Actualités of Tuesday, 5 May 2026

Source: www.camerounweb.com

Vice-Présidence et succession : Jeune Afrique analyse comment Chantal Biya positionne ses pions pour l'après-Biya

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Dans la course à la Vice-Présidence qui agite le Cameroun depuis l'adoption de la révision constitutionnelle du 4 avril, un acteur discret mais décisif opère en coulisses. Chantal Biya — que Jeune Afrique qualifie dans son édition du 4 mai de «face émergée de l'iceberg présidentiel camerounais» — n'est pas spectatrice de ce moment historique. Elle en est, selon les révélations du journal, l'une des architectes les plus actives. Et ses choix dans la bataille successorale pourraient s'avérer aussi déterminants que ceux de son mari.


Pour comprendre comment Chantal Biya pèse aujourd'hui sur les choix présidentiels — y compris celui du futur Vice-Président — Jeune Afrique rappelle la trajectoire qui l'a menée là. Il y a vingt ans, cette femme «issue d'une famille modeste et sans carte de visite dans le sérail de Yaoundé» était regardée avec condescendance par l'élite camerounaise. Aujourd'hui, selon François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, «ses faveurs sont aujourd'hui recherchées» à un point tel que des ministres s'obligent à danser maladroitement lors des fêtes familiales de peur de ne pas être vus. Ce renversement de situation dit tout sur la réalité du pouvoir à Etoudi en 2026.


Dans une précédente enquête exclusive évoquée par Jeune Afrique, une révélation avait été faite qui pesait lourd dans l'équation successorale : le nom de Franck Hertz, fils de Chantal Biya, comme candidat possible à la vice-présidence. «Son nom revient régulièrement, l'intéressé ayant depuis quelques années ses habitudes à la présidence», avait révélé le journal. Alors que les médias et commentateurs se concentrent sur Franck Emmanuel Biya — fils de la première épouse décédée de Paul Biya — Chantal Biya pousserait en réalité son propre fils biologique dans l'arène.
La rivalité entre les deux Franck — l'un fils de Jeanne-Irène Biya, l'autre fils de Chantal — est l'un des sous-textes les plus puissants de toute la séquence constitutionnelle que le Cameroun vit depuis avril. Et si Jeune Afrique note que Franck Emmanuel Biya apparaît «toujours seul» sur les photos officielles — son épouse actuelle étant exclue des événements par les règles protocolaires imposées par Chantal —, cette mise à l'écart symbolique dit quelque chose sur l'état des relations entre la première dame et le fils de sa rivale posthume.


La nomination de Théodore Datouo à la présidence de l'Assemblée nationale — que Jeune Afrique attribue pour partie à la protection de Chantal Biya — prend une dimension supplémentaire dans la perspective successorale. Car le président de l'Assemblée nationale est, dans l'architecture constitutionnelle camerounaise, une pièce importante : c'est lui qui recevra le serment du futur Vice-Président. C'est lui qui présidera les grandes cérémonies institutionnelles. Et c'est lui qui, dans certains scénarios constitutionnels, peut jouer un rôle dans la continuité de l'État.


Avoir un «protégé» à ce poste n'est donc pas seulement un avantage protocolaire pour Chantal Biya. C'est un positionnement stratégique dans un jeu successoral dont les règles viennent d'être réécrites. Jeune Afrique ne le dit pas explicitement — mais la logique de l'échiquier est lisible pour qui sait regarder.

Ngoh Ngoh et Chantal : une alliance de circonstance sous tension
Jeune Afrique a déjà documenté la proximité entre Ferdinand Ngoh Ngoh et la première dame — une relation de longue date qui a fait du SGPR l'un des premiers bénéficiaires de la bienveillance de Chantal Biya. Mais cette alliance, comme toutes les alliances dans le système Biya, est fragile. La création du poste de Vice-Président modifie les équilibres : si le futur Vice-Président obtient une délégation de signature présidentielle, le monopole de Ngoh Ngoh sur ce précieux sésame disparaît. Et si ce Vice-Président n'est pas «approuvé» par Chantal Biya, selon l'expression même que Jeune Afrique utilise pour décrire ses exigences, l'alliance pourrait se transformer en rivalité ouverte.

«Chantal Biya craint un Vice-Président qu'elle n'aurait pas approuvé», avait révélé le journal dans une précédente enquête. Une crainte qui dit l'étendue de ses ambitions — et les limites que même elle redoute de ne pas pouvoir contrôler.


Au fond, ce que Jeune Afrique dessine à travers ce portrait de Chantal Biya, c'est celui d'une femme qui a compris avant tout le monde que le pouvoir au Cameroun ne se détient pas seulement par les titres et les décrets — il se tisse dans les relations, les faveurs, les humiliations savamment dispensées et les protections stratégiquement accordées. Face aux moqueries, face au mépris, face aux comploteurs : «Elle n'en a cure.»

Et pendant que le Cameroun attend le nom du prochain Vice-Président, elle, silencieusement, continue de tisser.