Attendu dans les prochains jours à Yaoundé, le général Claude Tudor, commandant des forces spéciales américaines en Afrique, arrivera au Cameroun quelques semaines après le passage du numéro deux de l'Africom.
Selon les informations, cette visite est hautement stratégique et lourde d'enjeux géopolitiques pour les États-Unis, alors que Washington est en plein redéploiement après son départ du Niger, et au moment où se dessinent les ambitions de Trump pour le Cameroun.
Une source sécuritaire confie que cette visite s'articulera autour de rencontres entre le général Tudor et l'état-major de l'armée camerounaise, conduit par le général de corps d'armée René Claude Meka.
« Les discussions porteront sur les échanges des renseignements , la cybersécurité, l'installation d'infrastructures technologiques sensibles au Cameroun, le redéploiement américain sur la base militaire de Salak, ainsi que la rénovation de plusieurs autres infrastructures.Washington serait à l'origine de 'l'explosion du scandale de pillage d'or à l'est du Cameroun,les renseignements américains aident le pays à identifier les acteurs tapis au sein de l'administration camerounais .L'objectif est d'assainir le secteur minier car Trump souhaite sécuriser son approvisionnement en terre rare au Cameroun. », précise Albin Michel Njilo.
À travers cette visite, Paul Biya redéfinit ainsi ses cartes dans cette tourmente géopolitique mondiale. En rééquilibrant ses alliances, le chef de l'État se positionne aux côtés de grandes puissances telles qu'Israël, la Russie, les États-Unis, la Chine et la Turquie.
L'objectif, selon les analystes, est de sortir le Cameroun de la « chasse gardée » de la France, en prélude à l'alternance politique au sommet de l'État.
Jeune Afrique révèle que la CIA surveille l'après-Biya et multiplie les visites au Palais de l'Unité
Au cœur de l'enquête explosive de Jeune Afrique sur la prise de contrôle sécuritaire américaine au Cameroun, il y a une phrase finale qui résonne longtemps après la lecture. Une phrase attribuée à des sources proches des couloirs du palais d'Etoudi, révélée en exclusivité par le journal : «Lorsque Paul Biya quittera le pouvoir, Washington entend ne pas être pris au dépourvu.» Cinq mots — «ne pas être pris au dépourvu» — qui définissent la stratégie américaine au Cameroun avec une clarté désarmante. Et qui transforment ce qui ressemblait à une coopération sécuritaire ordinaire en quelque chose de beaucoup plus stratégique : la préparation américaine à l'après-Biya.
Jeune Afrique documente avec une précision qui dit l'intensité du nouveau partenariat la fréquence des visites militaires américaines au sommet du pouvoir camerounais. «Depuis, les responsables militaires américains multiplient les visites au palais de l'Unité, à Yaoundé», révèle le journal. En septembre 2025, le général Dagvin Anderson, commandant de l'Africom — le commandement militaire américain pour l'Afrique — est «reçu par Paul Biya» pour «renforcer la coopération bilatérale». En mai 2026 — il y a quelques semaines —, son adjoint, le lieutenant-général John William Brennan Jr., «se rend à Yaoundé pour évaluer l'évolution du partenariat».
Deux généraux de l'Africom en moins d'un an au Palais de l'Unité. Officiellement, leurs échanges portent sur «la lutte contre Boko Haram, la sécurité maritime et le renforcement des capacités des forces camerounaises». Mais Jeune Afrique révèle que selon plusieurs experts, «le véritable enjeu porte sur la protection du chef de l'État et sur le recueil de renseignement liés à sa succession». La lutte contre Boko Haram est le paravent diplomatique. La succession de Biya est l'enjeu réel.
La note sur les risques sécuritaires de mai 2026 : Biya annule son vol suisse
La preuve la plus récente de l'opérationnalité de ce partenariat — et de la confiance que Paul Biya lui accorde désormais — est révélée par Jeune Afrique en articulant deux éléments que le journal avait précédemment documentés séparément mais qui prennent ici leur pleine signification. En mai 2026, une «note confidentielle des services de renseignement américains faisant état de risques sécuritaires dans le pays» conduit Paul Biya à annuler un séjour médical en Suisse — alors qu'un avion avait déjà été spécialement affrété depuis la Guinée Équatoriale.
Un vol annulé sur recommandation de la CIA. Un avion renvoyé. Et un dispositif de sécurité renforcé «autour de la résidence de Franck Biya» selon une note de renseignement consultée par Jeune Afrique. Ce que cela signifie concrètement : les services de renseignement américains orientent désormais les déplacements du Président camerounais. Ils définissent les paramètres de sa protection personnelle. Ils protègent son fils. Et ils surveillent de près les menaces qui pèsent sur une succession dont ils entendent «ne pas être pris au dépourvu».
Pourquoi la succession intéresse Washington : stabilité régionale et ressources stratégiques
Pour comprendre l'intensité de l'intérêt américain pour la succession de Paul Biya, Jeune Afrique rappelle les enjeux régionaux qui font du Cameroun un pays stratégique pour Washington. Un pays frontalier avec six États — dont plusieurs connaissent des coups d'État ou des crises majeures : Tchad, RCA, Nigeria, Congo, Gabon. Un pays au cœur du bassin du lac Tchad où Boko Haram reste actif. Un pays au Golfe de Guinée dont la sécurité maritime est directement liée aux intérêts pétroliers occidentaux. Et un pays dont la stabilité politique est la condition de la non-propagation du chaos qui a déjà englouti une partie de l'Afrique de l'Ouest et centrale.
«À Yaoundé, le sujet reste tabou», note Jeune Afrique avec la discrétion de qui sait que nommer certaines réalités suffit à les rendre explosives. Mais dans les couloirs du palais, la réalité est désormais admise : les Américains ne sont plus seulement des partenaires sécuritaires. Ils sont des acteurs de la transition politique camerounaise à venir. Et ils se sont assurés d'être en première loge quand le rideau se lèvera.









