Actualités of Friday, 24 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Saisine de l'UA : Jeune Afrique analyse pourquoi Kamto met l'organisation panafricaine face à ses propres hypocrisies

Image illustrative Image illustrative

La saisine de l'Union Africaine par le MRC de Maurice Kamto pour dénoncer le «changement anticonstitutionnel de gouvernement» au Cameroun a peu de chances d'aboutir à des sanctions concrètes. Jeune Afrique le dit clairement dans son analyse exclusive du 24 avril. Mais en posant ce geste, Kamto fait quelque chose de plus subtil qu'une simple démarche juridique : il tend un miroir à une institution africaine et l'oblige à se regarder en face — dans toute la complexité de ses contradictions et de ses silences complices.

L'UA et les révisions constitutionnelles : une longue histoire de silence
Jeune Afrique documente avec précision les limites structurelles de l'UA face à ce type de dossier. La doctrine de l'organisation sur les «changements anticonstitutionnels» a été conçue pour répondre à des situations de rupture violente — les putschs militaires, les coups d'État classiques. Mais depuis des années, une nouvelle forme de captation du pouvoir s'est développée sur le continent : les coups d'État constitutionnels — révisions de la loi fondamentale soigneusement orchestrées, adoptées dans les formes légales mais vidant de leur substance les principes démocratiques

Face à cette évolution, l'UA a maintenu une réticence structurelle que Jeune Afrique attribue à une logique implacable : «Nombre de chefs d'État ont modifié leur propre Constitution ou prolongé leur mandat de manière controversée. Ouvrir la porte à des sanctions dans un cas comme celui du Cameroun créerait un précédent potentiellement déstabilisant pour plusieurs capitales.» En d'autres termes : l'UA ne sanctionnera pas Biya pour avoir fait ce que beaucoup de ses homologues ont fait avant lui — ou s'apprêtent à faire demain.

Le Cameroun et sa carte de la «stabilité» : un argument redoutable
Jeune Afrique révèle un autre levier que Yaoundé maîtrise parfaitement dans ses relations avec l'UA : le capital stabilité. Selon une source diplomatique citée en exclusivité par le journal, «le Cameroun n'est pas diplomatiquement très actif, si ce n'est pour faire valoir, notamment à l'UA, les effets positifs, sur le plan régional, de sa stabilité politique. Dans un contexte sécuritaire incertain, l'UA privilégie toujours une forme de continuité.»
C'est l'argument ultime du régime Biya face à toute pression internationale : regardez autour de vous — le Sahel en feu, les coups d'État en cascade au Mali, au Burkina, au Niger, la crise en RCA, les tensions au Soudan. Dans ce paysage chaotique, le Cameroun, malgré ses crises internes — anglophone, Boko Haram, extrémisme du Nord-Ouest — apparaît comme un îlot de relative prévisibilité. L'UA, qui a horreur du vide sécuritaire, ne sacrifiera pas cette stabilité sur l'autel de principes démocratiques qu'elle-même ne respecte qu'imparfaitement.

Selon les informations de Jeune Afrique, le mémorandum déposé par le MRC à l'UA articule trois griefs principaux : la création d'un Vice-Président nommé succédant au Chef de l'État sans élection, les reports répétés des élections législatives et municipales depuis 2024, et la prorogation des mandats parlementaires sans consultation électorale. Un argumentaire juridiquement cohérent — qui reconnaît que «l'ensemble de ces éléments constitue une violation des engagements du Cameroun vis-à-vis de l'UA».
Le problème, que Jeune Afrique souligne avec une précision chirurgicale, est que la cohérence juridique d'un argument ne suffit pas à faire bouger une organisation diplomatique quand ses membres y ont un intérêt contraire. Le mémorandum du MRC rejoindra probablement les archives d'Addis-Abeba — non pas parce qu'il a tort, mais parce que l'UA n'a ni la volonté ni l'intérêt politique de lui donner raison.

La conclusion que Jeune Afrique tire de cette séquence est paradoxale mais lucide : Kamto sait qu'il perdra devant l'UA — et ce n'est pas grave. Ce qu'il gagne, c'est le débat public. En forçant l'UA à se prononcer — même par le silence —, il met en lumière les limites d'une organisation censée garantir la démocratie africaine. En construisant un dossier juridique solide, il prépare les législatives de 2026 sur un terrain favorable. Et en occupant le terrain médiatique pendant que Tchiroma Bakary s'efface depuis Banjul, il reprend la place qui était la sienne avant la présidentielle d'octobre 2025.
Kamto ne joue pas pour l'UA. Il joue pour les Camerounais. Et dans ce jeu-là, Jeune Afrique laisse entendre qu'il n'est pas en train de perdre.