Un réquisitoire sévère est fait contre l’opposition camerounaise, accusée de trahisons, opportunisme, divisions internes et calculs personnels après la présidentielle de 2025. L’on cite notamment Ben Modo, Calixte Beyala, Valsero et certains proches d’Issa Tchiroma pour illustrer les retournements d’alliance et les rivalités entre factions.
Pas seulement Ben Modo qui, à la surprise générale, vient de faire savoir que, d’après ses informations, Paul Biya aurait gagné l'élection présidentielle d'octobre 2025. Avant, il disait que c'était Tchiroma.
Si cette posture est surprenante et inquiétante de la part d'un des caciques de la mouvance du changement l'année dernière, c'est la surprise des acteurs les plus clignotants et les plus bipolaires du changement qui nous a laissés sans voix. De tous ceux qui ont retourné leur veste, Ben Modo demeure d'ailleurs le plus lucide.
On sait que Ben Modo, acteur économique et businessman, est américain et adhère au mouvement MAGA du parti de Donald Trump. Là-bas, ce sont les intérêts économiques qui guident son action. Tout au long de sa campagne au sein de l'opposition, il était clair pour tous qu'il se battait parce que ses intérêts avaient été saccagés par des adeptes du régime, avec des dizaines de milliards de marchés impayés à cause des guerres de clan. Il le disait : son soutien à l'opposition était guidé par l'intérêt économique. Il voulait des marchés publics d'envergure — et Dieu seul sait si le Cameroun en a besoin pour son développement.
En criant au loup après sa récente déclaration, on est en droit de dire que, pour les personnes avisées, il n'y a rien d'étonnant.
D'autant plus qu'aujourd'hui, le statu quo observé avant la présidentielle s'est accentué. Issa Tchiroma Bakary a choisi de faire le dos rond et Maurice Kamto a été réduit au silence pour ne pas risquer la liberté de ses proches. Or, ce sont les deux seuls leaders aujourd'hui capables de gérer le pays côté opposition.
Mais là n'est pas le débat. En faisant le constat que si le président Tchiroma et Maurice Kamto ne sont pas en mesure pour le moment de prendre un pouvoir que le régime sécurise de plus en plus par la corruption morale et matérielle d'officiers militaires gratifiés de postes de généraux et colonels, c'est la trahison et la déloyauté de ceux qui s'insurgent aujourd'hui contre Ben Modo qui est amusante.
Je vous rappelle donc quelques faits et révèle quelques noms d'acteurs ayant trahi la victoire du président Tchiroma depuis octobre.
Le premier à avoir lâché Issa Tchiroma, c'est Calixte Beyala. Par son caractère volcanique et éruptif permanent, elle a fait exploser toutes les commissions où elle n'était pas leader. Puis, elle qui encouragea le président Tchiroma à se rendre en exil l'a renié lorsque le président ne l'a pas suivie dans sa diarrhée verbale contre le pape, l'Église catholique et les chrétiens. Elle avait fait une note pour demander au président Tchiroma de me virer à cause de mon soutien à la visite du pape, qui était effectivement une opportunité.
Mais lors de ma mission au Vatican, les autorités m'avaient demandé comment une opposition aussi fracturée pouvait prétendre gouverner. J'avais été frappé : à chaque rencontre au Vatican, du pape aux chefs des Dicastères, il y avait toujours au moins deux prélats camerounais dans le groupe qui m'interrogeaient et qui monitoraient les réseaux sociaux. Calixte Beyala quitta le navire lorsque, après la visite du pape, le président Tchiroma fit un communiqué pour reconnaître et féliciter mon travail pour la mission qu'il m'avait confiée au Vatican. Au Vatican, tout le monde se demande avec qui le président Tchiroma ou Kamto entendent gouverner. Un peuple aussi versatile et une opposition bête.
Comme le soulignait déjà Niccolò Machiavel dans Le Prince, « la nature des peuples est variable, et s'il est aisé de les persuader d'une chose, il est difficile de les maintenir dans cette conviction ».
Puis il y a eu, dès le mois d'octobre, des gens de l'opposition qui avaient estimé qu'il fallait tuer « l'effet Tchiroma » pour réhabiliter leur leader. Parmi eux, le Général Valsero. C'est lui qui mena une campagne sans merci et ne soutint aucune initiative du président Tchiroma. Aucun lanceur d'alerte ni média proche de Maurice Kamto ne parla de la mission au Vatican, qui était pourtant plus importante qu'une lettre à l'Union africaine.
Ces initiatives du président Tchiroma ont été boycottées, voir sabotées par un groupe parallèle de type ethnique et ésotérique qui a contraint certains proches du président Tchiroma, à refuser toute collaboration ni discussion avec ceux des autres proches du leader qu'ils estimaient ne pas être des leurs.
Comment est-ce possible que, membre d'une même équipe, Madame Enonchong ait refusé tout dialogue sur ces initiatives du président Tchiroma sous le prétexte qu'elles étaient portées par nous?
Pourquoi certains proches du président Tchiroma sont plus à l'aise à échanger avec le régime qu'ils disent combattre qu'avec leurs collègues de la plate-forme du changement?
Qui peut expliquer à qui que, alors que le président Tchiroma est en exil, certains de ses plus proches gagnent des procès ai Cameroun contre un régime qui nous traque depuis vingt ans ? Ce type d'opposants n’en sont pas. Ce sont en fait de profitto situationnistes venus comme des opposants de la 25e heure pour sauter sur le chat des vainqueurs sans avoir mené aucun combat politique contre ce régime qui les a toujours gâtés.
Peut-on construire un Cameroun par de telles divisions ? Sur le plan sociologique, cette dynamique de fragmentation auto-destructrice trouve un éclairage chez le sociologue Émile Durkheim. Dans De la division du travail social, Durkheim rappelle que sans une solidarité sociale fondée sur des valeurs partagées et un sens de la collectivité, toute structure s'effondre dans l'anomie.
Lorsque le repli identitaire et le sectarisme remplacent l'intérêt général, le corps social perd toute capacité d'action collective.
Du point de vue philosophique, Frantz Fanon décrivait déjà dans Les Damnés de la terre ce piège fatal des luttes de libération : « Le chauvinisme, le repli sur soi, la compétition pour les prébendes finissent par saboter la révolution nationale au profit des intérêts néocoloniaux et des élites bourgeoises. » C’est exactement ce spectacle affligeant que nous offre aujourd'hui une classe politique incapable de dépasser ses querelles de chapelles et de loges.
De son côté, le philosophe Achille Mbembe démontre dans De la post colonie comment le pouvoir dans le contexte postcolonial s'appuie sur la gouvernementalité par la division, la cooptation des élites et le cynisme politique. L'opposition camerounaise s'est elle-même piégée dans cette architecture, devenant l'instrument passif de sa propre neutralisation.
Il est donc clair que l'opposition n'existe plus. Et partout où nous sommes passés, il nous a été donné de constater que l'opposition camerounaise n'est pas prête. Si elle n'arrive pas à renverser un président de 94 ans après 44 ans de pouvoir, comment va-t-elle battre un jeune Ferdinand Ngoh Ngoh ou Franck Biya le cas échéant ?
L'opposition est pleine d'opportunistes égocentriques, chacun venu pour défendre ses intérêts en espérant que ça marche pour obtenir un poste ministériel. Cette opposition est tellement bête et divisée qu'elle ne fait plus rêver elle-même.
En conclusion, le peuple et les vrais activistes convaincus ne vont pas attendre éternellement que l'opposition des loges et des prébendes consente enfin à s'entendre. Si rien n'est fait, chaque Camerounais va se retourner vers ceux qui tiennent le pouvoir pour essayer de changer les choses de l'intérieur.
Jean Claude Mbede Fouda









