Actualités of Friday, 17 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Sonara : des équipements vieillissants, des compétences envolées et la menace Dangote — les trois défis cachés de la reconstruction

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Au-delà des milliards et des montages financiers, la reconstruction de la Sonara se heurte à des obstacles techniques et humains que les communiqués officiels passent sous silence. Jeune Afrique lève le voile sur les vrais défis d'une reconstruction qui s'annonce bien plus complexe que les chiffres ne le laissent croire.


On parle de milliards, de PPP, d'hydrocrackers et de capacités de production. On parle moins de tuyauteries enterrées depuis quarante-cinq ans, de trois quarts du personnel expérimenté partis à la retraite, et d'une méga-raffinerie nigériane qui a changé la donne régionale. Pourtant, c'est sur ces trois fronts — technique, humain et concurrentiel — que se jouera en réalité la viabilité du projet de reconstruction de la Société nationale de raffinage (Sonara). Jeune Afrique, dans son enquête exclusive sur le dossier, les documente avec une précision que les discours officiels évitent soigneusement.
Le dilemme brownfield / greenfield : une Rolls avec un moteur de deux-chevaux ?
La première grande question technique que révèle Jeune Afrique concerne la stratégie de reconstruction elle-même. Deux approches s'affrontent. La première, dite brownfield, consiste à réhabiliter les installations existantes — une étude ayant conclu que 75 % des équipements sont techniquement réutilisables — et à y connecter les nouvelles infrastructures, notamment l'hydrocracker prévu dans le cadre de la modernisation. La seconde, dite greenfield, prévoit une reconstruction intégrale sur terrain vierge.


Mais le risque ne s'arrête pas là. Jeune Afrique révèle qu'un expert local pointe le danger environnemental que représente le réseau enterré de l'ancienne usine — égouts de procédé, drains, tronçons de tuyauteries enterrées — avec un risque avéré de pollution des sols par des fuites après quarante-cinq ans d'exploitation. Un risque que ni les investisseurs privés ni les banques d'affaires ne pourront ignorer au moment de signer un engagement financier.
C'est pourquoi, selon Jeune Afrique, un consensus s'est dégagé à Yaoundé en faveur de l'approche greenfield — reconstruction intégrale. Une décision qui alourdit mécaniquement la facture et les délais, mais que les experts présents au sondage de marché considèrent comme la seule option industriellement cohérente.

Le deuxième défi révélé par Jeune Afrique est peut-être le plus sous-estimé dans les discussions publiques sur la Sonara : la perte massive de compétences humaines depuis l'incendie de 2019. Selon les informations recueillies par nos confrères, près des trois quarts des salariés expérimentés ont quitté l'entreprise au cours des sept dernières années, principalement en raison de départs à la retraite. Une hémorragie silencieuse qui laisse la Sonara dans un état de dénuement technique dont la gravité est difficile à surestimer.
Un expert interrogé par Jeune Afrique quantifie le problème avec une franchise désarmante : « Former un opérateur capable de tenir correctement son poste demande trois à quatre ans. Mais transformer cet opérateur en référent technique, capable de diagnostiquer un incident complexe ou de décider en situation dégradée, nécessite cinq années supplémentaires de pratique. Au total, il faut compter huit à neuf ans entre le recrutement d'un jeune opérateur et l'acquisition d'une expertise réellement opérationnelle. »
Ce délai incompressible de huit à neuf ans pose une question concrète et dérangeante : si la reconstruction de la Sonara commence en 2027 ou 2028, et si la mise en service est envisagée pour le début des années 2030, qui pilotera les installations dans les premières années d'exploitation ? Des opérateurs insuffisamment formés, dans une raffinerie neuve intégrant des technologies avancées, représentent un risque industriel et sécuritaire que les investisseurs privés et les assureurs examineront à la loupe.

Le troisième défi, géopolitique et commercial celui-là, est l'irruption de la méga-raffinerie Dangote au Nigeria dans l'équation régionale. Avec une capacité annoncée de 650 000 barils par jour — soit plus de 30 millions de tonnes métriques par an —, Dangote représente un changement de paradigme pour l'ensemble du marché régional des produits pétroliers raffinés. Une réalité que Jeune Afrique place au cœur de ses interrogations sur la viabilité commerciale de la future Sonara.


La proposition initiale de Yaoundé porte sur une capacité de 3,5 millions de tonnes métriques par an — un chiffre qui remonte au projet « Sonara 2010 » élaboré il y a quinze ans, dans un contexte régional radicalement différent. Les investisseurs présents au sondage de marché ont été explicites : ce volume est insuffisant pour assurer la rentabilité du projet face à la compétition de Dangote, et il faudrait au minimum atteindre 5 millions de tonnes. Des experts locaux poussent ce seuil encore plus haut, à 7 millions de tonnes annuelles, comme horizon cohérent pour des installations appelées à fonctionner trente ans.
Ce débat sur la capacité optimale de la future Sonara n'est pas qu'une discussion technique entre ingénieurs. Il conditionne le modèle financier du PPP, la durée d'amortissement de l'investissement et, en dernière analyse, la décision des investisseurs privés de s'engager ou non. Le rapport du cabinet français Axens, attendu avant fin 2026, devra trancher. De sa réponse dépendra peut-être la destinée d'un projet industriel que le Cameroun attend depuis trop longtemps.