C'est une offensive judiciaire d'une rare violence qui secoue les hautes sphères du pouvoir. Le Dr Olive Ngobo, experte en relations internationales, a officiellement déposé une plainte pénale et militaire contre le vice-amiral Joseph Fouda, l'un des hommes les plus influents du régime. Au-delà des poursuites, elle réclame une réparation intégrale de 6,5 milliards FCFA pour les préjudices subis.
« Quoi qu'il advienne, il finira en prison comme moi et Mebara », aurait confié Mebe Ngo'o à l'un de ses visiteurs, une déclaration qui résonne aujourd'hui comme une prophétie. Car le Dr Olive Ngobo ne compte pas en rester là. Dans une plainte déposée auprès du Tribunal militaire de Yaoundé, elle demande purement et simplement la destitution, la révocation, la radiation des rangs de l'Armée et l'incarcération du vice-amiral Joseph Fouda .
Une liste d'accusations « longue comme le bras »
La plainte du Dr Olive Ngobo est un véritable réquisitoire. Elle énumère pas moins de 18 qualifications pénales : escroquerie aggravée, corruption, complicité d'enlèvement et de séquestration illégale, torture ayant conduit à la perte de sa grossesse, détention arbitraire, blanchiment de capitaux, atteinte à la sûreté de l'État, espionnage, complicité d'activités criminelles transfrontalières, haute trahison, terrorisme, et même instrumentalisation du nom du président de la République à des fins personnelles .
Le Dr Olive Ngobo affirme détenir des « éléments de preuve d'une gravité sans précédent » contre le conseiller spécial du président Paul Biya. « Derrière le blanc immaculé de l'uniforme se cache une réalité profondément troublante », écrit-elle dans sa déclaration publique, dénonçant une conduite « fondamentalement incompatible avec l'honneur, l'intégrité et les responsabilités attachées à de si hautes fonctions militaires et d'État » .
Une détention de 49 jours et une grossesse perdue
La plainte du Dr Olive Ngobo s'inscrit dans le prolongement de l'affaire dite « Fouda/Mbapou ». Elle affirme avoir été arrêtée en juillet 2024 et incarcérée pendant 49 jours à la prison de Kondengui, une détention qu'elle qualifie d'« arbitraire » .
Selon son récit, elle aurait été mêlée à une affaire à laquelle elle était totalement étrangère et accusée d'avoir participé à une usurpation d'identité attribuée au vice-amiral Joseph Fouda. C'est durant cette détention qu'elle aurait perdu sa grossesse, suite aux traumatismes, tortures et privations de soins prénataux qu'elle déclare avoir subis .
Point central de la plainte : le Dr Olive Ngobo conteste fondamentalement la thèse du « faux contre-amiral » que Joseph Fouda et ses avocats défendent depuis le début de l'affaire. Elle affirme que ses enquêtes personnelles l'ont conduite à une conclusion radicalement différente.
« IL N'EXISTE AUCUN GROUPE MAFIEUX QUI USURPE L'IDENTITÉ DU VICE-AMIRAL JOSEPH FOUDA AU CAMEROUN ! », écrit-elle en majuscules. « IL N'EXISTE AUCUN « FAUX CONTRE-AMIRAL » QUI USURPE L'IDENTITÉ DU VÉRITABLE VRAI VICE-AMIRAL JOSEPH FOUDA… ! LE VICE-AMIRAL JOSEPH FOUDA EST LUI-MÊME AU CŒUR D'UN MÉCANISME DANS LEQUEL SON PROPRE NOM, SON GRADE ET SON IDENTITÉ ONT ÉTÉ UTILISÉS POUR DES ACTIVITÉS QUE JE DÉNONCE COMME FRAUDULEUSES ! »
Une affirmation qui rejoint mot pour mot ce que l'entrepreneur Hervé Parfait Mbapou affirmait déjà en 2024, avant que le capitaine Kenneth Effoudou ne vienne confirmer ces accusations en qualifiant Joseph Fouda de « général bandit » .
Derrière cette affaire judiciaire se profile une véritable guerre des clans au sein du pouvoir camerounais. Le vice-amiral Joseph Fouda, nommé à ce poste en juillet 2025 par décret présidentiel, est l'un des plus anciens et des plus proches collaborateurs du chef de l'État . Considéré comme un « gardien du palais », il a tissé au fil des années un lien unique avec le président Paul Biya.
Mais son ascension a été émaillée de zones d'ombre. En octobre 2024, après une vive altercation avec la première dame Chantal Biya, Joseph Fouda a été chassé du palais de l'Unité. Son badge d'accès a été désactivé et ses effets personnels déménagés . Une disgrâce dont on ne savait encore si elle serait provisoire ou définitive.
La plainte du Dr Olive Ngobo pourrait bien être le coup de grâce pour celui que certains surnomment « l'ombre du président ». L'issue de cette bataille judiciaire est désormais suspendue à la décision du Tribunal militaire de Yaoundé. Mais une question demeure : le président de la République est-il au courant des agissements de son conseiller spécial ?









