Actualités of Tuesday, 21 July 2026

Source: www.camerounweb.com

De secrétaire général à détenu de Kondengui : comment le régime Biya transforme ses meilleurs serviteurs en prisonniers politiques

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Atangana Mebara hier, Titus Edzoa avant lui, d'autres après eux : Jeune Afrique documente un mécanisme récurrent du régime camerounais — la disgrâce programmée des plus proches collaborateurs du président, sitôt qu'ils deviennent trop puissants ou trop encombrants. Portrait d'un système qui se nourrit de la destruction de ses propres élites.


Il y a une logique dans les chutes au sommet du pouvoir camerounais. Une logique froide, répétitive, presque mécanique. Elle se vérifie dans le destin de Titus Edzoa, arrêté en 1997 après avoir osé défier Paul Biya dans les urnes. Elle se retrouve, à l'identique dans ses grandes lignes, dans celui de Jean-Marie Atangana Mebara, interpellé en 2008 alors qu'il était encore considéré, selon les révélations de Jeune Afrique, comme « l'un des hommes les plus puissants du Cameroun ». Le schéma est toujours le même : ascension fulgurante, proximité absolue avec le chef de l'État, accumulation d'un pouvoir propre — puis chute brutale, procès controversé et prison.

L'ascension : servir pour régner

Le parcours de Jean-Marie Atangana Mebara est celui d'un technocrate brillant que le système a façonné pour servir ses propres besoins. Doctorat en économie obtenu en France à 30 ans, retour au pays en 1984, ascension rapide à travers les ministères et les cabinets. Le 24 août 2002, Paul Biya le nomme secrétaire général de la présidence — le poste le plus stratégique de l'État après la présidence elle-même. Comme le révèle Jeune Afrique, le président lui confie aussitôt les dossiers les plus sensibles, notamment la préparation d'un décret de délégation spéciale de pouvoirs avant chaque déplacement à l'étranger — une pratique héritée, lui explique Biya, de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo.

Au sommet de sa carrière, Atangana Mebara devient, selon Jeune Afrique, aussi « puissant que craint ». D'innombrables responsables lui doivent leurs nominations lors des remaniements de 2003, 2004 et 2006. Ses adjoints — Ephraïm Inoni et Philémon Yang — deviendront tous deux Premiers ministres. Sa cour est immense. Et c'est précisément cette puissance accumulée qui signe, comme toujours dans le système Biya, le début de sa fin.

Le péché d'excès de puissance

Jeune Afrique identifie avec précision le moment où le vent tourne. On commence à soupçonner Atangana Mebara de nourrir des ambitions présidentielles. Dans son entourage gravite un prétendu « G11 » — groupe de hauts fonctionnaires suspectés d'avoir fomenté un complot pour renverser Paul Biya en 2011. Des accusations jamais formellement prouvées, mais suffisantes pour allumer la méfiance présidentielle.

C'est le mécanisme fondamental que Jeune Afrique met en lumière à travers les cas Edzoa et Mebara : dans le système Biya, la loyauté n'est pas une protection durable. Elle ne protège que tant que le serviteur reste serviteur — dès qu'il devient un acteur politique autonome, avec ses propres réseaux et ses propres ambitions, il devient une menace. Et les menaces, dans ce système, finissent à Kondengui.



L'un des éléments les plus révélateurs de l'enquête de Jeune Afrique sur Mebara concerne précisément la délégation spéciale de pouvoirs que Paul Biya lui avait demandé de préparer avant ses déplacements à l'étranger. Le président lui avait confié que son prédécesseur Ahidjo lui en délivrait toujours une avant tout départ, « particulièrement quand il allait passer un check-up médical ». Mebara écrit lui-même cette révélation dans un livre publié en 2011 depuis sa cellule.

Ce détail, en apparence anodin, dit quelque chose d'essentiel sur la nature du pouvoir camerounais : le chef de l'État confie à son plus proche collaborateur les mécanismes de continuité du pouvoir — y compris dans ses dimensions les plus vulnérables, comme les séjours médicaux à l'étranger. Un tel niveau de confiance crée une intimité avec les secrets d'État qui, le jour de la disgrâce, se retourne contre son détenteur. Celui qui sait trop devient celui qu'il faut neutraliser.



Ce que Jeune Afrique documente à travers la série « Les déchus de la République », dont Atangana Mebara constitue le deuxième volet, c'est l'existence d'un terminus institutionnel pour les élites camerounaises : la prison centrale de Kondengui. Un lieu où cohabitent, dans des cellules de 12 m², des hommes qui se sont côtoyés dans les palais et les ministères, qui se sont parfois détruits mutuellement — et qui se retrouvent réunis par la même logique implacable d'un régime qui recycie ses serviteurs en prisonniers.

Atangana Mebara et Mebe Ngo'o — l'un ancien patron de la présidence, l'autre ancien patron de la police qui avait contribué à son arrestation — coexistent aujourd'hui dans le même établissement pénitentiaire sans s'adresser la parole, selon Jeune Afrique. Deux faces d'un même système : celui qui tombe, et celui qui l'a fait tomber avant de tomber à son tour.

Dix-huit ans après son arrestation, Jean-Marie Atangana Mebara garde « une mine affable » et « un sourire encadré d'une barbe blanchie par le temps », selon les visiteurs cités par Jeune Afrique. La résistance d'un homme que le système a tout fait pour briser — et qui n'a pas plié.