Les incidents de la semaine écoulée entre la ministre de l'Habitat Célestine Ketcha Courtes et le maire de Yaoundé Luc Messi Atangana ont trouvé leur analyste le plus incisif. Intervenant dans l'émission Canal Presse sur Canal 2 International, Jean-Marc Bikoko a livré une lecture systémique du conflit qui dépasse la querelle de compétences pour toucher au cœur du problème camerounais : le laxisme de la gouvernance et la lutte des réseaux en période de fin de règne.
La semaine a été chargée pour la ministre Ketcha Courtes. Après l'affaire de la route Madagascar-Cité Verte — un tronçon que le Pape Léon XIV doit emprunter lors de sa visite du 15 au 18 avril, dont la livraison a été prorogée de deux mois par la Mairie malgré l'urgence —, la ministre avait mandaté une autre entreprise pour reprendre le chantier en urgence. La Mairie avait répondu en interpellant et plaçant en garde à vue les ouvriers dans les locaux de la Communauté Urbaine. Ketcha Courtes était intervenue musclée, accusant le bloc adverse de sabotage.
Mais l'affaire ne s'est pas arrêtée là. Des vidéos virales ont ensuite montré la ministre défoncer la porte d'un édifice étatique devant des forces de l'ordre médusées. Puis, chez le nouveau président du Sénat Aboubakary Abdoulaye, elle a imposé une prière catholique à une assemblée majoritairement musulmane. Autant d'épisodes qui ont alimenté une semaine de polémiques.
Pour Jean-Marc Bikoko, ces incidents ne sont pas des accidents. Ils sont le symptôme d'un système. « Cela fait des années que nous dénonçons la cacophonie dans la gouvernance camerounaise », rappelle-t-il. « Aujourd'hui, à la faveur des signaux de fin de règne, de nombreux réseaux ont engagé une véritable lutte ouverte. »
Sa lecture est chirurgicale : « Le super-maire de la ville de Yaoundé sait sur quoi il peut compter. Madame Célestine Ketcha Courtes également. Chacun s'appuie sur un réseau solide, dans un contexte marqué par le laxisme qui prévaut dans la gouvernance de notre pays. Au final, chacun agit à sa guise. »
Ce que Bikoko décrit est précisément le danger d'un système où les équilibres se maintiennent non par des règles claires mais par des rapports de force entre clans. Tant que Paul Biya arbitre, les réseaux se tiennent en respect. Mais « les signaux de fin de règne » ont libéré une énergie centrifuge : chaque clan sent que le moment décisif approche, et chacun cherche à marquer son territoire — fût-ce en emprisonnant des ouvriers ou en défonçant une porte.
La route du Pape sera peut-être réparée à temps. Mais c'est le tissu de la gouvernance camerounaise qui, lui, continue de se fissurer — et la visite de Léon XIV n'y changera rien.









