Infos Business of Monday, 31 August 2026

Source: www.camerounweb.com

La saga des prête-noms : Le cas Jules François Famawa – Ferdinand Ngoh Ngoh

Les fortunes Bamilékées se construisent en majorité sur un modèle d'ingénierie financière unique Les fortunes Bamilékées se construisent en majorité sur un modèle d'ingénierie financière unique

Les entrepreneurs bamilékés sont de plus en plus défendus face à la théorie récurrente des « prête-noms », souvent utilisée pour attribuer leurs fortunes à des responsables politiques. Des pratiques culturelles comme les enchères communautaires et les tontines jouent un rôle majeur dans la constitution de ces patrimoines. À travers plusieurs exemples historiques et le cas récent de Jules François Famawa, l’on peut estimer que ces accusations minimisent le génie entrepreneurial et les mécanismes de solidarité financière propres à cette communauté.

LA SAGA DES PRÊTE-NOMS : UNE RHÉTORIQUE POUR ANNIHILER LE GÉNIE DES HOMMES D’AFFAIRES BAMILÉKÉS.

L'achat récent d'une boule de koki à 40 millions de francs CFA par l'homme d'affaires jules Francois Famawa dans son village secoue la toile. Pourtant, au-delà du montant, il convient d'analyser la dimension culturelle, symbolique et théâtrale de cet acte. Dans la tradition bamiléké, les enchères lors des cérémonies ne relèvent pas d'un contrat commercial classique. Aucune contrainte juridique n'impose le paiement immédiat ; l'acheteur n'est guidé que par sa valeur morale et sa respectabilité sociale (le Nshwuo) pour honorer sa parole. De plus, cette somme n'est pas le prix d'un bien de consommation. Elle représente souvent une contribution globale au développement communautaire, le financement d'infrastructures locales ou des dons centralisés. Sous cet angle, 40 millions de francs CFA s'avèrent parfois modestes face aux besoins d'une communauté comme bazou.

Quant à la théorie récurrente du "prête-nom", il est regrettable qu'elle persiste en 2026. Cette rumeur vise historiquement à délégitimer le succès des entrepreneurs bamilékés en l'attribuant à des élites politiques d'autres régions. L'histoire démontre pourtant l'absurdité de ces affirmations :

- Le mythe Ahidjo / Monkam et Sohaing :
À l'époque, la rumeur voulait que les magnats de l'immobilier Pascal Monkam et André Sohaing soient les prête-noms du président Ahmadou Ahidjo. Pourtant, après la chute et le décès de ce dernier, aucun de ses héritiers n'a jamais pu réclamer le moindre centime ou bâtiment de ces empires financiers.

- Le mythe Owona / Fokou :
Le succès industriel et commercial du groupe Fokou a longtemps été attribué à tort à l'influence et aux capitaux de feu le ministre Joseph Owona.

- Le mythe Chantal Biya / Santa Lucia et Dovv :
Les réussites fulgurantes de la grande distribution moderne (Santa Lucia, Dovv) ou de l'hôtellerie (Djeuga Palace) sont régulièrement associées à la Première dame, ignorant les décennies de commerce de détail et d'épargne collective (tontines) qui ont forgé ces structures.

- Le cas Famawa / Ngoh Ngoh :
Aujourd'hui, certains prétendent que Famawa est le prête-nom du Secrétaire Général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Cette thèse s'effondre face à la réalité : l'homme d'affaires mène un train de vie fastueux, distribuant des villas et des voitures de luxe à son entourage. Aucun véritable "propriétaire de l'ombre" ne tolérerait le gaspillage ou la redistribution ostentatoire de son capital de son vivant.

Cette propension à chercher un parrain politique derrière chaque fortune Bamilékée traduit un refus de reconnaître l'efficacité des mécanismes économiques locaux, tels que le capitalisme de solidarité et la puissance financière des tontines traditionnelles.

Les fortunes Bamilékées se construisent en majorité sur un modèle d'ingénierie financière unique : la tontine. Ce système de crédit rotatif basé sur la confiance permet de lever des fonds massifs sans passer par les banques conventionnelles. Attribuer ce génie financier à un ministre ou un décret administratif relève d'une méconnaissance de ce modèle économique.

Un prête-nom est juridiquement et financièrement vulnérable. Si ces hommes d'affaires étaient de simples façades, les alternances politiques, les remaniements ou les décès des "vrais propriétaires" auraient entraîné la saisie ou l'effondrement de leurs entreprises. Or, les empires Monkam, Kadji ou Sohaing survivent et se transmettent de génération en génération.

Les hommes politiques puissants cherchent généralement la discrétion pour leurs avoirs mal acquis. Confier des milliards à un opérateur économique hyper-médiatisé, qui expose sa fortune lors de ventes aux enchères villageoises ou sur les réseaux sociaux, serait un suicide politique et stratégique.

Le passé d’une personne ne dicte pas forcement son avenir : certaines personnes apprennent des erreurs du passé et s’arment d’une protection pare-balles pour le futur et ça leur ouvre les portes de la richesse.

Qui est le bamiléké dans notre société ? C’est ce petit commerçant, ce petit quincailler auprès de qui on trouve tout dans les villages : si les villages sont devenus des grandes villes pourquoi le petit commerçant bamiléké devrait rester petit ? Si l’activité du petit bamiléké venant de l’ouest a été copiée par les autres, qui est donc le bamiléké d’aujourd’hui ?

Le bamiléké est une richesse culturelle camerounaise : tous ceux qui vendent aux autres sont des bamilékés ! Ils sont dans toutes les tribus du Cameroun. Cessons de stigmatiser un peuple que nous avons nous même contribué à forger ! Copions ce qui est bien et débarrassons-nous de ce qui est mauvais pour le triomphe de notre nation.

Cadillac Mbeumback