La note du ministre Famé Ndongo a le mérite de poser le débat sur le terrain juridique. Mais en voulant démontrer qu'il n'y a pas de vacance, elle révèle involontairement l'essentiel : le Cameroun ne dispose d'aucun mécanisme constitutionnel pour gérer l'absence prolongée de son chef de l'État. Un vide vertigineux dans un pays sans vice-président.
Le Pr Jacques Famé Ndongo voulait clore le débat. Sa note du 21 juillet 2026, publiée sur papier officiel du ministère de l'Enseignement supérieur, ne l'a pas clos — elle l'a approfondi. Car en voulant démontrer, avec l'autorité d'un universitaire et la conviction d'un militant, qu'il n'y a « aucune vacance au sommet de l'État », le ministre a involontairement mis en lumière la fragilité institutionnelle la plus préoccupante du Cameroun contemporain : l'absence totale de cadre juridique pour gérer ce que le pays vit depuis 44 jours.
L'argument central du ministre tient en une phrase : « Aucune disposition légale ou réglementaire ne fixe, au Cameroun, la durée maximale du séjour présidentiel hors du Cameroun. » C'est vrai. Et c'est précisément le problème.
Famé Ndongo présente ce vide juridique comme un argument à décharge — puisqu'aucun texte ne fixe de limite, personne ne peut invoquer une violation. Mais les constitutionnalistes et les observateurs politiques y voient exactement l'inverse : l'absence de texte encadrant les absences prolongées du chef de l'État est une lacune grave, une faille dans l'architecture institutionnelle camerounaise que la situation actuelle rend soudainement et douloureusement visible.
Ce n'est pas parce qu'une situation n'est pas prévue par les textes qu'elle ne pose pas de problème. C'est précisément parce qu'elle n'est pas prévue qu'elle en pose un — et potentiellement un très grave.
Le second vide que la note de Famé Ndongo ne mentionne pas — et pour cause — est celui qui rend la situation camerounaise particulièrement précaire : le poste de vice-président, créé par la révision constitutionnelle d'avril 2026 et censé assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance ou d'empêchement présidentiel, n'a toujours pas été pourvu. Paul Biya est parti pour l'Europe sans nommer son successeur constitutionnel potentiel.
Concrètement, cela signifie que si le Conseil constitutionnel devait constater une vacance ou un empêchement du chef de l'État — pour quelque raison que ce soit — le Cameroun se retrouverait dans une situation constitutionnelle inédite et potentiellement chaotique, sans successeur désigné, sans mécanisme de transition prévu. Le poste de vice-président est inscrit dans la Constitution. Mais sans titulaire, il n'existe que sur le papier.
Sartre, Voltaire et Aristote ne gouvernent pas
Il faut reconnaître à Famé Ndongo la cohérence de sa posture : depuis vingt-deux ans à la tête du même ministère, il a fait de la loyauté au chef de l'État sa marque de fabrique. Sa note du 21 juillet en est l'expression la plus récente. Mais en convoquant Aristote contre l'opposition, Sartre contre les rumeurs et Voltaire contre les « médisants », il substitue la philosophie à la politique et la rhétorique à l'information.
Ce que les Camerounais attendent, ce n'est pas une leçon de logique aristotélicienne. C'est une réponse à des questions simples : Où est le président ? Est-il en état d'exercer pleinement ses fonctions ? Qui prend les décisions urgentes en son absence ? Ces questions, la note de Famé Ndongo ne les pose pas — et encore moins n'y répond.
En définitive, la note du ministre d'État révèle, malgré elle, trois choses essentielles. Premièrement, que le régime camerounais n'a pas de réponse factuelle satisfaisante à apporter sur l'état de santé et l'activité réelle de Paul Biya — sans quoi il produirait des faits plutôt que des arguments. Deuxièmement, que le droit constitutionnel camerounais présente un vide béant sur la question des absences prolongées du chef de l'État, que personne dans le camp présidentiel ne souhaite combler. Troisièmement, que la nervosité du système est réelle — car un régime serein ne mobilise pas un ministre d'État pour rédiger une note philosophique en réponse à des questions citoyennes légitimes.
Le Pr Famé Ndongo a voulu éteindre un incendie avec des mots. Il a surtout montré que le feu existe.









