Actualités of Wednesday, 28 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Procès Martinez Zogo : Graves révélations des témoins du ministère public au Tribunal militaire

L'Audience criminelle spéciale de session du Tribunal Militaire de Yaoundé du 26 au 27 janvier 2026 L'Audience criminelle spéciale de session du Tribunal Militaire de Yaoundé du 26 au 27 janvier 2026

L’affaire dite Martinez Zogo du nom de notre confrère journaliste assassiné continue de révéler la face cachée de l’appareil sécuritaire camerounais. L'Audience criminelle spéciale de session du Tribunal Militaire de Yaoundé du 26 au 27 janvier 2026 a été déclarée ouverte pour le compte de la première journée à 11h30 par le président, le Colonel Magistrat Missé. La composition n'a pas changé côté Tribunal ni côté Ministère Public. Les Avocats étaient tous présents, les 17 accusés aussi. Ce qui a plutôt changé dans le procès cette journée, c'est la découverte de deux visages, dont ceux des témoins du Ministère Public. D'abord le 19ème témoin, l'Ingénieur Tomni Rodrigue Vincent devant la barre, puis le 20ème témoin, l'adjudant de Gendarmerie Bidias Mousseri Pythagore, tous en service à la DSE (Direction de la Surveillance Électronique) au moment des faits et y sont toujours.

Commençons avec le témoignage de l'Agent Tomni Rodrigue.

MP/ Est-ce que vous pouvez rappeler au tribunal votre fonction initiale?
R/ Je suis ingénieur en réseau et analyste des données.
Mp/ En quelle année avez-vous été recruté à la DGRE ?
R/ J'ai été recruté à la DGRE en 2017. Premièrement à la DSE.
MP/ Quel était votre rôle au moment des faits ?
R/ J'étais technicien et chef d'équipe.
MP/ Est-ce que vous avez été saisi pour la production de la localisation et de la fiche technique ?
R/ Oui.
MP/ Avez-vous été saisi par qui ?
R/ En tant que technicien, notre hiérarchie pouvait saisir n'importe quel technicien pour un dossier coté. Lorsque je parle ici de cellule, je parle de la DSE.
MP/ Qui était le chef ? Comment était-elle structurée ?
R/ Administrativement, nous avons la Cheffe DSE, le sous-directeur et le chef service.
MP/ En tant que chef de service que vous étiez à l'époque des faits, est-ce que votre sous-directeur vous a saisi pour l'élaboration d'une fiche technique?
R/ Le sous-directeur ou le chef service reçoit le travail de la hiérarchie et choisit la personne avec qui travailler sur le dossier. Sur instructions de la hiérarchie.
MP/ Vous savez pourquoi vous êtes là ?
R/ Oui, je le sais.
MP/ Alors, dites au tribunal pourquoi vous êtes là.
R/ Nous sommes arrivés au service et on avait trouvé que les machines des techniciens étaient fermées. La Cheffe DSE madame euh Moudié avait tenu une réunion avec tous les agents qui étaient présents ce jour-là et elle nous a fait comprendre qu'il y a les trâces du numéro du journaliste Martinez Zogo dans nos machines. Elle nous avait demandé de justifier qui a mené la localisation du numéro de Martinez Zoro. À mon niveau, je lui ai fait savoir que je recevais les instructions du sous-directeur, le commissaire de police principal Saiwang Yves Yves el'autre commissaire Menye: C'est principalement celui de Saiwang Yves.
MP/ C'etait par quel moyen ?
R/ À cette époque-là, nous utilisions WhatsApp. Il faut noter qu'il m'avait donné plusieurs instructions et l'établissement de cette fiche technique y figurait.
MP/ Est-ce qu'à l'issue de ce travail précis, il vous a recommencé?
R/ Négatif ?
MP/ Dans le cas d'espèce, le commissaire de police principale, Saiwang Yves, vous a demandé d'établir la fiche technique de localisation?
R/ Affirmatif.

- Me Calvin Job
Q/ Est-ce que vous pouvez préciser la date à laquelle vos machines ont été mis hors service ?
R/ C'était en 2023
Q/ Est-ce qu'il y a une procédure particulière ?
R/ Pas vraiment !
Le chef pouvait venir à tout moment demander qui a fait localiser cette personne puisque la machine laissait les traces.

- Me Ashu
Q/ Avez-vous attiré l'attention de la Cheffe DSE ?
R/ Particulièrement, cette localisation n'avait rien de particulier d'autant plus que n'ayant pas reçu de précision, cela était considéré comme un travail normal.
Q/ Y a-t-il des instructions dans le cas ici?
R/ il n'y a pas eu d'instructions sur le numéro de Martinez pour le localiser.
Q/ Est-ce que vous écoutiez les émissions de feu Martinez Zogo ?
R/ Personnellement, non!
Me Manyim Jean-Pierre
Q/ Pourquoi est-ce qu'elle a fermé les machines ?
R/ À l'instant je ne savais pas pourquoi, mais c'est plus tard que j'ai su pourquoi les machines avaient été mis momentanément hors service.

- Me Claude Assira
Comment savez-vous que l'instruction venait du sous-directeur ?
R/ Même les agents d'exploitation peuvent solliciter la localisation, cependant cela laisse les traces.
Q/ Est-ce qu'il vous arrive souvent d'adresser les rapports d'activité ?
R/ Oui. À qui adressez-vous vos rapports ? Il y a toujours un canevas dans la production des rapports quotidiens. C'est comme ça que ça fonctionne.
Q/ Avez-vous connaissance que Martinez Zoro était une cible ?
R/ Particulièrement je ne savais pas, je n'étais pas dans ce dossier.
Q/ Combien de supports êtes-vous ?
R/ Je ne connais pas le nombre, mais je les connais tous.
Q/ Pourquoi vous n'êtes pas poursuivi ?
R/ La Cheffe DSE m'avait demandé que l'instruction venait de qui ? Je lui ai répondu que l'instruction venait du commissaire de police principal Saiwang Yves.

- Me Mbuny Jacques
Q/ Est-ce qu'il y a une anormalité sur la production de cette fiche ?
R/ En tant que technicien, c'est un travail normal.
Q/ Avez-vous déjà participé aux réunions ?
R/Oui mais la participation aux réunions dépend des objectifs de cette réunion. On définit les méthodes de collaboration avec les autres services.
Q/ Est-ce que dans votre service le commissaire de police principal Saiwang Yves est votre chef ?

- Me Mbambia
Quelle fonction occupez-vous à l'époque des faits ?
R/ J'étais chargé d'études assistants, techniciens et je partageais des informations avec le commissaire de police principal Saiwang Yves.
Q/ Combien de fiches avez-vous produit depuis que vous êtes à la DSE ?
R/ Une cinquantaine par jour.
Q/ Après la disparition de Martinez Zoro, avez-vous appris qu'un compte rendu a été fait ?
R/ Négatif. Toutefois, il m'avait été interdit à moi de produire une fiche sans l'autorisation de la DSE et du DG DGRE.
Q/ Est-ce que le commissaire de police principal Saiwang Yves et l'officier de police Heudji Serge sont habilités à produire une fiche technique ?
R/ Affirmatif, en interne.
Q/ Avez-vous entendu que le DO et le DG DGRE ont eu quelques disputes?
R/ J'ai assisté à une réunion au cours de laquelle le DG DGRE faisait des reproches au DO Justin Danwé du fait que les instructions qu'il donnait, il ne les respectait pas dans le cadre du travail. Cette réunion s'est terminée précipitamment.

- Me HOSANNA
Q/ N'avez-vous pas trouvé étrange la demande de localisation de Saiwang Yves ?
R/ Non.
Q/ Avez-vous reçu une quelconque directive venant du DG DGRE dans l'affaire Martinez Zogo ?
R/ Non.

- Eko Eko Léopold
Q/ Avez-vous servi comme temporaire à la DGRE ?
R/ Négatif.
Q/ Concernant les requêtes qui ne relevaient pas du cadre de service, comment les traitiez-vous ?
R/ Dans mon cas, chaque fois que je recevais ce genre de sollicitation, je renvoyais l'argent vers la Cheffe DSE.
Q/ À qui était destinée l'affiche ?
R/ Je ne pouvais pas savoir. C'était bien après que j'ai appris que l'affiche était destinée au directeur des opérations Justin Danwé.
Q/ Existe-t-il au sein de votre cellule un réseau commuté?
R/ Oui.
Q/ Existe-t-il une cellule cybernétique ? R/ Oui.
Q/ Existe-t-il une différence entre la DSE et les cellules ?
R/ Oui. Elle est composée de trois cellules.
Q/ Dans l'affaire Martinez Zogo, est-ce qu'un ordre vous a été donné d'effacer le dossier dans les machines ?
Pouviez-vous savoir que l'instruction que le commissaire vous a donnée provenait que du DG DGRE?
R/ Négatif

- Lt/ Col Justin Danwé
Q/ Vous ai-je déjà félicité après une opération ?
R/ Je n'ai jamais participé à une opération convoquée par vous sans l'autorisation de la DSE ou du DG DGRE. Pour les félicitations c'est possible.
Q/ Est-ce qu'un de mes collaborateurs ne vous a jamais saisi ?
R/ Avec l'autorisation de la hiérarchie, oui.

- Commissaire de police principal Saiwang Yves
Q/ Nos liens étaient-ils professionnels ou amicaux ?
R/ Amicaux dans le sens où je vous considérais comme un grand-frère.

- Maréchal des Logis Chef Tongué Nana Stéphane
Est-ce à dire que le fait d'avoir fait votre travail vous n'êtes pas poursuivi ?
R/ Oui j'ai fait mon travail voilà pourquoi je ne suis pas poursuivi.
Q/ Vous allez regarder ces ces quatre personnes c'est à dire moi-même l'adjudant-chef Nenfu Johnson, Daouda le colonel Danwé on était tous de la section filature.
Dites au tribunal pour parmi qui est le chef ?
R/ C'est le colonel Danwé qui est le chef ?

Suspension d'audience à 14h54 minutes

Reprise d'audience avec le 20ème témoin, l'adjudant de Gendarmerie Bidias Mousseri Pythagore. À l'époque des faits, il était Maréchal des Logis Chef. Il est celui qui avait reçu 5000 FCFA dans le bureau de Heudji Serge après que ce dernier ait produit la fiche technique. Arrivé en décembre deux-mille-seize à la DGRE, son rôle de technicien était de répondre aux requêtes sur le plan tactique et technique. C'est suite à une conversation WhatsApp entre le Colonel Justin Danwé et Heudji, retranscrite plus tard sur l'ordinateur de Heudji Serge sur ordre du Colonel Justin Danwé, que cette fiche avait été produite. Le Colonel Danwé avait demandé que cette fiche couvre deux mois.

- Me Zefman
Est-ce qu'avec le recul au vu de tout ce qui s'est passé est-ce que la délivrance de cette fiche technique a suivi la procédure ?
R/ La délivrance et la production de cette fiche technique a suivi la procédure.

- Me Manyim Jean-Pierre
Q/ Est-ce que c'est comme ça qu'on récompense un travail bien fait ?
R/ La récompense est proportionnelle à à l'appréciation.

- Me Calvin Job
Q/ Pourquoi avez-vous supprimé une fiche qui a suivi le cadre légal comme vous dites
R/ C'était juste par peur.

- Me Ashu
Q/ Est-ce que vous continuez à avoir peur ? Non. Vous avez peur de quoi ? Qu'on vous demande de rembourser les cinq-mille, vous avez peur de quoi ?
R/ le silence.
Q/ Vous avez dit tout à l'heure qu'il n'y a pas d'autorisation d'établir une fiche technique?
R/ Oui.
Avec qui avez-vous partagé l'information ?
R/ J'ai partagé l'information avec ma collègue Michelle Abosolo.
Q/ Qu'est-ce que Michelle Abosolo vous a conseillé de faire ?
R/ Elle m'a trouvé en train de faire la fiche et m'a et m'a dit qu'il peut y avoir des problèmes qui peuvent arriver et que je dois aller demander à la commissaire de police à la du commissaire principal Bitanga.
La commissaire de police Bitanga à son tour m'a dit que le directeur des opérations Justin Danwé il vient de passer devant moi là à l'instant et il ne m'a rien dit. Ceci s'est passé au garage.
Q/ Est-ce qu'il vous payait les primes parfois ? Non.
Quel sort vous a-t-il été réservé après la demande d'explication ?
R/ J'ai fait un an et trois mois sans travailler.
Q/ Vous êtes de quelle région ? J
R/ Je suis de la région du centre.

- Me Claude Assira
Q/ Avez-vous le sentiment d'avoir été piégé?
R/ C'est plus tard, quand j'ai refait le film, j'ai eu l'impression que être malchanceux. Je ne sais pas pourquoi je suis allé au travail ce jour-là.
Q/ Vous avez dit lors de vos déclarations que Martinez Zogo était une cible, est-ce que vous le réitérez ?
R/ Oui.
Q/ Qui décide de mettre un numéro sur écoute ?
R/ C'est la cheffe DSE.
Q/ Quel est le motif qui vous a mis dix-huit mois à l'écart ?
R/ Bon, ma hiérarchie avait estimé que j'ai fauté.
Q/ Vous êtes restés dix-huit mois à l'écart et vous faites quoi aujourd'hui ?
R/ J'ai réintégréla DSE dans la même cellule et j'ai fait le même travail aujourd'hui qu'à l'époque.

- Me Mbambia
Q/ Est-ce que vous avez changé de fonction ?
R/ Non. J'ai été sanctionné mais retourné.
Q/ Est-ce que après un nombre de productions de fiches, un compte a été fait au DG DGRE ?
R/ Non.

- Eko Eko Léopold Maxime
Q/ Est-ce que vous étiez au courant du processus de la production de la fiche technique ?
R/ Moi je recevais seulement le travail. Madame la DSE était- elle l votre Cheffe ?
R/ Oui.
Q/ Vous a-t-il arrivé d'assurer la permanence à la DSE ?
R/ Nocturne, oui.
Q/ Est-ce que chaque subordonné de madame Moudié avait-il le droit de demander la fiche technique ?
R/ Non.
Q/Est-ce qu'il vous est arrivé dans la nuit de permanence qu'on vous demande des fiches ?
R/ Non. Ce qui était demandé la nuit était autre chose.
Q/ Est-ce que vous avez l'habitude de vous rendre les petits services entre camarades avec le matériel de travail ?
R/ Oui. Mais sous l'autorisation de la Cheffe DSE.
Q/ Est-ce que le DGRE de l'époque était au courant des petits services que vous vous rendiez ?
R/ Non.
Q/ Est-ce que vous receviez les petits primes tous les vendredis ?
R/ Oui, mais pas tous les vendredis.
Q/ Cette prime venait de qui ?
R/ Elle venait de vous monsieur Eko Eko.
Q/ Est-ce que le DG DGRE de l'époque avait autorisé qu'un autre directeur vous dépanne ?
R/ Non.
Q/ Combien de temps faut-il pour établir une fiche technique ?
R/ 20 à 25 minutes.
Q/ Entre la remise de la requête et la production de l'affiche technique, que Heudji Serges a demandé, ça vous a pris combien de temps ?
R/ 30 à 45 minutes
Q/ Et concernant la mise en forme de l'affiche, ça vous a pris combien de temps ?
R/ 1 H
Q/ Entre la mise en garde de madame Abesolo et la rencontre avec madame Bitanga, commissaire de police principale, ça vous a pris combien de temps ?
R/ 5 minutes
Q/ Est-ce que vous étiez obligé de suivre le conseil de madame Bitanga ?
R/ Non.
Q/ Qu'est-ce qui vous a motivé ?
R/ J'ai appris que c'est une femme bien.
Q/ Quand vous êtes allé rencontrer madame Bitanga, avez-vous déjà remis la fiche à Eddy Serge ?
R/ Non.
- Quel est l'avertissement que madame Abesolo vous a fait ?
R/ Elle m'a dit qu'il fallait d'abord mieux se renseigner.
Q/ en quelle année avez-vous commencé à travailler à la DSE ?
R/ J'ai commencé à travailler à la DSE le 1er Septembre 2017
Q/ Avez-vous déjà participé à une réunion de la mise sur écoute ?
R/ Non.
Q/ Est-ce que l'inspection des services vous a entendu dans le cadre de cette affaire ?
R/ Oui.
Q/Est-ce que vous avez été blanchi de tout soupçon ?
R/ Non.
- Eddy Serge était-il votre chef direct ?
R/ Non.
Q/ Avez-vous assisté à une réunion de l'exploitation tactique et technique d'une fiche technique ?
R/ Non.
Q/ Sur quelle base fondez-vous la limitation d'une fiche technique ?
R/ Sur la base de l'expérience.
Q/ Vous la lisiez même ?
R/ Oui.
Q/ La plus grande pouvait faire combien de pages ?
R/ 120 pages.
Quelques questions (re-examination) du MP ont mis fin à l'audition du 20ème témoin.
MP/ Êtes-vous un technicien capable de mettre un numéro sur écoute ?
R/ Avec l'autorisation de la hiérarchie, oui.
MP/ Est-ce que c'est vous qui avez mis Martinez sur écoute ?
R/ Non.
Q/ Comment saviez-vous qu'il existe un recueil passif ?
R/ Le numéro de Martinez était déjà sur la base des données.
MP/ Quelles étaient les missions de Eddy ?
R/ Faire le recueil passif, c'est-à-dire suivre ses cibles à lui.

Suspension d'audience 20h12 minutes, reprise à 10h avec le 21e témoin du MP.