Actualités of Friday, 1 May 2026

Source: www.camerounweb.com

Société Générale à vendre : Jeune Afrique dévoile la course secrète pour racheter la deuxième banque du pays

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Depuis le 15 juillet 2025, date à laquelle le groupe Société Générale a signé un accord avec l'État camerounais prévoyant la cession totale de ses 58,08% de parts dans sa filiale locale, une question agite les milieux financiers d'Afrique centrale et de l'Ouest : qui va racheter la deuxième banque du Cameroun ? C'est à cette question que Jeune Afrique apporte ses premières réponses dans une enquête exclusive publiée ce 1er mai 2026 — révélant les candidats pressentis, les refus surprenants, et l'urgence qui commence à peser sur une décision dont chaque mois de retard coûte davantage à tout le monde.

83,68% entre les mains de l'État : une situation intenable
La mécanique de la cession est décrite avec précision par Jeune Afrique. Après le rachat des parts de Société Générale, l'État camerounais détiendrait 83,68% de la banque — une position de quasi-monopole public dans un établissement à vocation commerciale privée, dont la vocation est précisément d'être revendue à un repreneur privé dans les meilleurs délais. En attendant ce repreneur, c'est l'État qui gère — ou plutôt qui n'ose pas gérer, comme le note l'analyste de Heights Advisory : les dirigeants de la banque «ne prennent plus d'initiative», paralysés par l'incertitude sur l'identité du futur propriétaire.


La première révélation significative de Jeune Afrique concerne un candidat au rachat que l'État a écarté : le groupe burkinabè Coris Bank International d'Idrissa Nassa. Selon le journal, Coris Bank «s'était montré intéressé» mais «l'État a apposé un refus net». Les raisons de ce refus ne sont pas explicitées — mais dans le contexte géopolitique actuel, où le Burkina Faso est dirigé par une junte militaire qui a rompu avec ses partenaires occidentaux traditionnels et s'est rapproché de la Russie, on peut aisément imaginer que Yaoundé n'avait aucune envie de voir la principale banque commerciale du pays passer sous contrôle d'un groupe lié à un État dont les orientations politiques actuelles posent problème.


Jeune Afrique dresse ensuite la liste des candidats qui «reviennent avec plus ou moins d'insistance» dans les conversations des milieux financiers. Le gabonais BGFIBank d'Henri-Claude Oyima — groupe panafricain dont la présence au Cameroun est déjà significative — est l'un des favoris naturels. L'ivoirien NSIA Banque figure également dans les discussions. Le nigérian Zenith Bank — l'une des premières banques du continent par la taille — est aussi mentionné. Enfin, l'option d'un conglomérat d'acteurs camerounais — plusieurs opérateurs locaux s'associant pour reprendre la banque et maintenir une forme de contrôle national — est évoquée comme alternative souverainiste.

«Pour le moment, rien ne filtre vraiment», confie Danny Dior Ngongang à Jeune Afrique — avant d'envoyer un avertissement au gouvernement : «Je pense que d'ici juin, l'État devrait faire une annonce claire, au risque de voir les actifs de la banque se dégrader encore plus fortement.» Un compte à rebours qui s'accélère, pendant que les dépôts continuent de fuir.


Du côté parisien, l'impatience est palpable. Jeune Afrique révèle que la vente de Société Générale Cameroun aurait «un impact positif d'environ 6 points de base sur le ratio de CET1 du groupe» — soit 236 millions d'euros en prenant 2025 comme année de référence. Une somme non négligeable pour un groupe qui fait de sa «gestion prudente des risques» son argument central auprès des investisseurs.
Car la filiale camerounaise ne pèse pas lourd dans le bilan global du groupe : un produit net bancaire de 149 millions d'euros en 2025, soit 12% des revenus africains du groupe — lesquels ne représentent eux-mêmes que 4,6% du revenu global. Un solde dérisoire à l'échelle d'un géant bancaire européen. Mais dont les coûts du risque et l'instabilité liée à la cession pèsent disproportionnellement sur l'image de rigueur que Société Générale veut projeter à Paris.

La banque rouge et noire veut tourner la page camerounaise. Le Cameroun, lui, attend de savoir qui écrira la suivante.