Si l’éviction de Cavayé Yéguié Djibril par Paul Biya a surpris par sa brutalité, ses indemnités de départ, exclusivement révélées par Jeune Afrique, révèlent une stratégie de mise à l’abri minutieusement préparée il y a vingt ans.
Alors que la stupeur retombait à l’Assemblée nationale après l’annonce du nom de Théodore Datouo, une question hantait les couloirs du Parlement : comment un homme politique écarté du jeu pouvait-il afficher une sérénité aussi déconcertante ? Jeune Afrique a pu reconstituer le montage financier exceptionnel qui permet à l’octogénaire de quitter le perchoir sans un seul souci matériel, un montage qu’il a lui-même orchestré au summum de son pouvoir.
Jeune Afrique révèle que Cavayé Yéguié Djibril, loin de se faire surprendre par la décision présidentielle, avait anticipé sa propre fin de mandat dès 2005. À cette époque, il a fait voter en catimini un avantage réglementaire qui lui garantit une pension à vie non imposable de 18 millions de F CFA par an. Mais l’enquête de Jeune Afrique montre que l’addition va bien au-delà. En plus de cette rente, l’ancien président bénéficie d’un package « survie » détaillé : une indemnité d’eau de 150 000 F CFA, d’électricité de 250 000 F CFA, et une ligne téléphonique mensuelle de 250 000 F CFA, le tout pris en charge à perpétuité par le contribuable camerounais.
Une source interne à la Questure de l’Assemblée a confié à Jeune Afrique : « Il avait tout verrouillé. Même son véhicule de luxe est renouvelé tous les dix ans jusqu’à son décès. Il voulait s’assurer une présidence à vie, même en retraite. » Cette manne financière explique pourquoi, selon les informations exclusives de Jeune Afrique, l’ancien « pilier du régime » n’a pas tenté de riposter lorsqu’il a appris sa mise à l’écart par son directeur de cabinet, Boukar Abdourahim, dit « l’Iranien ».
Cependant, cette retraite dorée pourrait devenir un sujet de tensions internes. Jeune Afrique a appris que l’arrivée de Théodore Datouo s’accompagne d’une volonté de transparence de la part de la présidence. Paul Biya, en imposant ce renouvellement générationnel, aurait également exigé un audit des comptes de l’Assemblée. « Le nouveau président a pour mission de rationaliser les dépenses, y compris celles liées aux anciens », souffle un cadre du RDPC à Jeune Afrique. L’ironie du sort, conclut Jeune Afrique, est que Cavayé Yéguié Djibril, qui avait « anesthésié » la chambre basse pour le pouvoir, s’est offert un parachute doré d’un montant inédit, mais c’est désormais un parlementaire bamiléké, Théodore Datouo, qui est chargé de contrôler le déploiement de ces avantages hérités de l’ancien régime.









