Il y a des chutes qui font date dans l'histoire économique d'un pays. Celle de Société Générale Cameroun en 2025 en est une. Selon l'enquête exclusive de Jeune Afrique publiée ce 1er mai 2026, la banque française — présente au Cameroun depuis des décennies — a perdu pour la première fois en cinq ans sa position de deuxième établissement bancaire du pays sur les encours de dépôts. Une régression historique qui survient paradoxalement au moment même où la maison mère, depuis son siège parisien de la Défense, fanfaronne sur d'excellents résultats trimestriels.
-18% de dépôts : une saignée dans un marché en pleine croissance
Les chiffres que Jeune Afrique révèle, tirés du rapport du cabinet Heights Advisory rédigé par Danny Dior Ngongang, sont d'autant plus accablants qu'ils interviennent dans un contexte favorable. Alors que le marché bancaire camerounais dans son ensemble progressait de +16,59% sur les encours de dépôts en 2025, Société Générale Cameroun affichait une baisse de 18,01% — restant certes au-dessus de 1 000 milliards de FCFA, mais en chute libre par rapport à ses concurrents.
Le contraste avec ses rivaux directs est saisissant. AFG Bank, la banque désormais deuxième du marché, propriété de l'Ivoirien Bernard Koné Dossongui, enregistrait une hausse spectaculaire de +28,59% de ses dépôts. Derrière, CCA Bank progressait de +28,86%. Même le leader incontesté, Afriland First Bank, se maintenait dans la moyenne du marché à +16,59%. Seule Société Générale reculait — et reculait fort — pendant que tous ses concurrents avançaient.
L'immobilisme comme ennemi
Pourquoi une telle déroute ? Jeune Afrique cite en exclusivité l'analyse de Danny Dior Ngongang, fondateur de Heights Advisory, qui pointe deux facteurs liés à la reprise en cours de la banque par l'État camerounais. «Les clients sont méfiants. L'État n'ayant pas encore décidé qui sera le repreneur, ils savent ce qu'ils perdent, pas ce qu'ils gagnent à rester, donc ils partent», explique-t-il. Mais c'est sa deuxième explication qui est la plus dévastatrice : «Les dirigeants de la banque ne prennent plus d'initiative. Face à la politique commerciale agressive d'AFG Bank, cet immobilisme se reflète dans les résultats.»
Une banque qui attend — sans bouger, sans innover, sans conquérir — pendant que ses concurrentes attaquent agressivement le marché. C'est la photographie que Jeune Afrique dresse de Société Générale Cameroun en 2025 — et elle dit tout sur le coût réel de l'incertitude dans un secteur aussi concurrentiel que la banque de détail africaine.
AFG Bank : le nouveau challenger qui dépasse tout le monde
La vraie révélation de cette séquence, c'est l'ascension foudroyante d'AFG Bank. En quelques années, cet établissement contrôlé par le groupe ivoirien de Bernard Koné Dossongui s'est imposé comme la nouvelle force montante du paysage bancaire camerounais. Son bond de +28,59% sur les dépôts en 2025 — dans une année où Société Générale perdait 18% — dit tout sur l'efficacité de sa stratégie commerciale agressive face à une concurrence française paralysée par ses propres incertitudes internes.
Pour le marché camerounais, ce rééquilibrage n'est pas anodin. Il signifie qu'une banque africaine, pilotée par un acteur du continent, est en train de supplanter une institution européenne centenaire — non pas parce que les Camerounais rejettent les banques françaises, mais parce qu'une banque africaine s'est montrée plus réactive, plus proche, plus combative. C'est peut-être le signal économique le plus important de cette affaire.









