Actualités of Friday, 24 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Edgar Alain Mebe Ngo'o : le même costume que Paul Biya, la même voiture que le président — portrait d'un homme qui a tout confondu

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Cortèges présidentiels, costume identique à celui de Paul Biya, épouse ressemblant à la première dame : Jeune Afrique dresse le portrait fascinant et troublant d'un homme qui a tellement absorbé les codes du pouvoir qu'il a cru en être lui-même investi. Une illusion qui l'a conduit directement à Kondengui.


Dans la galerie des grands serviteurs du régime Biya tombés en disgrâce que Jeune Afrique a documentée tout au long de sa série « Les déchus de la République », Edgar Alain Mebe Ngo'o occupe une place à part. Pas seulement parce qu'il fut peut-être le plus puissant d'entre eux — préfet, patron de la police, directeur du cabinet civil, ministre délégué à la Défense : une carrière qui couvre l'ensemble du spectre sécuritaire et politique de l'État camerounais. Mais aussi parce que sa chute porte la signature d'une démesure que ses proches avaient tenté en vain de lui signaler, et qu'il avait choisi d'ignorer.

Le même costume, la même épouse, le même cortège

L'anecdote que Jeune Afrique relate au cœur de son portrait d'Edgar Alain Mebe Ngo'o est d'une révélation symbolique rare. Lors d'une cérémonie officielle, le ministre apparaît vêtu d'un costume identique à celui de Paul Biya. Même couleur, même coupe, même style. Un détail vestimentaire qui, dans l'univers codifié du protocole camerounais où chaque signal compte, ne passe évidemment pas inaperçu.

Mais le costume n'était pas le seul signal. Son épouse, Bernadette, cultivait selon Jeune Afrique une ressemblance troublante avec la première dame Chantal Biya : « Même éclats de rire, mêmes choix vestimentaires, même goût pour le luxe. » Les réceptions fastueuses du couple dans leur résidence d'Odza attiraient l'ensemble du gratin politique et gouvernemental camerounais — reproduisant à l'échelle d'un quartier résidentiel de Yaoundé l'atmosphère des réceptions présidentielles.

Ses déplacements, eux, évoquaient ceux d'un chef d'État : « Sirènes stridentes, véhicules blindés aux vitres teintées, le cortège aux allures martiales d'Edgar Alain Mebe Ngo'o traversait en trombe les artères de la capitale. » Ses voisins d'Odza et d'Olezoa avaient fini par résumer la situation en une formule que Jeune Afrique rapporte : « Tremblez d'effroi, il arrive ! »



Ses proches l'avaient surnommé le « vice-président ». Un titre officieux qui résumait l'étendue de son pouvoir réel : un simple claquement de doigts suffisait, selon Jeune Afrique, à « faire ou défaire les destins ». Ses tentacules s'étendaient dans toute la haute administration civile et militaire, et ses réseaux atteignaient l'étranger — notamment dans l'industrie de l'armement, secteur au cœur des accusations qui conduiront à sa condamnation.

Mais cette puissance avait un prix que ses conseillers les plus proches avaient tenté de lui faire comprendre. « Se présenter à une cérémonie vêtu du même costume que le chef de l'État, se déplacer avec un cortège digne d'un président, ne cesser surtout de dissimuler ses ambitions, c'était le comble de l'imprudence », confie un proche du couple à Jeune Afrique. Et d'ajouter : « Tous ceux qui osaient lui conseiller de faire profil bas sont devenus à ses yeux de redoutables adversaires. »

Grâce à un réseau de communicants dévoués, Mebe Ngo'o transformait en simples rumeurs toute accusation susceptible de le compromettre. Il avait fini par croire à sa propre invincibilité — et c'est précisément cette croyance qui l'a rendu aveugle aux signaux précurseurs de sa chute.

Octobre 2015 : les premiers signes que personne ne voulait voir

Jeune Afrique identifie avec précision le moment où la disgrâce a commencé, même si Mebe Ngo'o ne semble pas en avoir pris la mesure. En octobre 2015, un remaniement ministériel le relègue aux Transports — un portefeuille sans rapport avec les responsabilités sécuritaires qui avaient été l'essence de sa carrière. Un signe clair, dans la grammaire du pouvoir biyaïste, qu'une mise à l'écart progressive est en cours.

En mars 2018, il quitte le gouvernement sans explication officielle. Quelques mois plus tard, le Tribunal criminel spécial lui interdit toute sortie du territoire. Et dans la nuit du 31 janvier 2023, la condamnation tombe : trente ans de réclusion pour détournement de fonds dans le cadre d'un contrat d'armement avec la Chine. Son épouse écope de dix ans, deux collaborateurs de vingt-cinq ans chacun. La justice ordonne la confiscation de l'ensemble de son patrimoine.



En clôturant sa série « Les déchus de la République » par le portrait d'Edgar Alain Mebe Ngo'o, Jeune Afrique boucle une enquête qui, de Titus Edzoa à Mebe Ngo'o en passant par Atangana Mebara, Inoni et Marafa, dessine les contours d'un système immuable. Ses règles sont simples et terribles : servis par le régime, ses grands commis accumulent du pouvoir, des réseaux et parfois de la richesse. Puis vient le moment où ils deviennent une menace — réelle ou perçue. Et la machine qu'ils ont eux-mêmes contribué à faire tourner se retourne contre eux avec la même efficacité qu'ils lui ont donnée.

Edgar Alain Mebe Ngo'o avait fait tourner cette machine plus longtemps et plus fort que quiconque. Il en a subi les effets avec une brutalité proportionnelle. Le « vice-président » est aujourd'hui à Kondengui. Le président, lui, est à Genève.