Plus de 400 milliards de francs CFA ont déjà été dépensés dans la construction de l'autoroute Douala-Yaoundé. Tout de même, le chantier n'a pas encore été livré, considéré aujourd'hui comme « l'un des chantiers les plus lents d'Afrique » par le lanceur d'alerte Boris Bertolt qui est porteur de la mauvaise nouvelle, si on peut l'appeler ainsi.
Présentée comme le plus grand projet routier de l'histoire du Cameroun, l'autoroute Douala-Yaoundé devait symboliser l'entrée du pays dans l'ère des infrastructures modernes. 13 ans après le lancement des premiers travaux, le chantier est devenu, pour de nombreux observateurs, l'illustration des difficultés chroniques du pays à exécuter ses grands projets.
À ce jour, plusieurs centaines de milliards de francs CFA ont déjà été engagés. La première phase, longue de 60 kilomètres, a mobilisé près de 339 milliards de francs CFA TTC. La seconde phase, qui s'étend sur 141 kilomètres, est désormais estimée entre 880 milliards et plus de 1 000 milliards de francs CFA, selon les dernières évaluations officielles.
Au total, le coût global du projet dépasse désormais 1 200 milliards de francs CFA, un niveau inédit pour une seule infrastructure routière au Cameroun. Cette inflation des coûts interroge d'autant plus que le chantier accumule les reports.
Lancée en 2013, l'autoroute n'est toujours pas achevée, tandis que les procédures d'indemnisation foncière, les difficultés de financement et les retards administratifs continuent de ralentir son exécution. La reprise de certains travaux a même été suspendue pendant plusieurs années en raison des compensations non versées aux populations concernées.
Pendant ce temps, plusieurs pays africains ont réussi à construire ou moderniser des réseaux autoroutiers dans des délais beaucoup plus courts. Le Maroc dispose aujourd'hui de plus de 1 800 kilomètres d'autoroutes reliant les principales villes du royaume.
L'Égypte a construit plusieurs milliers de kilomètres de nouvelles routes en quelques années dans le cadre de son vaste programme national d'infrastructures. Le Nigeria poursuit simultanément plusieurs corridors autoroutiers stratégiques, tandis que la Côte d'Ivoire a considérablement modernisé ses infrastructures routières autour d'Abidjan et sur les principaux axes économiques.
La comparaison est d'autant plus frappante que l'autoroute Douala-Yaoundé ne relie que deux villes distantes d'environ 240 kilomètres, mais concentre depuis plus d'une décennie une part considérable des investissements routiers du pays. Au-delà des chiffres, les conséquences économiques sont importantes.
La route nationale n°3 demeure l'un des axes les plus fréquentés d'Afrique centrale. Chaque jour, des milliers de poids lourds reliant le port de Douala au reste du Cameroun et aux pays enclavés de la sous-région y circulent dans des conditions souvent difficiles. Les embouteillages, les accidents, les surcoûts logistiques et les pertes de temps continuent de peser sur la compétitivité de l'économie camerounaise.
À cela s'ajoute une question de gouvernance. Chaque nouvelle réévaluation budgétaire alimente les interrogations sur la maîtrise des coûts des grands projets publics. Alors que l'État mobilise régulièrement de nouveaux financements pour poursuivre le chantier, une partie de l'opinion s'interroge sur l'efficacité du pilotage du projet et sur les mécanismes de contrôle des dépenses publiques.
L'autoroute Douala-Yaoundé reste pourtant un projet indispensable. Elle constitue le principal corridor économique du pays et l'un des maillons essentiels des échanges entre le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine. Mais plus le temps passe, plus le chantier devient un symbole des difficultés structurelles de réalisation des infrastructures publiques.
Après plus d'une décennie de travaux et plus de 1 200 milliards de francs CFA annoncés, la véritable question n'est plus de savoir si cette autoroute sera achevée. Elle est de savoir à quel coût final, dans quels délais et avec quelles garanties de transparence pour les contribuables camerounais.









