C'est la révélation la plus politiquement explosive du reportage que Jeune Afrique consacre ce jour à la réforme constitutionnelle camerounaise en gestation. Derrière les considérations techniques sur le redécoupage territorial ou le statut des chefferies traditionnelles, se cache un enjeu de pure realpolitik : selon des sources concordantes citées par Jeune Afrique, la réouverture du Code électoral aurait été évoquée dans le cadre de discussions visant à ramener Issa Tchiroma Bakary dans un processus de dialogue politique.
En clair : les modifications des procédures de vote et de dépouillement — régulièrement dénoncées par l'opposition comme des instruments de fraude — seraient sur la table non pas par conviction démocratique, mais comme monnaie d'échange pour normaliser la situation politique née de la présidentielle d'octobre 2025. Une présidentielle dont Tchiroma Bakary s'est autoproclamé vainqueur avant de prendre la fuite, plongeant le pays dans une crise politique sans précédent.
Jeune Afrique, qui s'est procuré ces informations auprès de sources proches du dossier, ne nomme pas l'intermédiaire de ces discussions. Mais l'information elle-même est considérable : pour la première fois, le régime Biya envisagerait de toucher au Code électoral pour désamorcer une crise politique, plutôt que de se contenter de réprimer ses adversaires.
Voilà qui dessine une image radicalement différente de celle que le pouvoir camerounais projette officiellement. D'un côté, des arrestations massives de partisans de Tchiroma Bakary — dont Djeukam Tchameni Dominique, toujours incarcéré à Kondengui —, des accusations de complot et de détention de matériel militaire, et une communication officielle qui présente l'opposition comme une menace sécuritaire. De l'autre, selon Jeune Afrique, des discussions discrètes pour offrir des concessions électorales à ce même Tchiroma Bakary afin de le convaincre de rentrer dans le rang institutionnel.
Cette contradiction flagrante entre la répression affichée et la négociation secrète est, à elle seule, un révélateur du degré de fragilité du régime face à une crise politique qu'il ne parvient pas à éteindre.
Au-delà de Tchiroma Bakary, l'ensemble du projet constitutionnel décrit par Jeune Afrique porte une ambition que personne dans les cercles du pouvoir n'ose formuler explicitement : organiser l'après-Paul Biya. La création d'un vice-président nommé plutôt qu'élu, l'abaissement de l'âge requis pour la candidature à la présidentielle, et la réforme des institutions locales dessinent ensemble le portrait d'un régime qui cherche à sécuriser sa propre succession tout en conservant la main sur chaque levier du processus.
À 93 ans, Paul Biya vient d'être réélu. La Constitution qu'il s'apprête à modifier selon Jeune Afrique sera peut-être celle qui régira le Cameroun sans lui.









