Georges-Gilbert Baongla agit-il pour son propre compte ? Ou est-il la pièce visible d'un jeu bien plus complexe, mené dans l'ombre par un clan de Yaoundé qui cherche à bloquer l'accession de Franck Biya à la vice-présidence ? C'est la question que Jeune Afrique pose avec une franchise qui tranche dans son enquête exclusive du 30 avril — et les éléments qu'il révèle ne permettent pas d'y répondre avec certitude, mais dessinent un faisceau d'indices qui mérite d'être pris au sérieux.
«Baongla dispose forcément de protections jusqu'aux plus hautes sphères»
La révélation qui ouvre la réflexion de Jeune Afrique sur ce terrain est celle-ci : «Dans les cercles de pouvoir, certains estiment que Georges Gilbert Baongla dispose forcément de protections jusqu'dans les plus hautes sphères.» Une conviction partagée par de nombreux observateurs qui, depuis des années, s'interrogent sur comment cet homme peut prétendre publiquement être le fils biologique du Chef de l'État — sans jamais être arrêté, sans jamais être formellement démenti par la présidence, sans jamais faire l'objet d'une procédure judiciaire — jusqu'à ce mois d'avril 2026.
«Depuis le temps que je le dis, avez-vous vu la présidence réagir ?», demande-t-il lui-même à Jeune Afrique, avec une assurance qui dit tout. Cette absence de démenti officiel pendant des années est, pour ses partisans, la preuve que sa thèse est incontestable. Pour ses adversaires, elle dit autre chose : que quelqu'un, quelque part dans le système, avait intérêt à laisser cette grenade dégoupillée rouler librement — jusqu'au moment où elle deviendrait utile.
Ce moment, Jeune Afrique le date précisément : le 19 avril 2026, dix jours après la clôture du Congrès ayant adopté la révision constitutionnelle créant le poste de Vice-Président. L'émission «Libre Expression» diffusée sur Info TV, dirigée par Sieur Dieudonné Mveng, donne la parole à Baongla en sa qualité de Président du Parti Républicain. Et il y prononce les mots que certains attendaient depuis longtemps : Franck Biya «n'est que le fils adoptif» du président. Lui, Baongla, est «le fils légitime». Et donc le prétendant naturel à une succession qui doit se jouer «entre les enfants biologiques du président».
Quelques jours plus tard, la convocation tombait. La coïncidence de calendrier n'a pas échappé aux analystes : l'émission a lieu le 19 avril, la convocation est signée le 23. Quatre jours entre la déclaration et la procédure judiciaire. «Le déclenchement de la procédure est lié à cette intervention télévisée», confirme sobrement Jeune Afrique — qui note que Baongla avait fait exactement les mêmes déclarations des dizaines de fois auparavant sans jamais être inquiété. Ce qui a changé, c'est le contexte : la Vice-Présidence est désormais une réalité constitutionnelle imminente. Et nommer Franck Biya à ce poste sans avoir réglé la question Baongla est devenu impossible.
C'est peut-être la révélation la plus stratégiquement significative de toute l'enquête de Jeune Afrique. Après que le ministre Jean de Dieu Momo a publiquement dénié à Baongla la qualité de fils du président — avec l'arithmétique implacable qu'on connaît —, quelqu'un de inattendu a pris la défense du prétendant. Jacques Fame Ndongo, ministre de l'Enseignement Supérieur et baron du Sud — la région d'origine même de Paul Biya — aurait «curieusement soutenu» Baongla, selon les informations exclusives de Jeune Afrique.
Ce soutien d'un baron du Sud à Baongla — au moment même où la question de la vice-présidence est au cœur de toutes les discussions — est un signal politique que Jeune Afrique juge suffisamment important pour le noter explicitement. Car le camp du Sud qui pousse pour que le Vice-Président soit «un Sudiste» ou «un fils de Biya» a tout intérêt à entretenir le trouble autour de la filiation de Franck Biya. Si Baongla peut semer suffisamment de doutes pour fragiliser la candidature de Franck Biya à la Vice-Présidence, certains barons du Sud y voient une opportunité d'imposer un autre profil — le leur.
Jeune Afrique révèle enfin que la bataille judiciaire ne fait que commencer. Selon une source proche du dossier Baongla, «des plaintes sont en cours de préparation, au Cameroun comme en Europe, et plusieurs conseils travaillent déjà à leur formalisation». Des plaintes qui viseraient, selon toute vraisemblance, à contester la filiation de Franck Biya devant des juridictions — camerounaises et potentiellement européennes — avec, en point d'orgue, la demande de test ADN déjà formulée par ses avocats devant le SCRJ.
Une chose est certaine : l'affaire Baongla n'est pas celle d'un homme isolé, fantasque, agissant seul pour des motifs personnels. Elle est, selon Jeune Afrique, «l'instrument potentiel d'une guerre de clans» — celle qui, en coulisses, se joue pour et contre Franck Biya, à l'approche d'une nomination à la Vice-Présidence qui pourrait redessiner le paysage politique camerounais pour les décennies à venir.









