La diffusion d’une séquence montrant une internationale camerounaise, sacrée championne d’Afrique en août dernier, échanger un baiser avec une autre femme a provoqué une vague d’indignation. Entre appel à des sanctions et interrogations sur une justice à deux vitesses, l’affaire ravive le tabou de l’homosexualité dans le football féminin et le souvenir du scandale Gaëlle Enganamouit.
Une vidéo de quelques secondes a suffi à enflammer la toile. Dans la nuit du 7 à ce 8 septembre, une séquence a fuité sur les réseaux sociaux montrant une joueuse des Lionnes Indomptables, récemment sacrée championne d’Afrique au Maroc, échangeant un baiser à la bouche avec une autre femme dans un ascenseur. La scène a immédiatement suscité une vive polémique dans un pays où l’article 347-1 du Code pénal punit les relations entre personnes de même sexe de 6 mois à 5 ans de prison.
Des réactions vives et un premier impact commercial
Les réactions n’ont pas tardé. Le journaliste sportif Marc Chouamo a estimé que cette Lionne « peut dire adieu à la Coupe du Monde Brésil 2027 ». De son côté, le média Ayila’Sport a appelé la commission d’éthique de la FECAFOOT à se saisir de « ces vidéos qui polluent la toile », jugeant que « l’heure est grave ».
Le premier impact est déjà financier. L’entreprise Ange Hair & Beauty, dont l’une des femmes identifiée sous le nom de Ngon Eton dans la vidéo est l’égérie, a annoncé la suspension « de l’ensemble des communications et activations associées à Ngon Eton dans l’attente d’une vérification complète des faits ». La marque précise qu’elle communiquera ultérieurement sur « les mesures appropriées concernant cette collaboration ».
Le précédent Gaëlle Enganamouit : un scandale sans suites judiciaires
Cette affaire ravive immanquablement le souvenir de Gaëlle Enganamouit, ancienne capitaine et team manager des Lionnes, qui avait été au cœur d’un scandale similaire il y a quatre ans. Des vidéos intimes de pratiques homosexuelles la concernant avaient alors massivement circulé. Sa réaction avait été très différente : elle avait présenté des excuses publiques, reconnaissant avoir « péché contre Dieu, contre la nation camerounaise toute entière et contre ses milliers de supporters », et avait imploré le pardon des Camerounais.
Pourtant, non seulement Enganamouit n’a jamais été inquiétée par la justice, mais elle a ensuite été promue à de hautes responsabilités dans le football national. Cette impunité contraste avec le sort réservé à d’autres personnes poursuivies pour les mêmes faits. L’activiste LGBT Shakiro avait dénoncé ces inégalités dans l’application de la loi anti-LGBT au Cameroun, soulignant que « la répression semble principalement viser les populations défavorisées ».
Comme le souligne le journaliste Paul Sabin Nana, cette affaire pose la question du deux poids deux mesures : « Comment mener une lutte efficace quand certaines personnes sont condamnées au Cameroun pour homosexualité alors que d'autres, surprises dans des situations similaires, restent libres car protégées par de hauts réseaux ? ». Il rappelle également qu’il y a quatre ans, une grande figure du football féminin camerounais avait été épargnée après un scandale similaire, puis promue à de hautes responsabilités.
Ce scandale ramène également sur le devant de la scène un tabou ancien qui a longtemps freiné l’essor du football féminin au Cameroun, où l’amalgame entre pratique de ce sport et homosexualité a poussé de nombreux parents à détourner leurs filles de cette discipline. En 2021, l’icône Ajara Nchout Njoya déclarait : « Les gens doivent arrêter de croire que parce que tu joues au football, tu es lesbienne. Ce n'est pas forcément ça ».









