À moins de deux mois de la présidentielle camerounaise du 12 octobre, un homme domine les conversations, bien qu’il ne soit même pas candidat : Maurice Kamto. Exclu de la course par le Conseil constitutionnel, l’ancien président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) est devenu l’arbitre invisible d’un scrutin où l’opposition, divisée, rêve de renverser Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Jeune Afrique révèle les stratégies et les parieurs de l’ombre qui misent sur Kamto pour orchestrer un « grand soir » électoral.
Selon des sources proches de Maurice Kamto, interrogées exclusivement par Jeune Afrique, l’opposant travaille en coulisses à une « consigne de vote » qui pourrait bouleverser la donne. L’idée ? Désigner un candidat unique parmi les opposants encore en lice, capable de fédérer les voix contre Paul Biya. « Kamto a compris qu’il ne pouvait pas gagner seul, mais qu’il pouvait faire gagner quelqu’un d’autre », confie un membre de son entourage. Une manœuvre risquée, car aucun des candidats restants – Issa Tchiroma Bakary ou Bello Bouba Maïgari – ne fait l’unanimité au sein du MRC.
Jeune Afrique a appris que des réunions discrètes ont eu lieu ces dernières semaines entre les équipes de Kamto et celles des autres candidats, pour évaluer leur capacité à rassembler. « Le critère principal n’est pas l’expérience, mais la capacité à mobiliser les déçus du RDPC », explique une source.
Les partisans de Kamto brandissent un argument choc : « Paul Biya ne peut pas rassembler plus d’un million de voix, même en trichant. » Une affirmation audacieuse, mais étayée par des calculs internes révélés à Jeune Afrique. Selon ces projections, le RDPC, miné par des années de divisions et de lassitude, pourrait perdre jusqu’à 30 % de son électorat traditionnel. « Les militants sont fatigués, les jeunes ne votent plus pour Biya, et les élites douteraient de sa capacité à gouverner encore », analyse un politologue camerounais.
Pourtant, des voix sceptiques s’élèvent. Un opposant, sous couvert d’anonymat, tempère : « C’est le même scénario que celui qu’on vendait pour Kamto en 2018. Résultat : Biya a gagné. » Jeune Afrique a obtenu des documents internes du RDPC montrant que le parti a lancé une campagne de mobilisation massive, ciblant notamment les zones rurales, bastions traditionnels du président sortant.
L’enjeu de cette présidentielle se joue aussi dans les rangs du parti au pouvoir. Jeune Afrique révèle que des figures historiques du RDPC, déçues par la gestion du pays, pourraient basculer du côté de l’opposition si Kamto donne une consigne claire. « Certains ministres et hauts fonctionnaires sont prêts à soutenir discrètement un candidat d’opposition, à condition que ce soit Kamto qui le désigne », affirme une source bien informée.
Un scénario qui rappelle 1992, lorsque John Fru Ndi avait frôlé la victoire face à Biya. Mais cette fois, l’opposition mise sur un « effet Kamto » : une mobilisation populaire inédite, portée par les réseaux sociaux et les jeunes. « Si Kamto appelle à voter pour un candidat, ses partisans suivront, et le RDPC ne pourra rien faire », prédit un stratège politique.
Le 12 octobre, le Cameroun pourrait vivre un scrutin historique, où l’homme absent – Maurice Kamto – jouerait un rôle décisif. Entre espoirs et scepticisme, une chose est sûre : Jeune Afrique a révélé que les tractations secrètes et les calculs électoraux n’ont jamais été aussi intenses. La question reste : Kamto parviendra-t-il à transformer son exclusion en victoire collective ?