Actualités of Monday, 9 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Présidentielle 2025 : Brice Nitcheu recadre sèchement Chris Maneng et interpelle Tchiroma

'Les calomnies du directeur de campagne s’inscrivent donc dans la poursuite de cet acharnement' 'Les calomnies du directeur de campagne s’inscrivent donc dans la poursuite de cet acharnement'

La dernière sortie de Chris Maneng, directeur de la stratégie d’Issa Tchiroma lors de la présidentielle de 2025, sur les tractations politiques et les tentatives de coalition, notamment avec Maurice Kamto, lors de la présidentielle du 12 octobre 2025 suscite des réactions sur la toile.

Pour l’activiste camerounais résidant dans la diaspora, Brice Nitcheu, non seulement les accusations de ce dernier sont mensongères mais aussi elles engagent Issa Tchiroma

« Ma réponse aux calomnies du directeur de campagne de Tchiroma contre Maurice Kamto
Dans une interview accordée ce jour à la chaîne YouTube de Mimi Mefo — devenue ces derniers temps une caisse de résonance des attaques dirigées contre Maurice Kamto — le directeur de campagne d’Issa Tchiroma, Dr Chris Maneng, a déclaré :
« Lorsque nous sommes allés rencontrer le Professeur Maurice Kamto, nous lui avons offert presque tout pour qu’il soutienne Tchiroma. S’il s’était exprimé au moment où Tchiroma se battait pour sa victoire, cela aurait fait une énorme différence. Mais il semble qu’avant même de nous rencontrer, Kamto avait déjà décidé de s’aligner avec Bello Bouba. »

Une telle accusation, aussi grave que mensongère, ne peut être considérée comme une simple sortie individuelle. Lorsqu’un directeur de campagne parle, il engage nécessairement son candidat. Cette attaque relève donc d’une stratégie assumée, et elle appelle une réponse claire et ferme, car il est hors de question de laisser prospérer une telle calomnie qui tente maladroitement et grossièrement de travestir la réalité politique récente. Rappelons d’abord le contexte que le directeur de campagne s’efforce aujourd’hui d’effacer. La candidature de Maurice Kamto avait été rejetée par un régime que M. Tchiroma a servi avec un zèle remarquable jusqu’à la veille même de cette élection. Après cette exclusion, tous les candidats restés en course se sont naturellement tournés vers l’électorat du MRC, dont chacun connaît la discipline, la fidélité et la capacité de mobilisation. Dans le même temps, des discussions étaient engagées par plusieurs groupes pour tenter de faire émerger un candidat consensuel capable d’éviter la dispersion des voix de l’opposition.

C’est dans ce cadre que Maurice Kamto décide de recevoir plusieurs candidats, dont Bello Bouba et Issa Tchiroma, chacun des deux séparément, tant leurs rivalités rendaient impossible une rencontre commune. À chacun, Kamto a tenu le même discours : la priorité devait être une alliance entre eux afin d’éviter de fragmenter un électorat déterminé à mettre fin au régime en place. Il a estimé qu’un accord entre Bello Bouba et Tchiroma aurait entraîné les autres candidats dans une dynamique unitaire. Il avait clairement indiqué qu’en cas de consensus, il s’engagerait pleinement à soutenir et à battre campagne avec l’APC pour le candidat issu de cet accord. Mais au lieu d’emprunter cette voie de responsabilité politique, Issa Tchiroma a préféré multiplier les sorties médiatiques agressives, allant jusqu’à qualifier publiquement l’UNDP de « petit parti », tout en tentant parallèlement d’obtenir le soutien sournois de Kamto par des propositions indécentes de postes ministériels, immédiatement rejetées par ce dernier, qui estimait qu’il ne s’agissait pas de négocier des avantages personnels, mais de construire une stratégie commune pour mettre fin au système en place. Tchiroma, qui est un habitué des magouilles de chambre noire, croyait ainsi corrompre Kamto, et n’arrive toujours à digérer son refus. Aujourd’hui, plutôt que d’assumer ses propres choix et leurs conséquences, le camp Tchiroma cherche à faire porter à Maurice Kamto la responsabilité de ses propres turpitudes, poursuivant ainsi la vieille habitude, en tentant de noyer Kamto dans la polémique, comme Tchiroma le faisait déjà à l’époque où, alors ministre de la Communication, il servait de bouclier médiatique au régime qu’il prétend aujourd’hui combattre.

Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître une réalité que certains tentent aujourd’hui d’effacer : l’élection d’Issa Tchiroma Bakari doit beaucoup plus au travail de fond mené depuis des années par le MRC et son leader qu’à sa propre dynamique politique. Ce travail patient, méthodique et courageux a contribué à éveiller la conscience patriotique et politique d’un peuple longtemps maintenu dans la résignation. Pendant plus de quinze années, cette mobilisation s’est faite sur le terrain au prix de lourds sacrifices : arrestations arbitraires, emprisonnements, violences, pertes humaines et drames personnels pour des milliers de militants engagés dans la lutte pour la démocratisation du Cameroun. Durant cette même période, pendant que ces forces de changement affrontaient la répression pour faire avancer la cause démocratique, Issa Tchiroma, lui, occupait le rôle du Sheriff du régime en place. Il s’est opposé avec constance — parfois jusqu’à l’excès — à ceux qui réclamaient des réformes et une alternance politique. Il a soutenu et justifié la confiscation de la victoire revendiquée par Maurice Kamto en 2018, ironie de l’histoire dont il se trouve aujourd’hui lui-même victime. Il a également cautionné, à travers ses fonctions gouvernementales, l’arrestation, l’emprisonnement et les mauvais traitements infligés aux militants de l’opposition. Et pourtant, ce sont précisément ces forces citoyennes et patriotiques qu’il combattait hier qui ont contribué, par leur mobilisation, à créer la dynamique politique ayant rendu possible sa victoire face au régime dont il fut, jusqu’à récemment, un acteur central et influent.

Les calomnies du directeur de campagne s’inscrivent donc dans la poursuite de cet acharnement. Elles tendent à créer un trou dans la mémoire collective afin que personne ne se souvienne de ces moments où Tchiroma chantait les louanges de Paul Biya. Elles ont pour but d’effacer cette épisode triste de notre vie politique et de la conscience nationale, afin que la postérité retienne que l’anomalie historique c’est Kamto, et lui le héros. Cette tentative révoltante n’est pas acceptable. Mais la mémoire d’un peuple ne s’efface pas aussi facilement. Et aucune campagne de dénigrement ne réussira à diffamer ceux qui se battent depuis des années pour l’alternance au Cameroun.

Pourtant, le simple fait que Maurice Kamto ait accepté de recevoir Issa Tchiroma durant cette période démontre son sens des responsabilités et son ouverture d’esprit. Après toutes les manœuvres dirigées contre sa personne et son parti, à une époque où Tchiroma collaborait étroitement avec le régime en place et où de sérieuses interrogations existaient quant à sa sincérité politique comme candidat, Kamto aurait pu, de manière parfaitement légitime, refuser toute rencontre. Il a néanmoins choisi de placer l’intérêt national au-dessus des ressentiments personnels et des calculs partisans. Il faut bien mesurer l’ampleur de la situation : celui qui, en 2018, occupait une position centrale dans le dispositif de répression ayant confisqué la victoire revendiquée par Kamto et conduit à son arrestation, trouve aujourd’hui l’audace, sept ans plus tard, d’accuser ce même Kamto de ne pas avoir défendu sa victoire usurpée par le système qu’il protégeait hier. Une telle accusation dépasse l’entendement et franchit les limites de la décence politique.

Non, Monsieur Tchiroma, Kamto ne doit pas être votre éternel souffre-douleurs. Les calomnies de votre directeur de campagne révèlent surtout une volonté manifeste et cynique de déplacer les responsabilités et d’effacer les vérités historiques. Si vous avez pu accéder au pouvoir, c’est en grande partie parce qu’une conscience politique a été éveillée au sein de la population par des années de mobilisation conduites par le MRC et son leader, tandis que vous occupiez encore de hautes fonctions les rangs d’un régime que ces militants combattaient. Nombre de ceux qui ont voté pour vous en 2025 avaient été arrêtés, persécutés ou emprisonnés en 2018 par ce même pouvoir que vous défendiez alors.

Comment pouvez-vous aujourd’hui reprocher à Maurice Kamto de ne pas avoir défendu votre victoire, alors que vous avez soutenu et justifié l’usurpation de la sienne ? Comment pouvez-vous lui faire porter la responsabilité de vos difficultés actuelles et de votre incapacité à sécuriser la victoire que vous promettiez de défendre « au prix de votre sang » ? Les difficultés auxquelles vous êtes confronté aujourd’hui trouvent leurs racines dans un système politique auquel vous avez longtemps contribué et dont vous avez largement bénéficié avez vos cadres, tandis que de nombreux collaborateurs et militants proches de Kamto continuent encore de subir les conséquences de leur engagement.

Faire de Maurice Kamto le bouc émissaire de vos échecs actuels relève de la lâcheté politique. Mais il convient de rappeler que Maurice Kamto n’est ni responsable de la confiscation de votre victoire, ni de votre exil. Ce sont vos amis d’hier qui sont les véritables auteurs de la situation que vous traversez. »


Brice Nitcheu