Le président de la République a signé un décret le 30 juillet 2026, habilitant le ministre de l'Économie à contracter un prêt de 27,4 milliards de FCFA auprès de la Banque Islamique de Développement pour le Projet de Développement Rural Intégré du Dja (PDRI-Dja). Une décision qui, si elle confirme la continuité des engagements internationaux du Cameroun, interroge sur la capacité du pays à gérer une dette publique qui ne cesse de s'alourdir.
Le décret n° 2026/261 du 30 juillet 2026 autorise le ministre de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire à signer trois accords de financement avec la Banque Islamique de Développement (BID), pour un montant total de 41,92 millions d'euros, soit environ 27,4 milliards de francs CFA . Ces fonds sont destinés à la réalisation du Projet de Développement Rural Intégré du Dja (PDRI-Dja), qui s'inscrit dans le cadre plus large du Programme d'aménagement et de développement intégré de la boucle minière du Dja (PADI-Dja) .
Le projet, qui vise à désenclaver la région de l'Est et à stimuler l'économie locale, prévoit notamment la construction d'infrastructures routières structurantes, avec un investissement total atteignant environ 153 milliards de FCFA, financé en partie par la Banque de développement des États d'Afrique centrale (BDEAC) et l'État du Cameroun .
Cette nouvelle signature intervient dans un contexte où les besoins de financement de l'État sont colossaux. Selon la Caisse autonome d'amortissement (CAA), le Cameroun devra mobiliser 7 689 milliards de FCFA d'emprunts entre 2026 et 2028 pour couvrir ses besoins de financement. Le service de la dette devrait passer de 7 % à 8,8 % du PIB entre 2025 et 2026, tandis que les arriérés de paiement dépassent désormais 1 000 milliards de FCFA.
Le FMI et la BAD continuent de classer le Cameroun parmi les pays présentant un risque élevé de surendettement. Une partie importante des nouveaux emprunts serait destinée au refinancement des dettes existantes plutôt qu'au financement de nouveaux investissements.
Ce décret a été signé alors que le président Paul Biya, 93 ans, séjourne en Suisse depuis plus de 50 jours pour ce qui était présenté comme un « court séjour privé ». Le gouvernement a démenti toute hospitalisation, mais le séjour s'est prolongé bien au-delà des délais annoncés, et aucune image récente ni déclaration officielle n'a été communiquée par la présidence.
La question de qui signe réellement les décrets et gouverne le pays pendant cette absence prolongée reste entière. Le décret du 30 juillet, bien que signé par le président, a été publié par le Cabinet civil de la présidence, alimentant les interrogations sur la continuité de l'État.









