778 milliards à recouvrer, 5,8 % récupérés. La Société de Recouvrement des Créances (SRC) promet des montants colossaux et annonce des ventes aux enchères à grand renfort de communiqués. Mais derrière le bruit du marteau du commissaire-priseur, la réalité est autre : sur les 90,7 milliards de condamnations de l'Opération Épervier, seuls 5,2 milliards ont été encaissés. Le mur juridique, les réseaux d'influence et les montages sociétaires verrouillés depuis trente ans tiennent bon. Les avoirs des condamnés dorment à Dubaï, en Europe ou derrière des sociétés-écrans, tandis que la SRC saisit des fauteuils à Bonanjo. À cela s'ajoute une opacité criante : la Chambre des comptes accuse la SRC de gonfler ses chiffres pour maquiller son bilan, et l'État, lui-même débiteur, traîne des pieds pour reverser au Trésor les fonds déjà recouvrés. L'outil s'use à force de faire trembler sans encaisser. Il est temps de changer de méthode : transparence, transaction, coopération judiciaire internationale et audit indépendant. Car le marteau ne vaut pas par le bruit qu'il fait. Il vaut par l'argent qu'il rapporte.
SRC : 778 MILLIARDS À RECOUVRER, 5,8 % RÉCUPÉRÉS. LE MARTEAU SUSPENDU
La Société de Recouvrement des Créances (SRC) est partout : à Douala, à Yaoundé. Voitures de luxe, mobilier de bureau, ventes aux enchères annoncées à grand renfort de communiqués. Objectif affiché : récupérer 778 milliards de FCFA pour l'État. Un chiffre à faire trembler. Le dossier le plus médiatique de ce total reste celui de l'Opération Épervier : 90,7 milliards de FCFA de condamnations pécuniaires prononcées contre d'anciens hauts dirigeants. Résultat, à ce jour : 5,2 milliards encaissés, soit un taux de recouvrement de 5,8 %. Le marteau du commissaire-priseur fait du bruit. Il tombe rarement.
Face à la SRC, le mur juridique et les réseaux d'influence tiennent bon. Cabinets d'avocats, référés, montages sociétaires verrouillés depuis trente ans. L'affaire Gaby Nkondo, dont la vente a été suspendue in extremis, en est le parfait exemple. Le droit avance. L'influence freine. Il y a aussi le mythe du « pactole ». Les 778 milliards sont annoncés en valeur brute. Or, une part importante de ces créances est prescrite, irrécouvrable ou adossée à des entreprises disparues depuis les faillites de la BCD, de la BMBC et de l'UBC. La Chambre des comptes accuse la SRC de gonfler ses chiffres pour maquiller son bilan.
Puis vient le problème d'une Opération Épervier sans butin. Les condamnés sont en prison. Leurs avoirs sont à Dubaï, en Europe ou dissimulés derrière des sociétés-écrans. La SRC n'a pas les moyens d'agir efficacement à l'international. Elle saisit des fauteuils à Bonanjo pendant que les millions dorment ailleurs. Enfin, l'État débiteur de l'État. La SRC traque la CRTV, la Sodecoton et des PME. Dans le même temps, la Chambre des comptes lui reproche de tarder à reverser au Trésor les fonds qu'elle a déjà recouvrés. Difficile de faire la police quand on est soi-même en retard.
Pour faire rentrer l'argent, et pas seulement du bruit, il faut d'abord de la transparence, pas du théâtre. Publier un état, créance par créance : âge de la dette, montant jugé recouvrable, actions en cours. Le chiffre de 778 milliards impressionne. Il n'éclaire pas. Les Camerounais ont droit au détail, pas au slogan. Il faut aussi négocier au lieu de s'épuiser. Créer une cellule de transaction. Offrir des remises contre un paiement immédiat aux héritiers et aux débiteurs solvables. Mieux vaut encaisser 40 % aujourd'hui que 5 % après quinze ans de procédure.
Ensuite, suivre l'argent, pas les meubles. Activer la coopération judiciaire avec Tracfin, le GAFI et les mécanismes des Nations unies. Sans capacité à geler les avoirs à l'étranger, l'Opération Épervier restera un feuilleton national sans fin heureuse. Enfin, balayer devant sa porte. La SRC doit montrer l'exemple : reversements rapides au Trésor, audit indépendant de son portefeuille et séparation nette entre sa mission de recouvrement et sa fonction de communication politique.
La SRC est indispensable. Un État qui ne recouvre pas ses créances hypothèque ses hôpitaux, ses routes et ses laboratoires. Les 778 milliards ne sont pas un trophée. Ils représentent un manque à gagner.
Mais, à force de faire trembler sans encaisser, on finit par user l'outil. Le marteau du commissaire-priseur ne peut plus rester suspendu. Il doit tomber. Ou se poser, pour qu'on change de méthode. Le marteau ne vaut pas par le bruit qu'il fait. Il vaut par l'argent qu'il rapporte. Car, au final, la question n'est pas de savoir qui l'on cite. La question est de savoir qui paie.









