Actualités of Friday, 17 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Népotisme - Gestion opaque : Quand la SNH devient le plus gros problème de l’ère Biya sous Nathalie Moudiki

Aujourd’hui, la SNH est littéralement devenue la propriété privée de Nathalie Engamba Aujourd’hui, la SNH est littéralement devenue la propriété privée de Nathalie Engamba

L'évolution de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) à travers les profils de ses trois principaux dirigeants : Samuel Libock Mbei, présenté comme le bâtisseur du secteur pétrolier camerounais, Jean Assoumou Avebe, décrit comme un brillant économiste ayant fini par confondre les intérêts de l'État avec ceux du pouvoir, et Adolphe Moudiki, accusé d'avoir transformé la SNH en un instrument personnel du régime. Sous l'influence grandissante de son épouse Nathalie Moudiki, l'entreprise est aujourd'hui marquée par le népotisme, la concentration du pouvoir et une gestion opaque des ressources pétrolières.

LA SNH : L’UN DES PLUS GROS PROBLÈMES DE L’ÈRE BIYA

Pour comprendre la SNH, il faut connaître son histoire, celle de ses dirigeants — et surtout leurs profils et sociogrammes.
Son premier dirigeant, Samuel Libock Mbei, était un nationaliste, et un véritable serviteur du pays.

Son deuxième dirigeant, Jean Assoumou Avebe, était un esprit brillant, qui s’est perdu dans l’adulation et la sublimation du président Paul Biya, au point d’oublier qu’il servait un pays et pas un homme! Il est mort en 1992.

Le troisième Administrateur Directeur Général, Adolphe Moudiki, est selon moi un élitiste chronique doublé d’un arrogant qui a oublié qu’il avait prêté serment comme magistrat à sa sortie de l’ENAM! Sa loyauté pour lui-même a fini par l’aveugler au point d’être aujourd’hui incapable de voir clair sur ce qu’il signe, ceux qu’il désigne ou qui il assigne à une quelconque mission!
Est-il encore capable de voir les chiffres des comptes de la SNH, ou de savoir quel projet est financé par le pétrole des camerounais?
A-t-il conscience des décisions prises dans cette entreprise publique?
J’en doute sincèrement en vertu du déploiement décomplexé de son épouse Nathalie Engamba, et de la suffisance impétueuse qu’elle a récemment manifesté lors de l’inauguration d’une salle de sport financé avec l’argent public — alors qu’elle garde par exemple le silence sur les détails inhérents au projet de construction d’une raffinerie avec les fonds publics!

TROIS ADMINISTRATEURS DIRECTEURS GÉNÉRAUX, TROIS PROFILS DE COMPÉTENCES, TROIS PERSONNALITÉS

1 - SAMUEL LIBOCK MBEI, ARCHITECTE DU SECTEUR ÉNERGÉTIQUE DU CAMEROUN

Haut fonctionnaire et diplomate de carrière, il a occupé des postes stratégiques au sommet de l'État sous les présidences d'Ahmadou Ahidjo et de Paul Biya.

ÉNERGIE ET HYDROCARBURE
Premier dirigeant de la SNH : Il a été le tout premier Administrateur Directeur Général de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), qu'il a dirigée de sa création en 1980 jusqu‘en 1984.
Pionnier industriel du secteur énergétique camerounais, Il a joué un rôle clé dans la mise en place de la plupart des entreprises publiques du secteur énergétique national, incluant la SONARA, la SCDP et SEGAZCAM.

HAUTE ADMINISTRATION PRÉSIDENTIELLE
Début des années 1970 : Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères.
Cabinet privé : Après son passage à la SNH, il a servi directement à la Présidence de la République du Cameroun comme Chef du Cabinet privé du président Paul Biya, notamment lors du remaniement de novembre 1986.

CARRIÈRE DIPLOMATIQUE
Ambassadeur au Nigeria : Il a représenté le Cameroun en tant qu'ambassadeur à Lagos au cours des années 1970.
Haut-Commissaire au Royaume-Uni : Il a été le représentant diplomatique du Cameroun à Londres de 1994 à 2008.
Il achève sa dernière grande fonction officielle connue comme Haut-Commissaire du Cameroun au Royaume-Uni, un poste qu'il a occupé pendant 14 ans.

SPECTRUM
Samuel Libock Mbei figure parmi les très rares serviteurs de l'État à avoir bénéficié de la confiance stratégique absolue des deux seuls présidents du Cameroun indépendant : Ahmadou Ahidjo et Paul Biya.

Son parcours illustre une transition parfaite entre les deux régimes.
Sous le président Ahmadou Ahidjo : Il est l'architecte secret de la souveraineté énergétique

Au lendemain des indépendances, Ahmadou Ahidjo ambitionne de bâtir l'autonomie énergétique du pays après l'échec d'un projet de raffinerie commune en Afrique centrale. Il confie cette mission hautement stratégique et confidentielle à Samuel Libock Mbei, alors diplomate et Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères.

Le bras de fer avec les multinationales : Mandaté par Ahidjo, il conçoit et négocie âprement l'architecture pétrolière nationale face aux géants pétroliers occidentaux. C’est sous cette impulsion qu’il pilote la création des piliers industriels du pays (SONARA, SCDP, SEGAZCAM) avant d'être nommé par décret d'Ahidjo en 1980 comme tout premier patron de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH).

Sous le président Paul Biya : Il est le gardien du Cabinet privé du président et de la diplomatie du Cameroun
Il est le cœur du pouvoir présidentiel. Lors de la transition politique de 1982 et malgré les fortes tensions qui éliminent progressivement les anciens collaborateurs d'Ahidjo, Paul Biya maintient sa confiance en Samuel Libock Mbei. En novembre 1986, lors d'un remaniement crucial marqué par des réformes internes du parti au pouvoir, Paul Biya le nomme Chef de son Cabinet privé à la Présidence de la République. Ce poste ultra-sensible consistait à gérer l'agenda secret, la sécurité rapprochée et les affaires personnelles du chef de l'État.

Le représentant de confiance à Londres : En 1994, Paul Biya l'éloigne stratégiquement de la politique intérieure pour lui confier la gestion des relations avec le monde anglo-saxon en tant que Haut-Commissaire du Cameroun au Royaume-Uni. Il gérera ce poste diplomatique crucial pendant 14 ans, consolidant l'ancrage du Cameroun au sein du Commonwealth.

2 - JEAN ASSOUMOU AVEBE

Il est né le 12 mars 1934 dans le village d'Akam-Bitam, dans le département de la Vallée-du-Ntem (Arrondissement de Kyé-Ossi), dans la région du Sud au Cameroun. C'est une localité frontalière importante, située non loin du célèbre « Marché mondial » d'Abang-Minko.

Preuve de son ancrage et de son statut d'élite dans son village natal, le grand stade de la localité porte son nom : le Stade Jean Assoumou Avebe.

Il était un éminent universitaire, technocrate et manager camerounais, reconnu comme l'un des esprits économiques les plus brillants de sa génération. Il a marqué l'histoire économique du pays en devenant le deuxième Directeur Général de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), poste qu'il a occupé de 1984 jusqu'à son décès en 1992.

Paul Biya le nomme dans l’objectif qui consiste à faire main basse sur le pétrole camerounais.

Samuel Libock Mbei en savait plus qu’il n’en fallait sur le secteur énergétique qu’il avait fait bâtir et développé. Il ne fallait surtout pas le laisser prendre de l’ampleur!

Ne pouvant pas l’écarter brutalement, ou le nommer à un poste ministériel dans un contexte politique particulièrement tendu, il le nomme comme chef de son cabinet privé avant de l’exfiltrer en diplomatie quelques années après.

La nomination de Jean Assoumou Avebe à la SNH était meublée par son pédigrée et ses compétences, qui voilaient toute suspicion et toute intention de confiscation des ressources pétrolières.

UNE FORMATION ACADÉMIQUE PRÉCOCE ET FULGURANTE
Boursier, il effectue ses études supérieures en France (notamment à Poitiers), où il côtoie d'autres futures figures de la république comme Augustin Frédéric Kodock.

Un record de précocité : Âme d'une grande vivacité, il marque les esprits en obtenant son Doctorat d’État en Sciences Économiques à l’âge de 25 ans seulement. Il passe au total 13 ans en Europe pour se former avant de regagner le Cameroun.

Dès son retour au bercail, ses compétences pointues en macroéconomie le propulsent directement au cœur des instances décisionnelles de l'État naissant.

1959 - 1960 : Il commence sa carrière publique de manière spectaculaire comme Directeur de Cabinet du ministre de l’Économie nationale.

Haut commis de l'État : Il enchaîne par la suite plusieurs fonctions de conseiller et de direction au sein de l'appareil étatique sous le président Ahmadou Ahidjo.

Patron de la SNH (1984 - 1992) : En 1984, sous le président Paul Biya, il est nommé Administrateur-Directeur Général de la SNH, succédant au tout premier dirigeant Samuel Libock Mbei.

À ce poste, il gère le "poumon économique" du Cameroun pendant huit ans. Il acquiert la réputation d'un manager rigoureux et très secret, indispensable à la stabilité financière du pays durant la crise économique de la fin des années 1980. Il ne rend compte qu’à Paul Biya sur le pétrole du peuple camerounais.

Mort en fonction : Son parcours s'interrompt brutalement en 1992, lorsqu'il décède des suites d'une maladie. C'est sa disparition qui laissera la place vacante pour la nomination d'Adolphe Moudiki au début de l'année 1993.

L’INTELLECTUEL ET L’ÉCRIVAIN
En parallèle de ses lourdes charges managériales, Jean Assoumou Avebe était un théoricien de l'économie africaine. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence réédités à titre posthume par sa famille :
• L’Économie du cacao : agriculture d'exportation et bataille du développement en Afrique tropicale.
• Ordre international et croissance des jeunes nations.
Trente ans après sa mort, la communauté universitaire et la haute administration camerounaise continuent de saluer sa mémoire à travers les "Journées mémorielles Jean Assoumou Avebe", célébrant un technocrate dont les analyses macroéconomiques visionnaires demeurent d'actualité. Sa seule faute intellectuelle est de n’avoir pas su faire la différence entre bien public et bien privé s’agissant du pétrole camerounais qu’il a cru être la propriété de Paul Biya.

3 - ADOLPHE MOUDIKI

Adolphe Moudiki est un magistrat de formation, haut fonctionnaire et homme d’État camerounais, né le 10 décembre 1938 à Yaoundé. Originaire du clan Akwa (quartier Bonamouti à Douala), il s'est imposé comme l'un des collaborateurs les plus puissants, fidèles et durables du président Paul Biya.
Son parcours, d'une longévité exceptionnelle, s'articule autour de quatre grandes phases :

FORMATION ET CARRIÈRE DANS LA MAGISTRATURE (1959 - 1975)
Il obtient son baccalauréat en 1959 au Lycée Général Leclerc de Yaoundé, où il côtoie notamment Ebenezer Njoh Mouelle. Contrairement à ce dernier, il choisit de rester au Cameroun pour intégrer la division judiciaire de l'École Nationale d'Administration et de Magistrature (ENAM).
Son profil est celui d'un technocrate du droit, spécialisé dans la magistrature (procureur, magistrat de siège).
Parcours judiciaire : Devenu magistrat, il gravit rapidement les échelons :
• 1968 - 1970 : Vice-président de la Cour d'Appel de Yaoundé.
• 1972 - 1973 : Sous-directeur de la Législation au ministère de la Justice.
• 1973 - 1975 : Procureur de la République près les Cours d’Appel de Garoua, puis de Douala.

INTÉGRATION DU PREMIER CERCLE DE PAUL BIYA (1975 -1982)
En 1975, sa trajectoire bifurque vers la haute administration politique lorsqu'il croise directement le destin de Paul Biya, devenu Premier ministre du président Ahmadou Ahidjo le 24 Juin 1975.
1975 - 1976 : Conseiller technique auprès du Premier ministre.
1976 - 1982 : Secrétaire Général des Services du Premier ministre.

MANAGEMENT ET RESPONSABILITÉS MINISTÉRIELLES (1982 - 1991)
Lorsque Paul Biya accède au pouvoir le 6 novembre 1982, il emmène Adolphe Moudiki avec lui à la Présidence, avant de lui confier d'importants portefeuilles opérationnels et politiques.
1982 - 1987 : Directeur Général de la Régie nationale des chemins de fer du Cameroun (REGIFERCAM), où il succède à Gilbert Ntang.
1987 - 1988 : Premier titulaire du tout nouveau ministère du Travail et de la Prévoyance sociale.
1988 - 1989 : Directeur du Cabinet Civil de la Présidence de la République.
1989 - 1991 : Ministre de la Justice, Garde des Sceaux.

GARDIEN DU PÉTROLE AU NOM DE PAUL BIYA
Nommé le 6 février 1993 comme Administrateur-Directeur Général de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) à la suite du décès de Jean Assoumou Avebe, il y entame un règne d'une longévité inégalée — alors que La loi camerounaise fixe à 9 ans maximum la durée totale et cumulée du mandat d’un Directeur Général (DG) ou d'un Directeur Général Adjoint (DGA) à la tête d’une société ou d'un établissement public.

Toutefois, malgré ce cadre juridique strict, de nombreuses exceptions de fait subsistent en raison du pouvoir discrétionnaire de nomination du chef de l'État. Mais il se trouve que le chef de l’État camerounais est indisponible, injoignable, et dans un état clinique déplorable et questionné depuis des décennies par l’opinion publique nationale et internationale!

Le cadre légal : Les lois de 2017 et décrets de 2019
La gouvernance des entités publiques est encadrée par les lois n°2017/010 et n°2017/011 du 12 juillet 2017, complétées par les décrets d'application du 19 juin 2019 :

Durée du mandat initial : Le Directeur Général et son adjoint sont nommés pour un mandat de 3 ans.

Renouvellement : Ce mandat est éventuellement renouvelable deux fois.
Le plafond des 9 ans : Les textes précisent que « dans tous les cas, le mandat des DG et DGA ne peut excéder 9 ans ». Il en va de même pour les Présidents de Conseil d’Administration (PCA), dont le mandat cumulé est quant à lui limité à 6 ans.
- Les sanctions juridiques prévues par la loi
Pour éviter l'enracinement des dirigeants, la loi de 2017 a introduit des mécanismes de nullité particulièrement stricts :
Nullité des actes : Tout acte ou résolution signé par un Directeur Général dont le mandat de 9 ans est expiré est juridiquement qualifié de nul et de nul effet.
Blocage des Conseils d'Administration : Le DG étant statutairement le rapporteur du Conseil d’Administration, si son mandat est échu, il ne peut plus y siéger validement, ce qui paralyse théoriquement le fonctionnement légal de l'entreprise.
- Le paradoxe de l'application pratique
Bien que la loi soit claire, le Cameroun est marqué par une déconnexion majeure entre le texte législatif et la réalité politique. Des dizaines de dirigeants de sociétés d'État sont en fonction bien au-delà de la limite des 9 ans (le record étant détenu par Adolphe Moudiki à la SNH avec plus de 33 ans de service, Camille Mouté A Bidias, ou l'ex-DGA de la SEMRY resté plus de 40 ans).

Plusieurs facteurs expliquent cette longévité hors-loi :
La prééminence du décret présidentiel : Les DG d'entreprises publiques majeures sont nommés par décret du Président de la République. Tant qu'un nouveau décret ne vient pas remplacer le dirigeant en place, ce dernier reste techniquement en poste en vertu du principe de continuité du service public, le pouvoir discrétionnaire du chef de l'État supplantant dans les faits la rigueur de la loi.

L'immunité du Conseil Constitutionnel : Saisi par des partis d'opposition pour faire constater la déchéance des directeurs généraux illégaux, le Conseil Constitutionnel du Cameroun a rejeté ces requêtes en 2021, se déclarant incompétent pour s'immiscer dans les prérogatives de nomination du pouvoir exécutif. Un comportement qui révèle la connivence entre le judiciaire et l’exécutif — d’autant plus le même Conseil Constitutionnel a approuvé le projet de création du poste de Vice-président de la République. ]

POUVOIR FINANCIER
À la tête de l'entité qui gère l'ensemble des ressources pétrolières et gazières du Cameroun (représentant parfois jusqu'à 25 % du budget de l'État), il crée des filiales stratégiques clés comme Tradex (distribution) ou Hydrac (contrôle qualité). Vous comprenez pourquoi Nathalie Engamba Moudiki peut agir en proxi et nommer le fils de madame Biya à Tradex! Nous sommes dans le népotisme décomplexé!

Stabilité et influence : Malgré son âge avancé et des soucis de santé ces dernières années, son poste a été continuellement reconduit par décrets présidentiels. En raison de sa discrétion légendaire et de son rôle central, il reste considéré, aux côtés de son épouse Nathalie Engamba Moudiki (qui use des menaces sur le personnel de la SNH), comme l'un des piliers financiers intangibles du régime de Paul Biya.

Aujourd’hui, la SNH est littéralement devenue la propriété privée de Nathalie Engamba…
Et Adolphe Moudiki, le nonagénaire presqu’aveugle et terrassé par la maladie; n’a plus aucun contrôle — autant que Paul Biya s’agissant de la présidence de la république du Cameroun ! C’est le Cameroun qui paye le prix d’une longévité au pouvoir, alors qu’il est temps de faire notre révolution sociétale! Notre transformation positive!

Loïc K