Actualités of Friday, 2 January 2026
Source: www.camerounweb.com
Créée en 2021 pour réguler le secteur aurifère et stopper les fuites, la Société nationale des mines dispose d'un budget dérisoire qui l'empêche de remplir sa mission. Une situation révélée par Jeune Afrique qui interroge : la Sonamines a-t-elle été délibérément affaiblie pour ne pas gêner les véritables maîtres de l'or camerounais ?
Lorsque le rapport 2023 de l'ITIE révèle que 15,2 tonnes d'or camerounais ont été importées par des pays étrangers alors que le Cameroun n'en déclare officiellement que 953 kilogrammes de production, une question s'impose : où était la Sonamines, cette entreprise d'État censée contrôler toute la chaîne de production et de commercialisation de l'or ?
La réponse, révélée par Jeune Afrique dans son analyse du secteur, est aussi simple qu'accablante : la Sonamines a été volontairement privée des moyens de sa mission.
Un budget dérisoire pour une mission titanesque
Jeune Afrique dévoile un chiffre édifiant : la Sonamines ne dispose que d'un budget de 9,5 milliards de F CFA, dont une provision de seulement 5 milliards pour la commercialisation de l'or. « Cette cagnotte est bien trop limitée pour couvrir l'entièreté des zones de compétences accordées à cette entreprise », confie à Jeune Afrique un cadre de la compagnie sous couvert d'anonymat.
Pour mettre ces chiffres en perspective, les 14,2 tonnes d'or « disparues » représentent une valeur marchande d'environ 500 milliards de F CFA. La Sonamines dispose donc d'un budget de commercialisation équivalent à 1% de la valeur de l'or qui échappe au contrôle de l'État chaque année.
Selon les informations recueillies par Jeune Afrique auprès d'un cadre de l'entreprise, la Sonamines se voit confier des responsabilités qui vont « de la structuration de la filière minière à l'exploration de nouveaux gisements, en passant par la mise en œuvre des politiques de traçabilité et de commercialisation formelle des minerais au Cameroun ».
Comment une entreprise peut-elle assurer simultanément l'exploration, la structuration, le contrôle, la traçabilité et la commercialisation avec un budget aussi limité ? La réponse semble évidente : elle ne le peut pas. Et c'est peut-être précisément ce qui était recherché.
Dans son communiqué du 29 décembre, le ministre Fuh Calistus Gentry a lui-même reconnu les limites de la Sonamines : « En sa qualité de comptoir unique et exclusif d'achat et de commercialisation de l'or, la Sonamines ne dispose pas de moyens financiers et technologiques pour le rachat de la quote-part détenue par les opérateurs et le suivi de la production. »
Jeune Afrique souligne que cette situation arrange manifestement certains acteurs puissants du secteur. Dans son enquête d'août dernier, le magazine panafricain avait identifié plusieurs personnalités gravitant dans l'environnement aurifère, dont des membres de la famille présidentielle et d'anciens ministres.
Le ministre a également reconnu que « la Sonamines prélève l'impôt synthétique minier libératoire en nature et des droits de sortie pour le compte de l'État sur la base des déclarations généralement non sincères et incomplètes ».
Cet aveu confirme ce que Jeune Afrique révèle : le système est gangréné à tous les niveaux. Les opérateurs mentent sur leurs productions, la Sonamines n'a pas les moyens de vérifier, et l'or camerounais continue de disparaître vers les Émirats arabes unis et d'autres destinations.
Au-delà de l'aspect moral et politique, c'est un désastre budgétaire que révèle l'enquête de Jeune Afrique. Le député Joshua Osih avait raison lors de la session parlementaire de novembre : « C'est tout l'exercice budgétaire qui est biaisé » quand les recettes communiquées par le gouvernement ne reflètent pas la réalité.
Les 500 milliards de F CFA que représentent les 14,2 tonnes d'or disparues auraient pu financer des infrastructures, des écoles, des hôpitaux. Au lieu de cela, ils enrichissent des intérêts privés, souvent liés au pouvoir selon les révélations de Jeune Afrique.
Le magazine panafricain rappelle que Yaoundé avait pourtant tenté, fin 2016, de réformer le code minier. La création de la Sonamines en 2021 devait consacrer « la mainmise des pouvoirs publics sur ce secteur stratégique ».
Mais cette « bonne volonté affichée par les autorités s'est heurtée à des obstacles », note Jeune Afrique avec euphémisme. En réalité, comme le révèle l'enquête du magazine, ces obstacles portent des noms : ceux des personnalités puissantes qui contrôlent réellement le secteur et qui n'ont aucun intérêt à ce que la Sonamines devienne efficace.
Le ministre a annoncé « le renforcement des moyens financiers et technologiques de la Sonamines ». Mais après avoir révélé l'identité des véritables maîtres de l'or camerounais, Jeune Afrique pose implicitement la question : le gouvernement aura-t-il le courage de doter réellement la Sonamines des moyens nécessaires, au risque de contrarier des intérêts bien placés ?
Tant que le budget de la Sonamines restera aussi dérisoire face à l'enjeu, tant que les personnalités identifiées par Jeune Afrique continueront d'opérer en toute impunité, les 15 tonnes d'or qui disparaissent chaque année resteront un secret de Polichinelle.