Actualités of Monday, 29 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Coup d’État manqué – Explosif : Une violente guerre interne éclate dans le clan Chantal Biya

Oswald Baboke aurait été nommé à la vice-présidence Oswald Baboke aurait été nommé à la vice-présidence

L'affaire du faux décret présidentiel révèle de profondes divisions au sein du camp présidentiel, notamment entre des proches de Ferdinand Ngoh Ngoh et d'Oswald Baboke. La tentative présumée de nommer Baboke à la vice-présidence via un faux décret traduirait une lutte interne pour le contrôle de la succession de Paul Biya. Cet épisode met en lumière une rivalité jusque-là discrète entre différents clans du pouvoir, susceptible d'affaiblir davantage le régime à l'approche de la transition politique.


La version officielle est simple. Un individu isolé, animé de motivations obscures, aurait fabriqué un faux décret présidentiel nommant un vice-président et l'aurait fait parvenir à la CRTV. Il a été arrêté. L'affaire est en cours d'instruction. Circulez.

Cette version ne tiendrait pas. Et ce qu'elle dissimulerait est bien plus révélateur que le faux décret lui-même : la fragmentation inédite, jusqu'ici invisible, du clan le plus puissant du sérail camerounais.

Ce que tout le monde croyait savoir

Jusqu'à cette affaire, l'architecture du camp Chantal Biya semblait lisible. La première dame avait construit, au fil des années, un clan cohérent autour d'un homme central : Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence depuis quatorze ans. C'est lui qui contrôle la chaîne de signature, filtre les accès au chef de l'État, gère les dossiers sensibles et arbitre les audiences. C'est lui que les observateurs, les diplomates et les chancelleries étrangères identifiaient comme le cheval partant du camp Chantal — le candidat naturel à la vice-présidence, poste qui, depuis la révision constitutionnelle d'avril 2026, ouvre automatiquement la voie à la magistrature suprême.

Tout le monde avait intégré cette donnée. Les analystes. Les partis d'opposition. Les partenaires étrangers. Les autres clans du sérail.

Le faux décret vient de révéler que cette lecture était incomplète.

La surprise : Baboke, pas Ngoh Ngoh

Selon des sources concordantes, le document envoyé à la CRTV n'aurait pas nommé Ferdinand Ngoh Ngoh à la vice-présidence. Il aurait nommé Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet Civil.

Baboke n'est pas un inconnu. Parmi les initiés, il est connu comme l'un des fonctionnaires les plus riches du pays, et comme pasteur d'une église dont la communauté constitue une base sociale réelle. Mais sa richesse et son réseau religieux, aussi significatifs soient-ils, ne lui confèrent pas ce que Ngoh Ngoh possède depuis quatorze ans : le contrôle de la chaîne de signature présidentielle, la maîtrise des dossiers d'État, et l'accès quotidien au sommet du pouvoir formel. C'est cette distinction qui ferait de lui, aux yeux de celui ou celle qui voudrait contrôler la vice-présidence plutôt que simplement la pourvoir, un profil plus acceptable qu'un Ngoh Ngoh devenu trop autonome.

Si le faux décret avait nommé Ngoh Ngoh, l'affaire aurait pu s'expliquer comme une tentative de forcer la main du président en faveur du candidat déjà pressenti. Logique, prévisible, dans la continuité de ce que tout le monde anticipait.

Mais nommer Baboke, c'est autre chose. C'est révéler qu'à l'intérieur même du clan Chantal Biya, une fracture existe. Deux sous-clans se seraient formés en silence, autour de deux projets de succession distincts. Et l'un d'eux aurait tenté, via ce faux décret, d'imposer son candidat en contournant l'autre.

Pourquoi Baboke plutôt que Ngoh Ngoh

La logique de ce choix est froide et rationnelle.
Ngoh Ngoh, au fil de quatorze ans de présence au sommet de l'État, est devenu un acteur politique autonome. Il dispose de ses propres réseaux, de ses propres loyautés, de ses propres ambitions. Il ne dépend plus de personne pour exister. L'homme qui était un instrument est devenu un centre de pouvoir à part entière. Pour quiconque voudrait contrôler la succession plutôt que simplement l'initier, Ngoh Ngoh représenterait désormais un risque autant qu'un atout.

Baboke présente un profil différent. Sa richesse et sa base communautaire religieuse lui donnent une assise réelle. Mais il ne contrôle pas l'appareil d'État. Il ne tient pas les dossiers présidentiels. Il ne filtre pas les accès au chef. Un vice-président Baboke serait un vice-président qui devrait construire son pouvoir institutionnel depuis zéro — et qui, pendant cette phase de construction, resterait redevable de sa nomination.

Dans une transition incertaine, où l'enjeu n'est pas seulement de placer un successeur mais de garder la main sur lui une fois en poste, ce profil aurait une valeur stratégique que la puissance établie de Ngoh Ngoh ne pourrait pas offrir.

Ce choix révèle une chose essentielle : le sous-clan qui aurait commandité le faux décret ne cherchait pas à placer le candidat le plus fort institutionnellement. Il cherchait à placer le candidat le plus contrôlable politiquement.

La démonstration par le circuit du document

C'est la trajectoire du faux décret qui fournirait la preuve la plus implacable de cette guerre interne.

Le document ne serait pas passé par le secrétariat général de la présidence. Il n'aurait pas été soumis à Ngoh Ngoh. Il aurait été envoyé directement à la CRTV, en court-circuitant délibérément le circuit normal de validation des actes présidentiels. Ce contournement ne serait pas une maladresse logistique. Ce serait un choix politique. Passer par Ngoh Ngoh aurait signifié lui soumettre une nomination qui le marginalisait au profit d'un concurrent issu de son propre camp.

À la CRTV, c'est Charles Ndongo, directeur général, qui aurait refusé de diffuser le document. Il aurait alors contacté non pas le SGPR — Ngoh Ngoh — mais Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet Civil, qui appartient à un clan distinct et opposé à celui de Chantal Biya. En choisissant d'appeler Mvondo Ayolo plutôt que Ngoh Ngoh, Ndongo a agi selon ses loyautés réelles. Et Mvondo Ayolo, en bloquant l'opération, a servi ses propres intérêts : déstabiliser le clan adverse en révélant sa tentative de manipulation, sans pour autant laisser aboutir une nomination qui ne lui convenait pas davantage.

Le faux décret n'aurait donc pas été bloqué par un réflexe de rigueur institutionnelle. Il aurait été bloqué par un clan rival qui y avait intérêt.

Une rivalité que personne n'avait vue venir

C'est peut-être la leçon la plus importante de cette affaire.
Jusqu'ici, les analystes cartographiaient la succession camerounaise selon deux axes principaux : Franck Biya contre Chantal Biya d'un côté, le clan présidentiel contre les autres forces politiques de l'autre. La guerre interne au clan Chantal — entre le sous-clan Ngoh Ngoh et le sous-clan Baboke — n'avait jamais été documentée publiquement. Elle se jouait dans le silence des couloirs, dans les accès filtrés, dans les arbitrages invisibles.

Le faux décret l'a rendue visible. Et cette visibilité change la donne.
Ngoh Ngoh sait désormais qu'un sous-clan a tenté de le contourner depuis l'intérieur de son propre camp. Baboke est exposé. Le sous-clan qui a commandité l'opération a révélé ses cartes sans gagner la partie. Et si Chantal Biya est effectivement à l'origine de ce repositionnement, elle aurait commis une erreur stratégique majeure : fragiliser son propre camp au moment précis où la cohésion est la seule chose qui pourrait lui permettre de contrôler la transition.

Dans les régimes finissants, les guerres internes sont plus dévastatrices que les offensives extérieures. Elles ne se referment pas. Elles s'intensifient.

John Lawson