Une unité militaire d'élite formée par des conseillers israéliens, des entreprises privées de sécurité liées aux mêmes réseaux étrangers, un État qui délègue la surveillance de ses frontières à des contractuels extérieurs : Jeune Afrique lève le voile sur un dispositif sécuritaire qui soulève de graves questions de souveraineté nationale — et d'efficacité.
Le 2 juillet 2026, le ministre délégué à la Défense, Joseph Beti Assomo, inaugurait en grande pompe une nouvelle base opérationnelle du Bataillon d'intervention rapide (BIR) au sein du domaine du port de Douala. Un événement présenté comme une avancée sécuritaire majeure. Mais derrière la cérémonie officielle, Jeune Afrique révèle une réalité plus complexe et plus inquiétante : celle d'un dispositif de sécurité portuaire et aéroportuaire camerounais largement externalisé à des entités privées étrangères, dont l'efficacité est mise en doute précisément là où elle est la plus nécessaire.
Pour comprendre qui contrôle réellement les infrastructures stratégiques du Cameroun, il faut remonter à la genèse du BIR. Corps d'armée d'élite créé au début des années 2000, il a été formé sur les conseils de conseillers israéliens — dont un certain Eran Moas, présenté par Jeune Afrique comme un proche du secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh. Une proximité avec le sommet de l'État qui explique l'influence considérable dont jouit ce réseau dans les attributions de marchés sécuritaires au Cameroun.
Car le réseau israélien ne se limite pas au conseil militaire. Il s'est étendu, au fil des années, au secteur de la sécurité privée. Jeune Afrique révèle ainsi que PortSec, entreprise de sécurisation dirigée par Tsafir Tzvi — lui-même en lien avec Eran Moas — a mis en œuvre le projet Douala Port Security : un système de surveillance avancé combinant caméras, radars, drones, fibre optique et dispositifs de contrôle d'accès dans l'enceinte portuaire de Douala. Et qu'une autre entreprise liée au même réseau, Transatlantic, est installée dans l'enceinte portuaire de Kribi.
Le tableau brossé par Jeune Afrique est celui d'un État qui a délibérément choisi de confier la sécurité de ses principales infrastructures d'entrée et de sortie à des entités qu'il ne contrôle pas entièrement. Le motif, selon les informations recueillies par nos confrères, est d'abord politique : dans un contexte d'incertitudes internes liées à la lutte pour la succession du président Paul Biya, Yaoundé préfère confier ces points névralgiques à des acteurs extérieurs jugés moins susceptibles d'être instrumentalisés par l'un ou l'autre clan en compétition.
Cette logique a, selon Jeune Afrique, « plutôt bien tenu ses promesses » sur un point précis : aucune importation d'armes illégale majeure n'a été constatée via ces infrastructures. Le dispositif est efficace dans le sens entrant. Il est en revanche défaillant dans le sens sortant — celui qui concerne l'export illégal d'or. Une asymétrie révélatrice de ce que le système a été réellement conçu pour protéger : le pouvoir politique, pas les ressources nationales.
Au cœur du dispositif aéroportuaire figure l'ASU — Airport Security Unit —, dont Jeune Afrique révèle le fonctionnement en détail. Depuis juillet 2019, cette entité liée au BIR contrôle les accès aux zones de sécurité, aux aéronefs et aux tarmacs des aéroports internationaux camerounais, surveille les mouvements du personnel d'Aéroport du Cameroun, des policiers, des douaniers, des agents du renseignement et des compagnies aériennes. Ses directeurs sont des colonels du BIR. Son financement provient de la redevance aéroportuaire.
Le dispositif a été audité et validé par l'OACI. Mais Jeune Afrique révèle une faille majeure : l'ASU opère sous le sceau du « secret défense », ce qui la place hors de tout contrôle autre qu'interne. L'OACI valide les procédures — elle ne peut pas contrôler ce que le BIR fait ou ne fait pas à l'abri de ce secret défense. C'est précisément dans cet espace opaque que prospère, selon toute vraisemblance, une partie du trafic d'or qui transite par les aéroports camerounais.
La sophistication technologique du dispositif — caméras, radars, drones, systèmes de badges, fibre optique — contraste violemment avec son inefficacité documentée sur le trafic d'or. Trois saisies majeures entre 2019 et 2021 aux aéroports de Douala et de Yaoundé, aucune condamnation, aucun réseau démantelé. Un commissaire de la Police des frontières arrêté puis discrètement libéré. Et selon Jeune Afrique, à peine 5 % de l'or produit au Cameroun transite par des circuits légaux — le reste s'envole par ces mêmes aéroports sécurisés.
La conclusion s'impose avec une logique implacable : soit le système ne voit pas, ce qui signifierait une défaillance technique et organisationnelle grave. Soit il voit, et choisit de ne pas agir — ce qui impliquerait des complicités actives à l'intérieur du dispositif lui-même. Jeune Afrique, dans son enquête, penche résolument pour la seconde hypothèse. Et les faits, malheureusement, lui donnent raison.









