Exclusif… LA CHEFFE D’ENTREPRISE, REBECCA ENONCHONG DÉNONCE LES DÉRIVES DE LA SOCIÉTÉ DE RECOUVRIR DES CRÉANCES ET SAISIT LE PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
Une nouvelle affaire vient raviver les critiques récurrentes visant la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC), établissement public chargé du recouvrement des créances publiques et bancaires. Dans une correspondance datée du 20 juillet 2026, adressée au président du Conseil d’administration de la SRC, Robert Bapooh Lipot, l’ingénieure et entrepreneure Rebecca Enonchong dénonce ce qu’elle qualifie de « graves agissements » de la Direction générale de l’institution, qu’elle accuse d’avoir engagé contre elle une procédure de recouvrement irrégulière, en violation des règles de droit.
Cette nouvelle dénonciation intervient dans un contexte où la SRC fait régulièrement l’objet de critiques de la part d’opérateurs économiques, d’avocats et de juristes qui dénoncent depuis plusieurs années des méthodes de recouvrement jugées excessives ou contraires aux garanties procédurales prévues par la loi.
Une créance de plus de 7,4 millions de FCFA contestée
Dans sa lettre, Rebecca Enonchong explique avoir reçu, le 15 décembre 2025, une mise en demeure de payer 7 434 263 FCFA, somme présentée comme provenant d’une créance héritée du portefeuille de l’ex-Union Bank of Cameroon (UBC).
Elle affirme toutefois qu’aucun document ne lui a jamais été communiqué pour établir l’origine de cette dette. Selon elle, malgré plusieurs demandes, la SRC n’a produit ni contrat de crédit, ni reconnaissance de dette, ni décision de justice démontrant l’existence de cette créance.
L’entrepreneure soutient par ailleurs que ni elle ni aucune société qui lui est liée n’ont jamais contracté le moindre emprunt auprès de l’UBC.
Des actes visant une société « inexistante »
L’un des points les plus graves soulevés dans cette correspondance concerne les actes d’exécution engagés par la SRC.
Rebecca Enonchong affirme que deux commandements de payer lui ont été signifiés le 16 mars 2026, accompagnés de deux contraintes exécutoires signées le 13 février 2026.
Selon elle, l’une de ces contraintes viserait une société inexistante, ne figurant dans aucun registre du commerce, tandis que la seconde la désignerait comme gérante de cette entreprise fictive.
Elle affirme avoir signalé cette anomalie à des responsables de la SRC, qui lui auraient répondu que le nom de la société importait peu.
Pour la dirigeante d’entreprise, cette situation remet en cause la validité même de la procédure, le débiteur devant être juridiquement identifié avant toute mesure d’exécution.
Une procédure menée malgré un recours devant la justice
La fondatrice d’AppsTech rappelle avoir saisi, le 23 mars 2026, le juge du contentieux de l’exécution du Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo afin d’obtenir l’annulation des poursuites.
Elle affirme que, plusieurs mois après l’ouverture de cette procédure judiciaire, la SRC n’aurait toujours produit aucun document établissant la réalité de la créance.
Elle ajoute qu’une ordonnance rendue le 26 février 2026 aurait déjà reconnu la primauté de la loi du 25 juillet 2023 sur le décret invoqué par la Direction générale de la SRC.
Une saisie spectaculaire dénoncée
La correspondance revient également sur une opération menée le 15 juillet 2026 dans les bureaux de son entreprise à Douala.
Selon Rebecca Enonchong, des agents de la SRC, accompagnés des forces de l’ordre et de manutentionnaires, seraient intervenus en nombre afin de procéder à une saisie.
Elle décrit un important déploiement de moyens, évoquant la présence de dizaines d’agents, de camions et de personnels armés pour emporter du mobilier, des équipements informatiques, des œuvres d’art, de l’électroménager et d’autres biens dont elle estime la valeur largement supérieure au montant réclamé.
Elle accuse également les intervenants d’avoir empêché un huissier de justice de constater les opérations et affirme qu’un gendarme lui aurait arraché son téléphone portable avant d’effacer les images qu’elle venait de prendre.
Une dénonciation des méthodes de la SRC
Au-delà de son cas personnel, Rebecca Enonchong estime que cette affaire illustre des dysfonctionnements plus profonds au sein de la SRC.
Dans sa lettre, elle dénonce une institution qui, selon elle, délivrerait des contraintes exécutoires sans établir les créances, engagerait des procédures contre des débiteurs inexistants et poursuivrait des saisies alors même que les juridictions sont saisies du litige.
Elle estime que de telles pratiques portent atteinte à la sécurité juridique, à l’État de droit et à l’attractivité économique du Cameroun.
La cheffe d’entreprise indique avoir déjà déposé plainte contre les agents impliqués dans cette opération et annonce d’autres procédures, tant devant les juridictions nationales que devant les instances internationales.
Un dossier emblématique des critiques visant la SRC
Cette affaire relance le débat sur les pouvoirs de la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun.
Créée pour récupérer les créances publiques et les actifs issus des banques liquidées, la SRC dispose de prérogatives particulières qui lui permettent notamment de délivrer des contraintes ayant force exécutoire dans certaines conditions prévues par la loi.
Ces pouvoirs font toutefois l’objet de contestations récurrentes. Plusieurs opérateurs économiques estiment que certaines procédures de recouvrement s’éloignent des garanties fondamentales du procès équitable et du droit de la défense.
À Monsieur Robert BAPOOH LIPOT
Président du Conseil d'Administration
Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC) S.A.
B.P. 11991 Yaoundé
Objet : Dénonciation des agissements de la Direction Générale de la SRC
Monsieur le Président du Conseil d'Administration,
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance, pour les dénoncer, les agissements ci-après de la Direction Générale de la société dont vous présidez le Conseil d'Administration. La présente ne sollicite rien pour moi-même : les juridictions saisies trancheront.
Le 15 décembre 2025, un exploit valant mise en demeure de payer la somme de 7 434 263 FCFA (sept millions quatre cent trente-quatre mille deux cent soixante-trois francs), au titre d'une prétendue créance issue du portefeuille de l'ex-Union Bank of Cameroon (UBC), est remis à une stagiaire dans des bureaux à Akwa. C'est la SRC elle-même qui m'en adresse le contenu le lendemain, en photographies, par WhatsApp — sur mon numéro américain. Voilà pour la forme. Sur le fond, l'acte n'indique ni l'origine de la somme réclamée, ni le moindre titre qui la constaterait, et précise même que le montant est arrêté « sauf erreur ou omission ». À ce jour, et malgré mes demandes, aucun justificatif ne m'a été communiqué.
Le 16 mars 2026, deux commandements de payer (n° 02124 et 02127/DG/DR/SDCX /SCXAPT/EM/MB/26) m'ont été signifiés, auxquels étaient annexées deux contraintes (n° 02123 et 02126) signées de Madame la Directrice Générale et datées du 13 février 2026. Une contrainte, si j'ai bien compris, est un titre exécutoire que la SRC s'émet à elle-même, sans passer devant aucun juge. Encore faudrait-il qu'elle vise un débiteur existant. Or la première contrainte vise une société qui ne figure dans aucun registre du commerce, et pour cause : elle n'existe pas. Un responsable de la SRC à qui j'en faisais l'observation m'a répondu que le nom importait peu. Le nom est pourtant tout : la dénomination sociale d'une personne morale est le fondement de son identité juridique et de toute transaction commerciale — c'est elle qui désigne le débiteur, et le patrimoine que l'on prétend saisir. On ne fabrique pas un débiteur en assemblant des mots et en glissant un nom connu entre parenthèses. La seconde contrainte me vise « les qualité de gérante » de cette société inexistante, qualité que je n'ai pas — je ne suis gérante d'aucune société commerciale au Cameroun.
S'agissant des commandements eux-mêmes, celui qui me concerne ne comporte ni les références de la sommation sans frais, ni celles de la contrainte qu'il prétend exécuter, ni même la date de sa propre signification : les espaces prévus à cet effet sont restés en blanc, alors que l'article 41 de la loi n° 2023/011 du 25 juillet 2023 exige ces mentions à peine de nullité. Il est un fait, du reste, que je tiens à porter à votre connaissance avec précision, car il éclaire à lui seul la nature de cette affaire. Alors que je suis poursuivie personnellement, comme prétendue débitrice de l'État du Cameroun, je n'ai reçu, avant ce commandement, aucune sommation ni aucune communication adressée à ma personne. S'agissant même de la société dont on me prête la gérance, la contrainte a été signée le 13 février 2026, soit six jours avant la signification de la sommation, intervenue le 19 février — alors que la contrainte ne peut être décernée, aux termes de la loi, qu'après l'échec de la sommation. Ceci établit sans ambages que cette procédure n'a pas été conduite selon le droit : elle a été fabriquée, et fabriquée pour m'atteindre directement.
Le 23 mars 2026, j'ai saisi le juge du contentieux de l'exécution du Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo en nullité et discontinuation des poursuites. Quatre mois plus tard, la SRC n'a versé au dossier aucune pièce établissant la créance. Elle se borne à soulever l'incompétence du tribunal, exception que cette même juridiction a pourtant déjà rejetée par ordonnance n° 43/C du 26 février 2026, en jugeant que la loi n° 2023/011 « est supérieure et s'impose » au décret n° 2020/016 qu'invoque la Direction Générale. Dans ses écritures, la SRC invoque d'ailleurs son décret de 2020 en se gardant de citer la loi de 2023 dont ses propres contraintes se réclament. Elle a elle-même demandé que le dossier soit communiqué au Ministère Public pour ses réquisitions — puis a saisi mes biens sans attendre de les connaître. Comme vous le savez, une créance ne se proclame pas : elle se constate, par un titre, un acte, une décision. La SRC n'en a jamais produit aucun.
Je ne voudrais pas non plus paraître abriter une vraie dette derrière des vices de forme. Que ce soit parfaitement clair : ni moi, ni aucune structure qui me soit liée n'a jamais contracté le moindre crédit auprès de la Union Bank of Cameroon. Nous ne lui avons jamais rien emprunté, jamais rien garanti. Nous ne lui devons rien. Si la SRC n'a jamais produit de titre, ce n'est pas un oubli : c'est qu'il n'en existe pas.
Le 15 juillet 2026, sans attendre la décision du juge saisi, des agents de la SRC se sont présentés dans des bureaux à Akwa, accompagnés des forces de l'ordre et de manutentionnaires — des dizaines d'hommes, armés, avec des camions, en plein boulevard de la Liberté, face à la Bourse des valeurs, au cœur du quartier des affaires de Douala. Pendant près de deux heures, la principale artère économique du pays a eu droit à ce spectacle. Pour emporter des meubles de bureau, pareil déploiement ne servait à rien.
C'était une mise en scène : on ne mobilise pas des hommes armés pour une cafetière, on les mobilise pour humilier et pour faire peur. Ils n'ont présenté aucun document à quiconque sur place, du début à la fin de l'opération. Ils se sont simplement mis à prendre : le mobilier, des œuvres d'art originales de valeur, le téléviseur, le réfrigérateur, les ordinateurs, jusqu'au sucre — des biens valant plusieurs fois le montant réclamé. Ils ont tenté d'emporter un véhicule, l'endommageant dans la manœuvre, et cassé du matériel.
Ce n'est qu'en repartant qu'ils ont laissé leurs procès-verbaux. À mon arrivée, environ trois quarts d'heure après le début de l'opération, j'ai voulu photographier et filmer les biens qu'on emportait, pour en garder trace. Un gendarme m'a arraché mon téléphone des mains, a effacé les images et m'a menacée d'arrestation. Notre huissier de justice, venu pour dresser constat, a été purement et simplement expulsé des bureaux et contraint de rester sur le palier, derrière la porte : on a interdit à un officier ministériel de constater ce qui se passait. Voilà pour l'attachement de la SRC à la légalité. Les procès-verbaux de la SRC sont, du reste, mensongers : ils affirment m'avoir trouvée sur place dès le début, quand je suis arrivée bien après ; ils prétendent que j'aurais refusé de signer, quand rien ne m'a jamais été présenté à la signature — le procès-verbal a été rempli puis abandonné sur place au moment de partir. À 12 heures 36, les scellés étaient posés — « suivant l'habilitation » de Madame la Directrice Générale, selon le procès-verbal lui-même — et toute activité arrêtée ; leur propre procès-verbal annonce la vente des biens enlevés dans un délai de trente (30) jours. Qu'on me pardonne le mot : cela ne s'appelle pas une exécution forcée, cela s'appelle un braquage.
Voilà la méthode, Monsieur le Président : une créance qu'on ne justifie pas, une société qu'on invente, des titres qu'on se décerne à soi-même, des mentions légales qu'on laisse en blanc, une exécution qu'on mène pendant que la justice délibère, la force publique mobilisée pour l'accomplir.
Ces méthodes sont inadmissibles dans un État de droit. Ces faits sont déjà connus du public, au Cameroun et à l'étranger, et partout la même question revient : qui viendra investir au Cameroun dans ces conditions ?
Une plainte est d'ores et déjà déposée auprès de Monsieur le Procureur de la République contre les agents instrumentaires de cette opération. D'autres procédures suivront, au Cameroun comme devant les instances internationales, pour la protection de nos droits. Chacun des actes posés dans cette affaire est documenté, daté, conservé. Chacun aura à en répondre.
Je ne demande rien et je n'attends rien de la SRC, qui se place au-dessus de la justice et au-dessus de nos lois. Mais en m'adressant à vous, Monsieur le Président du Conseil d'Administration, j'espère que des mesures fortes seront prises pour que pareille injustice ne s'abatte pas sur d'autres opérateurs économiques, qui n'auront peut-être pas, eux, les moyens de se défendre contre cette ignominie.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président du Conseil d'Administration, l'expression de ma considération distinguée.
Rebecca Enonchong, FREng
Fellow, Royal Academy of Engineering
Founder & CEO, AppsTech
Vice-Chair, International Chamber of Commerce
renonchong@appstech.com
+237 699 28 55 25









