression d'un peuple poussé à bout de patience.

Loïc Kodjay