Actualités of Wednesday, 29 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Après l’Inde, la Chine : le Cameroun, géant agricole devenu mendiant alimentaire

'Le scandale, c’est que le Cameroun ait besoin de ces dons pour nourrir ses populations' 'Le scandale, c’est que le Cameroun ait besoin de ces dons pour nourrir ses populations'

Le journaliste Charles Chacot CHIME dénonce la dépendance alimentaire du Cameroun, illustrée par des dons récents de riz provenant d’Inde et de Chine. Il critique le contraste entre ces aides et le potentiel agricole important du pays, estimant qu’il devrait être autosuffisant, voire exportateur. Le journaliste fustige également la mise en scène officielle autour de ces dons, perçue comme une valorisation d’une situation qu’il considère comme un échec des politiques agricoles. Charles Chacot CHIME alerte sur une dépendance croissante et appelle à une prise de conscience pour restaurer la souveraineté alimentaire nationale.


Le 12 août 2025, dix camions de riz offerts par l’Inde étaient réceptionnés en grande pompe dans la région de l’Extrême-Nord. À peine cette aide enregistrée, voilà qu’un autre partenaire étranger, la Chine, annonce à son tour une aide alimentaire de plus de 1,6 milliard de FCFA, principalement composée de riz et de la farine.

Ainsi, en si peu de temps, deux puissances étrangères se relaient pour nourrir un pays pourtant présenté comme « l’Afrique en miniature », un pays aux terres fertiles, aux plaines exploitables et aux potentialités agricoles immenses.

Et comme toujours, le rituel officiel est bien huilé : accolades diplomatiques, discours de gratitude, déclarations solennelles sur l’amitié entre les peuples. On remercie l’Inde, on remercie la Chine, on promet une distribution rapide, et l’on tente de présenter ces dons comme des gestes de coopération exemplaires.

Mais derrière ces cérémonies se cache une vérité brutale : un pays capable de produire son riz est en train de célébrer sa dépendance alimentaire.

Le scandale n’est pas que l’Inde ou la Chine offrent du riz. Le scandale, c’est que le Cameroun ait besoin de ces dons pour nourrir ses populations.

Avec les plaines de Yagoua, les rizières de Ndop et les capacités de la SEMRY, le Cameroun devrait être en train d’exporter du riz, et non de tendre la main.

Mais pendant que les autorités remercient les donateurs étrangers, les producteurs locaux manquent d’encadrement, les filières sont abandonnées, et le pays s’enfonce dans une dépendance humiliante.

Hier l’Inde. Aujourd’hui la Chine. Demain qui encore ?
À ce rythme, le Cameroun risque de devenir une puissance agricole seulement dans les discours, mais une nation assistée dans les assiettes.

Le plus révoltant est que cette humiliation est vécue avec un calme désarmant. On médiatise l’arrivée du riz comme une victoire. On remercie les donateurs comme si le gouvernement venait d’obtenir un exploit. On transforme la dépendance en événement diplomatique.

Pourtant, recevoir du riz en don quand on a la capacité d’en produire soi-même n’est pas un succès, c’est l’aveu d’un échec.

Le peuple reçoit des sacs de riz. Les dirigeants distribuent des remerciements. Et la souveraineté alimentaire, elle, reste introuvable.

Charles Chacot CHIME, journaliste de veille