Kamto sonne l'alarme : « Le droit traverse une période critique »
Dans une publication diffusée ce 30 mars sur les réseaux sociaux, le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun tire un signal d'alerte sur l'état du droit à l'échelle mondiale. Un texte bref, dense, et délibérément universel.
Il n'a pas choisi le détour de la tribune académique ni le filtre d'un communiqué de parti. C'est sur les réseaux sociaux, dans le cadre de sa série régulière « La Pensée de MK », que le professeur Maurice Kamto a livré, ce 30 mars 2026, l'une de ses réflexions les plus sombres sur l'état du monde. Le numéro 101 de cette chronique personnelle tient en quelques lignes, mais leur portée dépasse largement le format.
« Le droit traverse une période critique. Faut-il continuer à en produire, à l'enseigner ? » L'interrogation, posée sans rhétorique, frappe d'emblée par sa radicalité. Venant d'un homme qui a consacré l'essentiel de sa carrière à l'enseignement et à la pratique du droit international — ancien ministre délégué à la Justice du Cameroun, ancien membre de la Commission du droit international des Nations unies, ancien candidat à la présidence de la Cour internationale de Justice — la question n'est pas rhétorique. Elle est un diagnostic.
Ce qui distingue la mise en garde de Kamto de tant d'autres lamentations sur le « désordre mondial », c'est précisément son refus d'en rester à l'échelle géopolitique. Le juriste camerounais pointe deux fronts simultanément dégradés : le droit international, certes, mais aussi le droit interne « dans divers pays ». Une distinction qui lui permet d'élargir son propos bien au-delà des relations entre grandes puissances, pour toucher à la manière dont les États gouvernent — ou plutôt s'exemptent de gouverner — selon des règles.
« Les puissants et les régnants lui infligent la plus grave défaite depuis des siècles », écrit-il. La formule est forte, et délibérément historique. En plaçant la situation actuelle dans le temps long, Kamto suggère que ce n'est pas une crise conjoncturelle mais un recul structurel, une régression dans l'histoire de la civilisation juridique.
Le tableau qu'il brosse est celui d'un monde où la puissance a repris l'ascendant sur la règle. Les violations du droit ne seraient plus accidentelles ou dissimulées : elles seraient « délibérées, brutales ». On ne tord plus les textes pour les faire plier à sa volonté — on les ignore. « On s'affranchit des faits et des règles communes et n'écoute que sa puissance », résume-t-il dans une formule qui pourrait s'appliquer aussi bien à une grande démocratie qu'à un régime autoritaire de taille modeste.
Kamto évoque également, sans les nommer, des signaux institutionnels qu'il juge révélateurs : la résurgence des ministères de la Guerre dans plusieurs capitales, la consolidation de régimes autoritaires derrière l'appareil militaire. Des évolutions qu'il lit non pas comme des accidents de parcours, mais comme les symptômes d'un même mouvement de fond : la réhabilitation de la force brute comme mode de gouvernement, au détriment de tout cadre normatif commun.
Face à ce constat, le président du MRC ne se résigne pas. Il appelle à ce qu'il nomme un « rétablissement » du droit — à sa juste place, dans son rôle « irremplaçable pour toute vie en société ». Et il choisit ses mots avec soin : il ne s'agit pas d'une réforme, ni d'une amélioration, mais d'une restauration. Celle d'un bien commun dégradé, aussi bien dans les relations entre nations qu'au sein même des États.
« Rétablir le droit à sa place et dans son rôle irremplaçable pour toute vie en société devient une urgence absolue », conclut-il. Le mot « urgence » revient comme une injonction. Kamto, juriste de formation et opposant politique par conviction, sait que les deux dimensions sont inséparables : on ne peut pas défendre l'État de droit à l'international sans le défendre d'abord chez soi.
Une voix singulière dans le paysage camerounais
Ce texte, aussi court soit-il, illustre ce qui fait la singularité de Maurice Kamto dans le paysage politique camerounais : la capacité à articuler une réflexion théorique de haut niveau avec une lecture politique immédiate. Sa « Pensée de MK », publiée régulièrement depuis plusieurs années, fonctionne comme un espace hybride entre le carnet de philosophe et le manifeste d'opposant — un format qu'il maîtrise avec une rigueur que peu de ses contemporains africains peuvent lui disputer.
En posant la question — « Faut-il continuer à produire du droit, à l'enseigner ? » — Kamto ne suggère évidemment pas d'y renoncer. Il invite ses lecteurs, et peut-être ses pairs juristes, à mesurer l'ampleur de la crise pour mieux y répondre. Une façon de dire que le silence des spécialistes, dans un tel moment, serait lui-même une forme de capitulation.









