Actualités of Thursday, 16 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Enquête Jeune Afrique/ Aéroports de Douala et Yaoundé : comment l'or camerounais s'envole sous le nez des agents de sécurité

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Des saisies spectaculaires sans suite judiciaire, un commissaire de la Police des frontières arrêté puis discrètement libéré, de l'or dissimulé dans des couvertures de passagers : Jeune Afrique révèle comment les aéroports internationaux camerounais sont devenus les principales portes de sortie de l'or illégal vers Dubaï — avec des complicités internes identifiées.


L'image est saisissante. Le 3 août 2019, un agent d'Ethiopian Airlines s'apprête à embarquer à l'aéroport international de Douala. Dans ses bagages, dissimulés dans des couvertures destinées aux passagers : 60 kilos d'or, d'une valeur de 1,5 milliard de FCFA — soit près de 2,3 millions d'euros. Destination finale du colis : Pékin ou Dubaï. La saisie est opérée par hasard. Un mois plus tôt, l'Airport Security Unit (ASU), unité contrôlée par le Bataillon d'intervention rapide (BIR), venait précisément de prendre en main la sécurité de cet aéroport. Première sortie, premier fiasco. Jeune Afrique, qui publie le deuxième volet de son enquête exclusive sur l'or camerounais, en révèle aujourd'hui toutes les dimensions.

Pour comprendre comment l'or illégal passe au travers des filets aéroportuaires camerounais, il faut d'abord comprendre qui contrôle ces aéroports. Depuis juillet 2019, l'Autorité aéronautique camerounaise a transféré l'essentiel de ses compétences en matière de sécurité à l'ASU — Airport Security Unit —, entité liée au BIR, l'unité d'élite de l'armée camerounaise formée avec l'appui de conseillers israéliens. L'ASU assume le contrôle des accès aux zones de sécurité, aux aéronefs et aux tarmacs, grâce à un système de badges et un réseau de caméras de vidéosurveillance, comme le documente Jeune Afrique.
Ses directeurs successifs sont des colonels du BIR, actifs ou à la retraite. Son financement provient notamment de la redevance aéroportuaire, logée sur un compte bancaire spécial. Et son personnel militaire est détaché du BIR, payé par le ministère délégué à la Défense, avec des primes à la charge de l'ASU elle-même. Un dispositif validé par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) — mais que Jeune Afrique révèle opérer sous le sceau du « secret défense », hors de tout contrôle externe. Une opacité qui a des conséquences directes sur l'efficacité du système.

Les saisies d'or aux aéroports camerounais se sont succédé avec une régularité qui dit tout de l'ampleur du trafic — et de l'impunité de ses acteurs. Jeune Afrique en documente trois, particulièrement éloquentes.
Le 3 août 2019 à Douala : 60 kilos d'or dissimulés dans des couvertures de passagers, saisis par hasard, destinés à Pékin ou Dubaï. Le 27 octobre 2020, toujours à Douala : 38 lingots d'or en provenance de Centrafrique, soit 20 kilos d'une valeur de 650 millions de FCFA, interceptés sur la plateforme. Dans la nuit du 18 au 19 mai 2021 à Yaoundé : 30 kilos supplémentaires saisis par la douane.

Chaque fois, la même suite. Ou plutôt la même absence de suite. Selon les révélations de Jeune Afrique, à chaque saisie, « la trace des cargaisons a disparu à la suite de tractations, sous couvert de protection consulaire et de complicité policière, au bénéfice des trafiquants impliqués ». Ni procès, ni condamnation, ni démantèlement de réseau. Les cargaisons sont saisies, puis disparaissent dans les méandres d'un système judiciaire et sécuritaire où les complicités sont suffisamment bien placées pour neutraliser toute procédure sérieuse.

Le cas le plus révélateur est celui d'Ahmadou Babanguida, patron de la Police des frontières du Cameroun. Arrêté en janvier 2023 dans le cadre des enquêtes sur le trafic d'or, limogé de ses fonctions, puis écroué — ce commissaire divisionnaire a été, quelques mois plus tard, « discrètement remis en liberté », selon les termes utilisés par Jeune Afrique. Sans jugement public. Sans condamnation. Sans explication officielle.
Cet épisode résume à lui seul la logique du système : les arrestations spectaculaires existent, elles répondent à des impératifs de communication ou à des règlements de comptes internes. Mais elles ne débouchent jamais sur des procès qui remonteraient jusqu'aux commanditaires véritables. La justice, selon la formule de Jeune Afrique, « n'a jamais pu passer ».

La conclusion de cette enquête est sans appel. Selon les estimations citées par Jeune Afrique, à peine 5 % de la production nationale d'or serait écoulée via des circuits légaux. Le reste — 95 % — quitte le territoire par des voies illicites, principalement aéroportuaires. Un logisticien ayant travaillé à Douala le confirme : « Le transport des métaux précieux ne se fait pas par la mer. Comme tout produit premium, l'or se transporte essentiellement par avion. » Les aéroports de Douala et de Yaoundé, supposés être les points de contrôle les plus sécurisés du pays, sont en réalité les principales passoires du système.
Et l'or n'est pas seul à emprunter ces voies. Jeune Afrique révèle que la drogue « suit le même chemin ». Deux trafics, une même infrastructure de corruption, des mêmes complicités — et un État qui n'a, à ce jour, jamais procédé à un audit total du système global de sécurité de ses débouchés portuaires et aéroportuaires.