Derrière la convocation judiciaire de Georges-Gilbert Baongla, il y avait un plan. Un plan qui a échoué — et dont Jeune Afrique révèle en exclusivité ce 30 avril les détails aussi précis que révélateurs sur la manière dont le pouvoir camerounais gère les situations embarrassantes. Car cette affaire, qui ressemble en surface à une procédure judiciaire ordinaire pour cybercriminalité et diffamation, est en réalité la trace visible d'une opération politique soigneusement réfléchie — qui s'est heurtée à un obstacle imprévu : l'absence de Baongla du territoire camerounais.
Le plan initial : l'arrêter pour prouver qu'il n'est pas fils de Biya
La révélation la plus stupéfiante de Jeune Afrique dans cette affaire tient en quelques lignes d'une source confidentielle proche de la présidence, citée avec une précision qui ne laisse aucun doute sur son authenticité : «L'option initialement envisagée était de l'interpeller directement au Cameroun. L'idée, en le plaçant en détention, était aussi de démontrer qu'il ne saurait être considéré comme un fils de Paul Biya, puisqu'aucun fils du président ne saurait se retrouver en prison. Mais comme il ne se trouvait pas dans le pays, la convocation a finalement été rendue publique.»
La logique est d'une perversité politique remarquable. En arrêtant Baongla — en le traitant comme n'importe quel justiciable, en le mettant en garde à vue, en le montrant derrière des barreaux — la présidence entendait démontrer, par l'acte lui-même, l'impossibilité de sa filiation revendiquée. Car dans la culture politique camerounaise, un fils du Chef de l'État est intouchable. Le mettre en prison, c'est donc prouver qu'il n'en est pas un. Une démonstration politique déguisée en procédure judiciaire — un classique du système.
Sauf que Baongla n'était pas là. Il était en déplacement, selon ses propres déclarations à Jeune Afrique, affirmant séjourner aux États-Unis. Le plan s'est effondré. Et en lieu et place d'une arrestation discrète, c'est une convocation rendue publique sur les réseaux sociaux qui a produit l'effet inverse : transformer Baongla en victime et relancer médiatiquement les questions sur sa filiation que la présidence voulait étouffer.
Jeune Afrique soulève une autre question qui agite les cercles informés : qui a réellement déclenché cette procédure ? Une source à la présidence affirme au journal que Franck Biya «n'est pas l'auteur de cette convocation» et que «c'est la justice qui s'est saisie du dossier». Une formulation sibylline que Jeune Afrique rapporte sans y croire tout à fait — puisque la même enquête exclusive précise que «selon des sources sécuritaires, le déclenchement de la procédure est lié à l'intervention télévisée de Baongla du 19 avril» sur Info TV, au cours de laquelle il affirmait que Franck Biya n'était que le «fils adoptif» du président.
Si la justice s'est «saisie d'office» après une émission télévisée, sans plainte déposée, cela soulève des questions procédurales sérieuses sur les fondements juridiques de la convocation — que les avocats de Baongla n'ont d'ailleurs pas manqué de soulever dans leur lettre de constitution du 28 avril.
Le 28 avril — jour où Baongla devait comparaître et où il ne s'est pas présenté — la police a émis une interdiction de sortie du territoire à son encontre. Selon Jeune Afrique, cette mesure vise à «restreindre les mouvements de l'intéressé». Mais Baongla affirme se trouver aux États-Unis — ce qui signifie soit qu'il a quitté le territoire avant l'émission de cette interdiction, soit que la mesure est arrivée trop tard pour l'en empêcher.
Dans tous les cas, l'escalade est réelle. Ce qui était une convocation judiciaire est devenu une interdiction de voyage. Ce qui était une affaire de diffamation est devenu une guerre de clans autour de la succession présidentielle. Et ce qui était présenté comme une procédure ordinaire s'est transformé, sous les projecteurs de Jeune Afrique, en révélateur de la brutalité avec laquelle le système camerounais traite ceux qui osent contester l'ordre successoral établi.









